Twitter a bloqué 22 comptes du Hamas et du Hezbollah à la demande d’Israël
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Twitter a bloqué 22 comptes du Hamas et du Hezbollah à la demande d’Israël

Le géant des réseaux sociaux dit avoir suspendu 205 156 comptes pour apologie du terrorisme au cours du 1er semestre 2018, après avoir signalé lui-même la plupart d'entre eux

Le logo de Twitter est affiché au-dessus d'un comptoir commercial à la Bourse de New York, le 8 février 2018. (AP Photo/Richard Drew, Dossier)
Le logo de Twitter est affiché au-dessus d'un comptoir commercial à la Bourse de New York, le 8 février 2018. (AP Photo/Richard Drew, Dossier)

Twitter a partiellement bloqué 22 comptes affiliés aux groupes terroristes du Hamas et du Hezbollah pendant les six premiers mois de cette année en réponse à une demande du ministère israélien de la Justice, a révélé le géant des réseaux sociaux.

Les comptes sont bloqués en Israël, mais sont encore en activité dans d’autres pays.

A travers le monde, la société a suspendu 205 156 comptes pour violation de son règlement contre la promotion du terrorisme. De ces suspensions, 91 % ont été signalées par les outils internes proactifs de Twitter, a déclaré la société.

Le 13e rapport de Twitter sur la transparence, publié la semaine dernière, alors que l’entreprise et d’autres plateformes de réseaux sociaux telles que Facebook font face à un nombre croissant de critiques publiques, met en lumière un aspect de la cyberguerre contre le terrorisme menée par le gouvernement israélien en publiant une lettre datée du 26 juin qu’il a reçue du Département de la cybercriminalité du ministère de la Justice.

La lettre demandait la fermeture définitive de 16 comptes nominatifs appartenant à des dirigeants du Hamas basé à Gaza et du Hezbollah libanais, et de 24 autres comptes liés aux organisations elles-mêmes, 12 pour chacune d’entre elles.

Les deux organisations terroristes ont pour objectif la destruction d’Israël.

Le leader du Hamas Ismail Haniyeh – dont les comptes Twitter ont été fermés à la demande d’Israël – prononce un discours le premier vendredi du mois saint du Ramadan, le 18 mai 2018, à la Grande Mosquée de Gaza. (AFP Photo/Mohammed Abed)

La lettre cite l’article 24 de la loi antiterroriste israélienne (2016) qui stipule que tout acte de solidarité avec une organisation terroriste, y compris toute publication de soutien dans ses actions, est un délit passible de trois à cinq ans d’emprisonnement et ajoute que l’article 23 de cette même loi interdit de faciliter ou aider des organisations terroristes.

Treize des comptes appartenant à de hauts responsables du Hamas ont été supprimés, avec une mention indiquant que le compte « a été bloqué en Israël en réponse à une demande légale ».

Parmi les hauts responsables du Hamas dont les comptes ont été bloqués figurent Ismail Haniyeh, Moussa Abu Marzouk, Fawzy Barhoum, Husam Badran, Salah Al-Bardawil, Sami Abu Zurhi, Osama Hamdan, Khalil al-Hayya, Fathi Hamad, Rawhi Mushtaha, Yousef Abu Kwyek et Taher Al-Nounou. Al-Nounou est conseiller du dirigeant du Hamas Haniyeh. Mushtaha est considéré comme l’un des collaborateurs les plus proches de Yahya Sinwar, l’homme fort du Hamas dans la bande de Gaza.

L’ambassadeur de l’Autorité palestinienne en Russie Abed al-Hafeez Nofal, (à gauche), et le responsable du Hamas Moussa Abu Marzouk, en conférence de presse à Moscou, le 17 janvier 2017. (Crédit : Alexander Nemenov/AFP)

Le seul dirigeant du Hezbollah qui figure sur la liste d’Israël est le commandant en second de l’organisation terroriste, Cheikh Naim Qassem. Son compte a également été bloqué depuis.

Une recherche sur les deux comptes de la liste de Khaled Mashaal – qui a dirigé le bureau politique du Hamas entre 1996 et 2017 – conduit à une page disant : « Désolé, cette page n’existe pas. »

Un seul des 16 comptes est toujours en activité – celui d’Izzat al-Risheq, responsable du Hamas. L’accès est réservé uniquement aux abonnés autorisés.

Parmi les comptes des organisations, Twitter a bloqué six comptes faisant la promotion du Hamas et deux liés au Hezbollah, déclarant qu’il était légalement obligé de le faire.

Le site Twitter explique que si l’entreprise respecte la liberté d’expression des utilisateurs, elle doit également tenir compte des « lois locales applicables ».

« Si nous recevons une demande en règle d’une entité autorisée, l’accès à certains contenus dans un pays particulier pourra être refusé momentanément », explique le site.

L’entité autorisée peut être un gouvernement ou des services de police.

Une demande légale de suppression (« non-divulgation ») de contenu est différente d’une demande de révision de contenu sur Twitter parce qu’elle va à l’encontre des conditions de fonctionnement ou du règlement de l’entreprise.

Dès réception d’une demande de non-divulgation de contenu, Twitter indique qu’il en informe les utilisateurs concernés et publie les demandes, à moins qu’un tribunal ne lui interdise de le faire ou que la demande entre dans une catégorie de cas d’urgence comme une menace imminente à la vie, l’exploitation sexuelle des enfants, ou le terrorisme.

Suite à la demande d’Israël, Twitter a également supprimé cinq sites associés au Hamas et sept au Hezbollah.

Des militants de l’organisation terroriste du Hezbollah, soutenue par l’Iran, écoutent le discours du dirigeant du Hezbollah Hassan Nasrallah, via une liaison vidéo, lors d’un rassemblement marquant la Journée des martyrs du Hezbollah, dans une banlieue sud de Beyrouth au Liban, le 10 novembre 2018. (AP Photo/Bilal Hussein)

Trois comptes ont été autorisés à continuer à fonctionner, dont deux étaient liés au Hamas.

Les comptes sont bloqués s’il s’agit de spams ou de faux comptes, s’il y a suspicion qu’ils ont été piratés ou compromis, ou si des rapports ont été reçus indiquant que le contenu enfreint les règles de Twitter en matière de pratiques illicites.

Au total, Israël a adressé huit demandes légales à Twitter au cours des six premiers mois de l’année. Twitter a satisfait à 13 % des demandes, selon le rapport.

Parmi les requêtes d’Israël, sept étaient des demandes de suppression urgente, contre une seule pendant les six derniers mois de 2017.

Les demandes de suppression d’urgence peuvent être faites lorsqu’il y a « une urgence absolue qui présente un danger de mort ou de blessure physique grave pour une personne dont Twitter est en mesure de prévenir », dit le site Web de la compagnie, ajoutant que Twitter ne révèle que les informations « qui nous semblent pertinentes pour l’urgence et nécessaires pour atténuer ou éviter la menace indiquée ».

Le cas échéant, Twitter rejettera les demandes qui sont « abusives », indique le rapport. « Ces circonstances peuvent inclure un processus juridique non valable ou trop large. Selon la situation spécifique, Twitter peut produire des données en réponse à une demande précise, ou ne pas divulguer de données. »

Globalement, l’entreprise a reçu environ 80 % de demandes de suppression, soit deux fois plus qu’au cours des six derniers mois de 2017 pour des raisons juridiques – la grande majorité – 87 % – venant de Russie et de Turquie seulement.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’adresse aux parlementaires musulmans pendant une rencontre consacrée à Jérusalem à Istanbul, le 14 décembre 2018 (Crédit : Service de presse présidentiel via AP, Pool)

Sur les 135 comptes de journalistes et d’organes de presse vérifiés que des entités autorisées telles que des gouvernements voulaient faire fermer, 90 d’entre eux émanaient de la Turquie.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a invoqué ce qu’il qualifie de tentative de coup d’État militaire raté en 2016 pour réprimer la société civile.

Twitter a réagi en fermant seulement deux des comptes de médias exigés par la Turquie parce qu’ils violaient les lois antiterroristes turques.

Les demandes des gouvernements – demandes de suppression d’urgence ou non – ont augmenté de 10 % au cours des six premiers mois de l’année pour atteindre près de 7 000 demandes, soit la plus forte augmentation depuis le rapport de juillet à décembre 2015.

Près d’un tiers de ces demandes provenaient des États-Unis, 21 % du Japon, près de 14 % du Royaume-Uni et des pourcentages compris entre 4,6 et 6,4 de Turquie, de France, d’Inde et d’Allemagne.

En ce qui concerne les demandes de suppression d’urgence, le Royaume-Uni a dépassé les États-Unis, soumettant 531 demandes (33,6 % du total mondial pour cette catégorie), contre 444 des États-Unis (28 % du total).

La Grande-Bretagne est en état d’alerte élevée depuis une série d’attentats terroristes à Londres et à Manchester l’année dernière.

Un policier armé sur St. Thomas Street, à Londres, le 4 juin 2017, près du lieu d’une attaque terroriste sur le pont de Londres et au Borough Market de la capitale. (Dominic Lipinski/PA via AP)

Pour la première fois, le rapport de Twitter aborde les efforts de l’entreprise pour lutter contre les robots malveillants et le spam.

Au cours des six premiers mois de l’année, elle a reçu plus de quatre millions de rapports de spam. Elle a également « vérifié » de manière proactive 232 453 596 de supposés faux comptes.

« Lorsque nous détectons qu’un compte peut être impliqué dans un comportement spammeur ou manipulateur, nous pouvons exiger que ce compte soit ‘vérifié’, comme vérifier un numéro de téléphone, résoudre un reCAPTCHA, ou réinitialiser son mot de passe », explique le rapport.

« Ces défis sont simples à résoudre pour les utilisateurs réels, mais difficiles ou coûteux à relever pour les utilisateurs spammeurs ou malveillants. Les comptes qui ne répondent pas à une vérification dans un certain délai peuvent être automatiquement suspendus. »

Au fur et à mesure que notre détection interne des comportements manipulateurs s’améliore, le nombre de rapports de spam que nous recevons de nos utilisateurs ne cesse de diminuer, ce qui suggère que les utilisateurs rencontrent moins de spam lorsqu’ils utilisent Twitter. »

Twitter, comme Facebook et d’autres grandes sociétés de réseaux sociaux, a subi une avalanche de critiques publiques au cours des derniers mois en raison d’un manque général de responsabilité des entreprises, d’une attitude cavalière à l’égard de la confidentialité des données et de l’échec pour arrêter la campagne russe des réseaux sociaux pour influencer la présidentielle américaine de 2016.

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