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Un député du Likud critiqué pour avoir menacé de destituer la procureure générale

Gilad Kariv a déposé une plainte contre Yoav Kisch pour avoir menacé de remplacer Baharav-Miara si elle approuvait la sélection du nouveau chef de Tsahal avant les élections

Le député du Likud Yoav Kisch s'exprime au lancement de la campagne de Gideon Saar à la tête du parti à Or Yehuda, le 16 décembre 2019 (Crédit : Gili Yaariq/Flash90)
Le député du Likud Yoav Kisch s'exprime au lancement de la campagne de Gideon Saar à la tête du parti à Or Yehuda, le 16 décembre 2019 (Crédit : Gili Yaariq/Flash90)

Les députés du Likud ont été sévèrement critiqués dimanche après que deux d’entre eux ont menacé de renvoyer la procureure générale Gali Baharav-Miara si le parti du leader de l’opposition Benjamin Netanyahu revenait au pouvoir.

Le ministre de la Défense, Benny Gantz, a déclaré dimanche avoir transmis à Gali Baharav-Miara un avis juridique selon lequel il pouvait procéder à la nomination du prochain commandant de l’armée israélienne avant le vote du 1er novembre, balayant ainsi les inquiétudes quant à l’autorité d’un gouvernement provisoire pour nommer des responsables de haut rang.

Le bureau de Gantz a déclaré avoir également remis à Baharav-Miara des documents classifiés « concernant les défis sécuritaires et politiques auxquels Israël était actuellement confronté ».

Réagissant à cette lettre, le député du Likud Yoav Kisch a déclaré que si elle donnait son feu vert à Gantz, elle serait démise de ses fonctions si le Likud revenait au pouvoir après la formation d’un gouvernement.

« Cette décision aura des conséquences directes sur elle et sur son statut « , a déclaré Yoav Kisch, député du Likud, dans un communiqué.

Allant encore plus loin que Kisch, Shlomo Karhi, un autre député du Likud, a promis, lui, de remplacer Mme Baharav-Miara, qu’elle approuve ou non la nomination d’un nouveau chef militaire.

 » De même que toutes les nominations de ce gouvernement frauduleux », a écrit Karhi sur Twitter.

La nouvelle procureure générale Gali Baharav-Miara lors d’une cérémonie d’accueil à Jérusalem le 8 février 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les commentaires de Kisch ont été dénoncés par les membres de la coalition sortante. Le président de la commission de la Constitution, du droit et de la justice de la Knesset a déclaré avoir déposé une plainte à la police contre le député du Likud.

« La rapidité avec laquelle un haut député de la faction Likud a proféré des menaces explicites à l’encontre d’un haut fonctionnaire est intolérable et ne peut être passée sous silence », a déclaré le député travailliste Gilad Kariv.

M. Kariv a affirmé que les commentaires de M. Kisch allaient au-delà de la rhétorique de campagne et constituaient « une menace explicite visant à dissuader un fonctionnaire. »

Le ministre de la Justice Gideon Saar, qui a nommé Baharav-Miara, a dénoncé les commentaires de Kariv comme étant du « gangstérisme » dans un tweet laconique.

« Pour ceux qui ne comprennent toujours pas, voilà en quoi consistent les prochaines élections – le sens politique », a tweeté le vice-ministre des Affaires religieuses Matan Kahana en réponse à Karhi.

Le président de la Knesset, Mickey Levy, a également fustigé M. Kisch.

« Il est très grave qu’un élu menace le procureur général de manière aussi directe », a déclaré Levy, membre du parti Yesh Atid du nouveau Premier ministre Yair Lapid.

« C’est une situation inadmissible que nous ne pouvons pas permettre dans une démocratie. On peut discuter et être en désaccord avec les positions des conseillers juridiques, mais il y a une façon de mener le débat et celle-ci n’en est pas une. »

Suite à ces réactions, Netanyahu aurait cherché à prendre ses distances avec Kisch. Des sources anonymes proches de l’ex-premier ministre ont déclaré au site d’information Ynet que ces commentaires « ne correspondaient pas à son opinion ».

Benjamin Netanyahu s’exprime à la Knesset avant le vote de dissolution du Parlement, le 30 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Kisch, quant à lui, a nié avoir proféré des menaces.

« Ce que j’ai dit a été mal compris. Je ne voulais pas menacer la procureure générale… Je faisais référence au fait que le poste de procureur général est un poste professionnel. Une décision du procureur général sur la nomination d’un haut fonctionnaire par un gouvernement de transition est contraire aux décisions de la Haute Cour et constitue effectivement une décision politique », a déclaré M. Kisch.

Netanyahu – actuellement en procès pour corruption – et le Likud ont souvent critiqué les procureurs, les forces de l’ordre et le système judiciaire au cours des dernières années, affirmant sans preuve que l’ex-Premier ministre avait été poursuivi pour de fausses accusations afin de le forcer à quitter ses fonctions.

Alors qu’il était encore Premier ministre dans un gouvernement de transition en avril dernier, Netanyahu a nommé un fidèle du Likud au poste de ministre de la Justice, malgré les objections du procureur général de l’époque, Avichai Mandelblit, mais il avait ensuite fait marche arrière, avant que la Haute Cour de justice ne tienne une audience sur la question.

Les députés du Likud et leurs alliés ont promis de réformer en profondeur le système juridique israélien s’ils revenaient au pouvoir, notamment en permettant à la Knesset de passer outre les décisions de la Cour suprême et en donnant aux hommes politiques davantage de poids dans le processus de nomination des juges. Certains ont également proposé une législation qui pourrait accorder l’immunité à Netanyahu.

Les nouvelles élections ont été convoquées jeudi lorsque la Knesset a voté sa dissolution, à la suite de l’effondrement de la coalition disparate de l’ancien premier ministre Naftali Bennett. Yair Lapid est devenu le 14e premier ministre d’Israël vendredi.

Les récents sondages suggèrent que Netanyahu est mieux placé qu’il ne l’était lors des dernières élections.

Alors que M. Netanyahu et ses alliés (Likud, Sionisme religieux, Shas et Yahadout HaTorah) ont remporté 52 sièges lors des élections de mars 2021 qui ont débouché sur la coalition Bennett-Lapid, des sondages plus récents montrent que le bloc dirigé par M. Netanyahu atteint désormais 58 à 60 sièges sur les 120 membres de la Chambre, touchant du doigt la majorité. Avec le parti Yamina – désormais dirigé par Ayelet Shaked, et non plus par Bennett – Netanyahu pourrait obtenir une majorité pour une coalition étroite et de droite.

Les alliances politiques actuelles pourraient encore changer, certains partis pourraient fusionner ou se retirer de la course, et de nouveaux partis la rejoindre. En outre, plusieurs partis affichent des résultats très proches du seuil de 3,25 % pour la représentation à la Knesset et pourraient ne pas le franchir, ce qui pourrait brouiller les cartes politiques.

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