Trump prévient la Russie qu’il va lancer des missiles sur la Syrie
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Trump prévient la Russie qu’il va lancer des missiles sur la Syrie

"Air France a pris en compte l'information de l'EASA et ajusté ses plans de vol sur les lignes concernées, principalement Beyrouth et Tel-Aviv", a indiqué la compagnie

Le président américain Donald Trump embarque à bord de l'Airforce One à destination de Mar-a-Lago, au départ de la Joint Base Andrews, dans le Maryland, le 12 janvier 2018, (Crédit : AFP / Nicholas Kamm)
Le président américain Donald Trump embarque à bord de l'Airforce One à destination de Mar-a-Lago, au départ de la Joint Base Andrews, dans le Maryland, le 12 janvier 2018, (Crédit : AFP / Nicholas Kamm)

Les Occidentaux, Washington en tête, ont fait planer la menace d’une riposte militaire imminente contre le régime de Bachar al-Assad après une attaque chimique présumée dans le bastion rebelle de Douma près de Damas, imputée au régime, qui dément toute responsabilité.

« La Russie jure d’abattre n’importe quel missile tiré sur la Syrie. Que la Russie se tienne prête, car ils arrivent, beaux, nouveaux et ‘intelligents!’ Vous ne devriez pas vous associer à un Animal qui Tue avec du Gaz, qui tue son peuple et aime cela », a écrit mercredi le président américain Donald Trump sur Twitter.

Les missiles américains doivent viser « les terroristes » et non « le gouvernement légitime » syrien, a aussitôt répliqué la Russie, qui peu auparavant avait déjà mis en garde contre tout acte en Syrie pouvant « déstabiliser la situation déjà fragile dans la région ».

« Nous espérons encore que toutes les parties vont éviter tout acte qui ne serait en réalité en aucun cas justifié », avait déclaré aux journalistes le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, jugeant la situation actuelle « très tendue ». « La Russie est favorable à une enquête objective et impartiale avant d’émettre des jugements ».

« L’idée serait-elle d’effacer rapidement les traces de provocations par des frappes de missiles intelligents, et les inspecteurs n’auront plus rien à trouver en termes de preuves? », s’est interrogée sur Facebook la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova.

La veille, l’ambassadeur russe au Liban Aleksander Zasypkin s’était fait menaçant sur la chaîne Al-Manar, basée au Liban et gérée par le Hezbollah: « En cas de frappe américaine (…) les missiles seront détruits, de même que les équipements d’où ils ont été lancés ».

Face à cette escalade verbale, Donald Trump a estimé mercredi dans un autre tweet que les relations entre les Etats-Unis et la Russie étaient « pires aujourd’hui qu’elles ne l’ont jamais été, y compris pendant la Guerre froide ».

En avril 2017, Trump avait déjà fait bombarder une base militaire syrienne, en riposte à une attaque au gaz sarin imputée au régime, qui avait tué plus de 80 civils à Khan Cheikhoun (nord-ouest).

Air France a ajusté mercredi ses plans de vol, principalement vers Beyrouth et Tel-Aviv, après une mise en garde mardi de l’agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) sur de possibles frappes sur la Syrie, a-t-on appris mercredi auprès de la compagnie.

« Air France a pris en compte l’information de l’EASA et ajusté ses plans de vol sur les lignes concernées, principalement Beyrouth et Tel-Aviv », a indiqué Air France.

« La Direction de la sûreté de la compagnie suit de près l’évolution des événements », a-t-elle ajouté.

« Nous avons informé hier (mardi) les Etats membres de l’EASA et Eurocontrol (l’organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne, NDLR) qu’en raison de possibles frappes aériennes sur la Syrie avec des missiles air-terre et/ou de croisière dans les 72 heures à venir, à partir d’hier, et de possibles perturbations par intermittence du fonctionnement de l’équipement de radionavigation », a indiqué à l’AFP un porte-parole de l’agence européenne.

L’organisation a invité les compagnies à prendre ces éléments « en considération pour l’élaboration des plans de vols pour l’est du bassin méditerranéen, dans la zone de contrôle aérien (FIR) Méditerranée orientale/Nicosie », a-t-il ajouté.

La menace de frappes occidentales maintenue malgré le veto de Moscou

Les Occidentaux ont maintenu, en dépit du veto russe à l’ONU, leur détermination à riposter fermement à l’attaque chimique présumée imputée au régime de Bachar al-Assad et faisaient toujours planer mercredi la menace de frappes militaires en Syrie.

La confrontation entre les Etats-Unis et la Russie sur le dossier syrien s’est durcie : Moscou, soutien indéfectible de Damas, a opposé mardi son veto au Conseil de sécurité à un projet de résolution américain visant à créer un mécanisme d’enquête indépendant sur le recours aux armes chimiques en Syrie.

Mais en face, les Occidentaux, Etats-Unis et France en tête, ont redoublé de détermination après avoir déjà fait clairement planer la menace de représailles militaires.

« La France mettra tout en oeuvre contre l’impunité chimique », a assuré l’ambassadeur français François Delattre. Elle annoncera « dans les prochains jours » la « décision » sur sa riposte, en coordination avec les alliés américain et britannique, a précisé à Paris le président Emmanuel Macron.

S’inscrivant dans cette fièvre diplomatique, Donald Trump et la Première ministre britannique Theresa May sont aussi « tombés d’accord », lors d’une conversation téléphonique, « pour ne pas laisser l’usage d’armes chimiques se poursuivre », a rapporté la Maison Blanche.

Le président américain, qui avait lui promis lundi une décision « très bientôt », a annulé un déplacement prévu en fin de semaine au Pérou afin de continuer à gérer le dossier syrien, renforçant le sentiment d’une action imminente.

Au Conseil de sécurité, deux projets concurrents présentés mardi par les Russes n’ont pas réuni suffisamment de voix pour être adoptés.

L’ambassadeur de Russie aux Nations unies, Vassily Nebenzia, a justifié le 12e veto russe en sept années d’un conflit qui a fait plus de 350 000 morts, par la volonté de « ne pas entrainer le Conseil de sécurité dans des aventures ».

Et la Russie, dont les troupes sont sur le sol syrien, a prévenu qu’une intervention militaire américaine serait « très, très dangereuse ».

L’Organisation internationale sur les armes chimiques (OIAC), un organisme dont le mandat est d’enquêter sur une attaque présumée mais qui n’a pas la responsabilité d’en identifier les responsables, a annoncé mardi l’envoi « sous peu » d’une équipe en Syrie pour faire la lumière sur ce qui s’est passé à Douma.

Selon les Casques Blancs, les secouristes en zones rebelles, et l’ONG médicale Syrian American Medical Society, plus de 40 personnes ont été tuées samedi dans ce dernier bastion rebelle dans la Ghouta orientale aux portes de Damas, tandis que plus de 500 blessés ont été soignés, notamment pour des « difficultés respiratoires ».

L’OIAC a été invité par Damas, qui, comme Moscou, nie l’existence d’une telle attaque chimique. Selon des diplomates, cela pourrait permettre au pouvoir syrien de retarder d’éventuelles frappes occidentales.

Mais tout en saluant l’envoi d’experts, Washington a tenu à ne pas lier leur enquête à la riposte américaine.

« Les Etats-Unis ont leurs propres mécanismes », « nous savons qu’un produit chimique a été utilisé même si nous ne savons pas avec certitude lequel », a déclaré la porte-parole de la diplomatie américaine Heather Nauert.

Heather Nauert (Capture d’écran)

Au-delà d’éventuelles frappes contre le régime, les mises en garde de Donald Trump affirmant que Damas, mais aussi ses soutiens, la Russie et l’Iran, devraient « payer le prix fort » ont ravivé le climat de Guerre froide qui s’installe de plus en plus.

Moscou et Téhéran accusent Washington et Jérusalem de chercher un « prétexte » pour frapper le pouvoir syrien.

Emmanuel Macron a d’ailleurs pris soin de préciser que d’éventuelles frappes françaises viseraient « à s’attaquer aux capacités chimiques détenues par le régime » et non pas aux « alliés » de ce dernier. « Nous ne souhaitons aucune escalade dans la région », a-t-il assuré.

Lundi, le destroyer lance-missile USS Donald Cook a quitté le port chypriote de Larnaca, où il faisait escale, et se trouve dans une zone d’où il peut facilement frapper la Syrie.

Face au risque d’attaques, l’armée syrienne a placé ses forces « en état d’alerte » pour les trois jours à venir dans les aéroports et les bases militaires du pays, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Dans les rues de la capitale, des Syriens semblaient rester de marbre face aux menaces.

« Personne n’a peur d’une frappe », lance sur un ton de défi Amal, ingénieure de 27 ans. « On sait que tout ce qu’ils font, c’est pour miner (…) l’engagement de l’armée qui libère les régions » tenues par la rébellion.

A Douma, le dernier groupe insurgé Jaich al-Islam est en train de quitter la ville après plusieurs semaines de bombardements intensifs du régime, qui ont fait plus de 1 700 morts dans les secteurs rebelles de la Ghouta orientale.

Des dizaines de milliers de personnes, combattants de deux autres groupes insurgés et leurs familles, ont déjà été évacués.

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