Les écoles de Jérusalem-Est ne sortiront pas de la crise – ONG israélienne
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Les écoles de Jérusalem-Est ne sortiront pas de la crise – ONG israélienne

Pour l'ONG de gauche Ir Amim, l'État conditionne son financement à l'adoption du programme d'études israélien, les salles de classe supplémentaires prévues ne suffiront pas

Des écolières palestiniennes dans leur petite cour de récréation dans le quartier de Shuafat, à Jérusalem-Est, le 30 mars 2016. (Hadas Parush/Flash90)
Des écolières palestiniennes dans leur petite cour de récréation dans le quartier de Shuafat, à Jérusalem-Est, le 30 mars 2016. (Hadas Parush/Flash90)

Le plan quinquennal tant vanté du gouvernement pour améliorer les conditions de vie des habitants arabes de Jérusalem-Est finira par creuser le fossé entre les enfants palestiniens et juifs, a déclaré mardi l’ONG de gauche Ir Amim dans son rapport annuel.

L’organisation a accusé le gouvernement d’utiliser le besoin urgent de financement de Jérusalem-Est pour forcer les écoles palestiniennes à adopter un programme scolaire israélien, et a déclaré qu’un Arabe de Jérusalem-Est en âge scolaire sur sept serait absent du chiffre officiel de la population de la municipalité, masquant la véritable profondeur d’une pénurie massive de salles de classe.

Le 13 mai, le Cabinet du Premier ministre a annoncé qu’il allait injecter des milliards de shekels dans Jérusalem, dont une grande partie pour Jérusalem-Est, afin de « réduire les écarts sociaux et économiques et de promouvoir le développement économique ».

La résolution évoque la nécessité de « renforcer la capacité des habitants de Jérusalem-Est à s’intégrer dans la société et l’économie israéliennes ».

Le plan prévoit la refonte du système éducatif de Jérusalem-Est pour un coût de 445 millions de shekels (111 millions d’euros) – un chiffre qui représente le plus gros investissement du genre depuis qu’Israël a annexé Jérusalem-Est en 1980 dans une décision que la communauté internationale n’a jamais reconnue.

Selon Ir Amim, près de 47 % (208 millions de shekels, soit 52 millions d’euros) des fonds alloués par le gouvernement pour combler les lacunes en matière d’éducation à Jérusalem-Est seront conditionnés par le passage des écoles au système éducatif israélien.

Ces fonds concernent les programmes spéciaux, les études hébraïques, la construction et la location d’immeubles.

Mais le chef du département de l’éducation de la ville, Aviv Keinan, a contesté les affirmations de Ir Amim.

« Premièrement, moralement et éthiquement, nous avons une responsabilité envers ces enfants », a-t-il déclaré au quotidien Haaretz.

« Deuxièmement, je crois qu’un bon système éducatif apportera stabilité et espoir à long terme. Cela améliorera également la situation sécuritaire pour ceux qui s’inquiètent des attaques terroristes. »

Des étudiants palestiniens dans une école de Jérusalem-Est, le 2 novembre 2006. (Orel Cohen / Flash90)

Israël considère Jérusalem-Est comme une partie inséparable de sa capitale, mais les résidents arabes disent qu’il y a un grand fossé entre les services de Jérusalem-Ouest à majorité juive et la partie orientale de la ville.

Les Palestiniens considèrent Jérusalem-Est comme la capitale d’un futur État palestinien.

La plupart des Palestiniens de Jérusalem-Est ne sont pas des citoyens israéliens mais jouissent de droits de résidence qui leur permettent de travailler et de voyager librement en Israël.

Les Palestiniens, y compris à Jérusalem-Est, ont suivi le système éducatif jordanien jusqu’aux années 1990, date à laquelle ils sont passés à un programme d’études de l’Autorité palestinienne conformément aux accords signés dans le cadre des accords de paix d’Oslo.

Malgré les efforts répétés pour promouvoir le programme d’études israélien à Jérusalem-Est ces dernières années, il n’est actuellement suivi que par 6,6 % des élèves palestiniens.

Des étudiants arabes à Jérusalem-Est protestent contre les fermetures d’écoles privées et les efforts pour imposer le programme d’études israélien aux écoles de Jérusalem-Est, 15 février 2014. (Sliman Khader/FLASH90)

Selon les chiffres de la municipalité de Jérusalem, la Jérusalem-Est arabe est en manque de 1 938 salles de classe, tandis que dans le secteur juif, le système ultra-orthodoxe manque de 1 419 salles de classe et les secteurs religieux et laïques de l’État en ont besoin de 505 autres, pour un total de 3 862.

Pourtant, selon les chiffres fournis en réponse par la municipalité à une plainte déposée devant la Cour suprême par des parents de Jérusalem inquiets de la pénurie de salles de classe dans toute la ville, les autorités prévoient de ne construire que 3 118 salles de classe au cours des cinq prochaines années. De ce nombre, 834 seulement seront construites pour la communauté arabe.

En revanche, 1 609 salles de classe seront construites pour les enfants juifs ultra-orthodoxes et 675 pour ceux des systèmes laïques et religieux juifs.

D’ici 2022, la seule communauté qui connaîtra une pénurie de salles de classe sera la communauté palestinienne, selon le rapport.

Enfants manquant à l’appel

Mais le problème pourrait être bien pire que ne le montrent les chiffres de la municipalité.

On a comparé les chiffres du Bureau central des statistiques, montrant qu’il y avait 127 198 jeunes âgés de 3 à 18 ans à Jérusalem-Est, avec les données de la municipalité de Jérusalem, qui n’en avait que 108 598, soit une différence de 18 600, soit plus de 14 %.

Cela suggère qu’un Palestinien d’âge scolaire sur sept n’est inscrit dans aucun cadre éducatif.

En tenant compte de ces élèves « invisibles » et en supposant que les taux élevés d’abandon scolaire en classe de troisième pourraient être abaissés, Ir Amim a estimé que 2 476 salles de classe sont en fait nécessaires pour mettre les écoles de Jérusalem-Est à niveau.

Une nouvelle école en construction dans le quartier de Shuafat, à Jérusalem-Est, le 30 mars 2016. (Hadas Parush/Flash90)

En moyenne, la municipalité n’a construit que 36 salles de classe par an dans la partie arabe de Jérusalem-Est depuis 2001, selon le rapport, soit environ la moitié de ce qui est nécessaire pour faire face à la croissance de la population palestinienne.

Le rapport critique l’explication officielle selon laquelle la pénurie de salles de classe était due à un manque de terres, accusant la ville d’utiliser des politiques d’aménagement discriminatoires pour maintenir les terres publiques à Jérusalem-Est à un niveau dérisoire de 2,6 %.

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