Un activiste palestinien abandonne la course à la mairie de Jérusalem
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Un activiste palestinien abandonne la course à la mairie de Jérusalem

Aziz Abu Sarah a cité une menace israélienne de révocation de son statut de résident et l'opposition des Palestiniens pro-boycott pour justifier sa décision

Aziz Abu Sarah (YouTube)
Aziz Abu Sarah (YouTube)

Un militant et éducateur palestinien originaire de Jérusalem-Est qui cherchait à contourner la loi israélienne de manière à pouvoir se présenter lors du prochain scrutin municipal a annoncé mardi qu’il retirait sa candidature.

Dans un long post publié sur Facebook, Aziz Abu Sarah a déclaré que malgré « l’élan de soutien » suscité par sa candidature, les défis juridiques posés par Israël s’étaient révélés insurmontables, tout comme l’opposition de la part de certains Palestiniens.

Abu Sarah a expliqué que les autorités israéliennes retardaient l’émission de son document de voyage, le rendant inéligible au poste de maire ou à un siège au sein du conseil municipal au mois d’octobre.

Il a déclaré au quotidien Haaretz que le bureau du ministère de l’Intérieur, à l’aéroport Ben Gurion, avait refusé, la semaine dernière, de prolonger son laissez-passer et lui avait dit que son autorisation de résidence pourrait être révoquée en raison de ses déplacements fréquents à l’étranger, mettant en péril son droit de vivre à Jérusalem.

« Alors que cette nouvelle mise en doute de ma résidence ne me laisse aucune possibilité au regard de la législation de me présenter à la mairie ou au conseil municipal, il serait déraisonnable de mettre en péril le bien-être de mon co-candidat en raison d’une affaire qui a été effectivement bloquée par le gouvernement israélien », a écrit Abu Sarah dans le post.

I am honored by the outpouring of support I've received after announcing my candidacy for mayor of Jerusalem. In the…

Posted by Aziz Abu Sarah on Tuesday, 25 September 2018

Même si un récent sondage a indiqué que 60 % des résidents de Jérusalem-Est soutenaient le non-respect du traditionnel boycott palestinien des élections municipales, Abu Sarah a noté que lui et ses collègues de la liste Al-Quds Lana faisaient l’objet de menaces de Palestiniens qui s’opposent à la « normalisation » avec Israël.

« Malgré de nombreuses démonstrations de fort soutien de la part des habitants palestiniens de Jérusalem, certains, prônant la politique du boycott électoral, exercent de fortes pressions sur nos candidats et leurs familles », a-t-il dit.

« Personne, à un poste de responsabilité, n’a le droit de jouer avec les vies d’autrui », a continué Abu Sarah. « De plus, j’ai la responsabilité de maintenir ma résidence à Jérusalem. Cela fait partie du combat quotidien mené par les Palestiniens pour conserver leur droit à vivre à Jérusalem ».

Comme la majorité des résidents de Jérusalem-Est, Abu Sarah n’a pas le citoyenneté israélienne, seulement une autorisation de résidence qui doit être régulièrement renouvelée par le ministère de l’Intérieur.

Au début du mois, Abu Sarah avait annoncé qu’il était à la tête d’un nouveau groupe arabe appelé Al-Quds Lana (ce qui signifie « Jérusalem est à nous » en arabe) et qu’il voulait déposer une plainte devant la haute-cour de justice pour pouvoir contourner une loi qui stipule que les candidats à la mairie doivent avoir la citoyenneté israélienne.

Un résident arabe en train de voter lors des élections municipales le 11 novembre 2008 (Crédit : Daniel Dreifuss/Flash90)

La majorité des Palestiniens de Jérusalem-Est ont toujours boycotté les élections municipales, considérant que ce vote s’apparenterait à une reconnaissance de la souveraineté israélienne. Lors du dernier scrutin de ce type, en 2013, moins d’un pour cent des électeurs palestiniens de Jérusalem-Est avaient déposé un bulletin de l’urne.

Jérusalem-Est souffre d’un taux de pauvreté extrêmement élevé, avec une pénurie d’environ 2 000 salles de classe, peu de permis de construction octroyés, avec également des services d’assainissement inadéquats et d’autres problèmes.

Selon Terrestrial Jerusalem, même si les Palestiniens qui résident dans la partie orientale de la ville constituent 37 % – soit environ 327 000 personnes – de la population municipale qui est forte d’approximativement 882 700 habitants, la municipalité n’y investit que 10 à 12% de son budget.

Depuis qu’Israël a capturé Jérusalem-Est pendant la guerre des Six jours, y clamant ensuite sa souveraineté, l’Etat juif a officiellement donné aux résidents du secteur l’option de réclamer la citoyenneté israélienne. Très peu ont entamé cette démarche. Ces dernières années, le nombre d’habitants de Jérusalem-Est demandant la citoyenneté israélienne a fortement augmenté mais la majorité des dossiers n’a pas encore été traitée.

Des déchets jetés sur le bord d’une rue de Jérusalem-Est, le 12 juillet 2018 (Crédit :AP Photo/Mahmoud Illean)

Dans son annonce, Abu Sarah a noté que sa courte campagne était parvenue à défier le boycott municipal palestinien et le système législatif israélien et il a encouragé les jeunes habitants de Jérusalem-Est à revendiquer une représentation égalitaire.

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