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Trafic d’antiquités : 1 800 pièces de monnaie et artefacts anciens saisis

Un individu originaire du centre d’Israël est soupçonné d’avoir trafiqué et vendu à l'étranger, pendant des années, des milliers de trésors via une boutique en ligne

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Statue du dieu Hermès saisie le 15 mai 2022 à Modi’in. (Crédit : Yoli Schwartz/Autorité israélienne des Antiquités)
Statue du dieu Hermès saisie le 15 mai 2022 à Modi’in. (Crédit : Yoli Schwartz/Autorité israélienne des Antiquités)

L’unité de prévention des vols de l’Autorité israélienne des antiquités a effectué l’une des plus importantes saisies de toute l’histoire israélienne et récupéré plus de 1 800 artefacts anciens auprès d’un marchand sans licence de la ville de Modiin, dans le centre d’Israël. Le butin comprend des pièces de monnaie et des bijoux, des tablettes cunéiformes et des statuettes en bronze.

Les objets ont été saisis, dimanche, lors de la perquisition effectuée au domicile du concessionnaire sur la base du mandat délivré par un juge.

Ilan Haddad, responsable du commerce des antiquités au sein de l’IAA, a déclaré jeudi au Times of Israel que l’IAA vérifiait régulièrement les plateformes d’enchères d’antiquités en ligne, y compris eBay, ainsi que toute nouvelle boutique en ligne domiciliée en Israël. Le suspect basé à Modiin, un homme âgé de 50 à 60 ans, a été identifié via sa boutique en ligne, liée à une adresse IP israélienne.

Selon un communiqué de presse de l’IAA jeudi, cette dernière a perquisitionné le domicile du suspect avec l’aide de la police de Modiin. Au cours de son interrogatoire, le suspect a admis s’être livré à un trafic et à de la contrebande avec l’étranger. Il aurait également acheté des pièces de monnaie découvertes lors de fouilles illégales en Cisjordanie. On pense que des milliers de pièces de monnaie seraient ainsi sorties du territoire.

Haddad a comparé le suspect à un chef mafieux. « Les soldats sur le terrain sont les petites mains et, comme dans la mafia, l’argent est le moteur de tout », a-t-il expliqué. L’unité s’efforce d’identifier ceux qui ont effectué les fouilles illégales et ont extrait les pièces de monnaie du sol.

La saisie a permis de mettre la main sur des centaines de pièces rares, dont certaines datant des périodes perse et hasmonéenne, frappées pendant la Grande Révolte et liées à la fête de Lag BaOmer (célébrée ce jeudi), ou encore des pièces portant le nom du chef juif Shimon Bar Kochba.

Des dizaines de pièces ont été trouvées à l’intérieur d’enveloppes postales sur le point d’être expédiées.

Haddad a indiqué qu’il était impossible de connaitre la provenance des objets, mais il suppose que de nombreuses pièces sont originaires de Cisjordanie. « Si nous n’arrêtons pas les criminels sur le lieu de fouille, nous n’avons pas le contexte des artefacts et donc aucun moyen de les situer avec précision », a-t-il ajouté.

Quelques-unes des pièces anciennes saisies le 15 mai 2022, objets d’un trafic d’antiquités. (Crédit : Yoli Schwartz/Autorité israélienne des Antiquités)

L’identité précise du suspect et les détails de l’enquête en cours sont encore tenus secrets, mais Haddad a confirmé que le domicile de Modiin était le siège du trafic auquel le suspect se livrait, probablement de longue date.

« Il connaît bien l’archéologie, sait comment nettoyer les pièces et fixer le prix des objets. Il est très professionnel », a expliqué Haddad.

Parmi les objets saisis dimanche figure un « shekel » en argent frappé lors de la Grande Révolte en 67 de notre ère. Selon le communiqué de presse de l’IAA, la pièce a été découverte, à demi nettoyée, dans le bureau du suspect. Une face porte l’inscription « Sainte Jérusalem » avec des grenades. L’autre face porte la mention « Shekel Yisrael An deux » au-dessus d’une coupe.

Shekel en argent de l’an 67 de notre ère saisi le 15 mai 2022 à Modi’in. (Crédit : Yoli Schwartz/Autorité israélienne des Antiquités)

Haddad a indiqué que l’unité de prévention des vols travaillait jour et nuit pour arrêter les pilleurs de sites archéologiques mais que, si le droit n’était pas suffisamment dissuasif, ils étaient au final impuissants. La loi sur les antiquités prévoit, en pareil cas, une peine pouvant aller jusqu’à deux ans de prison. Mais cette peine n’est presque jamais prononcée, a-t-il regretté.

« Les juges sont souvent indulgents. Après tout, nous ne parlons pas de viol ni de meurtre. Mais nous espérons une peine réellement dissuasive, de nature à décourager ce qui est un vol du patrimoine de notre pays, de l’héritage du peuple juif », a expliqué Haddad.

Statue du dieu Hermès saisie le 15 mai 2022 à Modi’in. (Crédit : Yoli Schwartz/Autorité israélienne des Antiquités)

Haddad a invité la population à aider l’unité à mettre fin à ce trafic, et notamment les randonneurs susceptibles de remarquer des traces au sol ou les personnes approchées par des revendeurs. Mais sa véritable cible, ce sont les autorités.

« Si nous pouvions sensibiliser les juges et les députés à l’importance de ces antiquités pour le pays et le peuple juif, les choses seraient différentes. Ne laissons pas notre patrimoine nous échapper. C’est notre histoire, mais si cela continue, nous n’aurons bientôt plus rien pour la raconter », a conclu Haddad.

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