Un ancien site de supplice découvert à Jérusalem
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Un ancien site de supplice découvert à Jérusalem

Les archéologues ont maintenant le fin mot de l'énigme sur le roi hasmonéen Alexandre Janée après la découverte d'un site d'inhumation vieux de 2 000 ans

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • Les fouilles d'un site d'exécution de masse dans le quartier de la colonie russe de Jérusalem, été 2018 (Crédit : Kfir Arbiv/Autorité des antiquités israéliennes)
    Les fouilles d'un site d'exécution de masse dans le quartier de la colonie russe de Jérusalem, été 2018 (Crédit : Kfir Arbiv/Autorité des antiquités israéliennes)
  • Les fouilles d'un site d'exécution de masse dans le quartier de la colonie russe de Jérusalem, été 2018 (Crédit : Kfir Arbiv/Autorité des antiquités israéliennes)
    Les fouilles d'un site d'exécution de masse dans le quartier de la colonie russe de Jérusalem, été 2018 (Crédit : Kfir Arbiv/Autorité des antiquités israéliennes)
  • Les fouilles d'un site d'exécution de masse dans le quartier de la colonie russe de Jérusalem, été 2018 (Crédit : Kfir Arbiv/Autorité des antiquités israéliennes)
    Les fouilles d'un site d'exécution de masse dans le quartier de la colonie russe de Jérusalem, été 2018 (Crédit : Kfir Arbiv/Autorité des antiquités israéliennes)
  • Les fouilles d'un site d'exécution de masse dans le quartier de la colonie russe de Jérusalem, été 2018 (Crédit : Kfir Arbiv/Autorité des antiquités israéliennes)
    Les fouilles d'un site d'exécution de masse dans le quartier de la colonie russe de Jérusalem, été 2018 (Crédit : Kfir Arbiv/Autorité des antiquités israéliennes)
  • Les fouilles d'un site d'exécution de masse dans le quartier de la colonie russe de Jérusalem, été 2018 (Crédit : Kfir Arbiv/Autorité des antiquités israéliennes)
    Les fouilles d'un site d'exécution de masse dans le quartier de la colonie russe de Jérusalem, été 2018 (Crédit : Kfir Arbiv/Autorité des antiquités israéliennes)

Des preuves d’exécutions de masse et de décapitations commises durant le règne sanguinaire du roi hasmonéen Alexandre Jannée (de l’an 103 à l’an 76 avant l’ère commune) ont été récemment découvertes dans un jardin de Jérusalem au cours de fouilles réalisées dans une ancienne citerne à eau.

« Nous avons sorti de la fosse plus de 20 vertèbres cervicales coupées à l’épée », commente le docteur Yossi Nagar, anthropologue à l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA). « Nous avons découvert dans ce trou des corps et des parties de corps de nouveaux-nés et d’adultes, hommes et femmes, probablement victimes d’un massacre brutal ».

Des os d’embryons trouvés lors des fouilles semblent indiquer que des femmes enceintes n’ont pas échappé au supplice.

Kfir Arbiv ainsi que Nagar et Tehillah Lieberman, archéologues à l’AAI, ont présenté leurs découvertes macabres jeudi lors d’une conférence intitulée « L’énigme derrière un site d’inhumation de masse dans la colonie russe ».

Fils de Jean Hyrcan, Alexander Jannée, connu en hébreu sous le nom d’Alexandre Yannai, avait également été grand prêtre au Second temple pendant son règne de 27 années. L’ère de « l’homme saint » a été marquée par des intrigues de cour et des guerres apparemment sans fin durant lesquelles il a conquis – et perdu – de vastes territoires.

Cette époque a aussi été marquée par des luttes de pouvoir sanglantes entre les Sadducéens et les Pharisiens. Ces rivalités ont entraîné une guerre civile de six ans en Judée qui, selon des sources historiques (telles que l’historien pharisien Josèphe) a fait 50 000 morts. Au cours de cette guerre, les Judéens ont fait appel au roi des Séleucides qui, tout en assurant l’unité du peuple juif contre un ennemi commun, a puissamment aussi profité de ceux qui ont demandé son aide.

Alexandre Jannée par Guillaume Rouille, 1518?-1589 (Crédit : Domaine public via wikipedia)

Selon le commentaire présent dans le livre de Nahum, qui a été découvert grâce aux rouleaux de la mer Morte de Qumran, Alexandre Jannée, après la fin de la guerre, a puni environ 800 de ses ennemis politiques en les condamnant à la crucifixion. D’autres, comme les victimes découvertes aux abords de la municipalité de Jérusalem, ont donc été décapitées et démembrées.

Au cours des fouilles, les archéologues ont découvert des os humains qui ont été déchargés au hasard dans une citerne d’eau puis recouverts de cendres, de pierres et de gros rochers.

Selon les archéologues Arbiv et Lieberman, les découvertes sont conformes aux récits relatés dans les livres.

« Il est dit, dans les récits historiques, que le roi a capturé et tué un grand nombre de ses opposants juifs – ainsi que leurs fils et leurs épouses, sous leurs yeux. En effet, sur les os qui ont été déchargés dans la citerne, il y a d’innombrables traces de coupures à l’épée, non seulement au niveau du cou mais aussi à la mâchoire inférieure, et même parfois à la base du crâne, ce qui indique une décapitation », expliquent les archéologues.

Les fouilles d’un site d’exécution de masse dans le quartier de la colonie russe de Jérusalem, été 2018 (Crédit : Kfir Arbiv/Autorité des antiquités israéliennes)

Cette découverte macabre de l’ère hasmonéenne a été présentée lors d’une session intitulée « Internements et internés » lors de la 12e édition de la conférence annuelle des nouvelles études d’archéologie à Jérusalem et dans sa région, qui a eu lieu à l’Université hébraïque de Jérusalem.

Dans une salle bondée à la température glaciale, les archéologues de l’AAI et ceux des plus importantes institutions universitaires du pays ont présenté des informations sur les fouilles existantes et sur les nouvelles découvertes qui ont été effectuées au cours d’une journée entière d’allocutions consacrées au sujet.

Même si la conférence était publique, la journée a clairement servi à un échange entre pairs. Elle a aussi été l’occasion de remettre le prix David Amit Prize pour les jeunes archéologues, et de distinctions octroyées par le Centre de recherche consacré à la ville antique de Jérusalem.

Une présentation faite par l’archéologue Meir Edrey sur son travail dans la zone industrielle d’Atarot, en Cisjordanie, à Hirbat A-Ram, a suscité l’intérêt de l’assistance car ces fouilles ont été financées par le magnat des supermarchés israélien Rami Levi.

Une conférence donnée par l’historien de l’Université de Cambridge, Renan Baker, a éclairé la salle sur la nature problématique de la datation précise des découvertes remontant au monde antique. Elle a aussi été l’occasion d’évoquer les sources primaires peu connues, en latin et en grec, susceptibles d’aider à compléter l’image de ce qu’était la vie juive à Jérusalem, immédiatement avant et après la destruction du Second temple.

Joe Uziel et Tehila Lieberman, directeurs des fouilles de l’Autorité des Antiquités, sur le site de fouille de la Vieille Ville de Jérusalem, en octobre 2017. (Crédit : Yaniv Berman/Autorité israélienne des Antiquités)

Parmi les autres informations données lors de la conférence, il y a aussi eu un bref résumé du travail mené l’année dernière par l’archéologue Joe Uziel sur la petite structure de théâtre non-achevée qui remonte à la période de la colonisation romaine, en l’an 70 de l’ère commune, lorsque la ville était renommée Aelia Capitolina. Uziel a expliqué que la nouvelle section d’environ 30 mètres du mur Occidental ainsi que le théâtre conservés sont dorénavant partiellement ouverts au public et seront totalement accessibles sous peu.

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