Thessalonique commémore la première déportation vers Auschwitz
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Thessalonique commémore la première déportation vers Auschwitz

Des descendants de familles françaises juives de Thessalonique ont été invités à témoigner sur la présence de la communauté juive exterminée lors de l'occupation nazie

Plus de 2 000 personnes se sont rassemblées le 17 mars 2019 pour une marche silencieuse pour dénoncer les crimes nazis à la vieille gare de Thessalonique, d'où est parti le premier train le 15 mars 1943 à destination du camp de concentration Auschwitz-Birkenau (Pologne) où ont été exterminés 50 000 juifs, plus de 85 % de cette communauté de Thessalonique  (Crédit : Sakis MITROLIDIS / AFP)
Plus de 2 000 personnes se sont rassemblées le 17 mars 2019 pour une marche silencieuse pour dénoncer les crimes nazis à la vieille gare de Thessalonique, d'où est parti le premier train le 15 mars 1943 à destination du camp de concentration Auschwitz-Birkenau (Pologne) où ont été exterminés 50 000 juifs, plus de 85 % de cette communauté de Thessalonique (Crédit : Sakis MITROLIDIS / AFP)

Comment la France, sa culture et son influence ont-elles contribué à l’identité de Thessalonique ? A travers des témoignages et la découverte de son architecture, une exposition explore la mémoire de la deuxième ville grecque et son lien avec la francophonie.

« Thessalonique a une place particulière dans la mémoire des Français », a déclaré l’ambassadeur de France en Grèce lors de l’inauguration cette semaine de l’exposition « Souvenirs de Salonique » qui dure jusqu’en mai.

« Dans cette histoire commune, la présence de la communauté juive exterminée pendant l’occupation nazie a joué un rôle particulier. A l’époque, Thessalonique a perdu non seulement une grande partie de sa vie mais aussi de son âme », a ajouté l’ambassadeur Christophe Chantepy.

Dans le cadre de cette exposition, organisée par le consulat de France et l’Institut français de la ville, des descendants de familles françaises juives de Thessalonique ont été invités à témoigner.

« Je me sens chez moi, je suis sûr que ma famille qui habitait dans cette ville à l’époque où elle s’appelait encore Salonique, est contente que je sois là », s’est ému Laurent Dassault, dont la famille s’était installée à la fin du 18e siècle.

La Place Aristote, conçue par l’architecte Ernest Hébrard, le port construit sur le modèle de celui de Marseille, le monastère des Lazaristes… autant de monuments de Thessalonique qui constituent également des témoignages de la présence française.

Marche silencieuse

Dans le cadre de cette exposition, une marche silencieuse pour dénoncer les crimes nazis a rassemblé dimanche matin 2 000 personnes à la vieille gare de la ville : c’est là que le premier train le 15 mars 1943 avait quitté la ville à destination du camp de concentration Auschwitz-Birkenau (Pologne) où ont été exterminés 50 000 juifs, plus de 85 % de cette communauté de Thessalonique à l’époque.

Présent parmi les manifestants, le petit-fils d’un soldat allemand de la Wehrmacht, Jungen Haus qui a publiquement exprimé « son profond regret pour ce que sa famille a fait (…) ».

Les survivants de la Shoah Heinz Kounio (d) et Achileas Koukovinos honorées lors d’un rassemblement s le 17 mars 2019 pour une marche silencieuse pour dénoncer les crimes nazis à la vieille gare de Thessalonique, d’où est parti le premier train le 15 mars 1943 à destination du camp de concentration Auschwitz-Birkenau (Pologne) où ont été exterminés 50 000 juifs, plus de 85 % de cette communauté de Thessalonique (Crédit : Sakis MITROLIDIS / AFP)

« Je suis là pour briser le silence (…), j’aime Israël, je ne vais pas rester silencieux face à l’antisémitisme », a martelé cet Allemand lors de son discours.

Yannis Boutaris, le maire et une figure emblématique de Thessalonique, a rappelé que « les présences française et juive ont marqué l’identité de la ville » et « les traces sont toujours présentes ».

C’est en 1686 que le premier consul français, un commerçant marseillais, s’est installé à Thessalonique.

« Aujourd’hui, les élus de Thessalonique sont encore francophones. Le préfet, le maire, le président du conseil municipal, la nouvelle ministre de Macédoine-Thrace, tous sont francophones. Ce n’est pas par hasard, que pour être élu dans cette ville, il faut parler le français », a noté le consul de France Philippe Ray.

Une femme dépose un ballon avec la mention « Plus jamais » lors d’un rassemblement s le 17 mars 2019 pour une marche silencieuse pour dénoncer les crimes nazis à la vieille gare de Thessalonique, d’où est parti le premier train le 15 mars 1943 à destination du camp de concentration Auschwitz-Birkenau (Pologne) où ont été exterminés 50 000 juifs, plus de 85 % de cette communauté de Thessalonique (Crédit : Sakis MITROLIDIS / AFP)

Entre 1915 et 1918, quelque 40 000 soldats français étaient stationnés à Salonique pour constituer « le Front de l’Orient ».

Mais la présence française a également marqué la vie économique de Salonique, faisant d' »une ville alors plutôt orientale, un centre cosmopolite avec une économie florissante et une population multiculturelle », selon Vilma Hastaoglou-Martinidi, professeur à l’université de Thessalonique.

« La présence française dans l’économie était surtout patente lors des dernières décennies de l’empire ottoman et s’est poursuivie après la libération de la ville en 1912.

D’importants ouvrages d’infrastructures urbaines et commerciales ont modernisé l’image de la ville, et contribué au développement des secteurs bancaire et commercial », a-t-elle ajouté.

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