Un entrepreneur israélien dénonce les méthodes d’Amazon
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Un entrepreneur israélien dénonce les méthodes d’Amazon

Sur Facebook, Shai Wininger compare le géant du commerce en ligne à un nouveau voisin semant la pagaille dans le quartier

Le cofondateur de Lemonade Shai Wininger dans son bureau de Tel Aviv, le 20 décembre 2017 (Crédit : Shoshanna Solomon/Times of Israel)
Le cofondateur de Lemonade Shai Wininger dans son bureau de Tel Aviv, le 20 décembre 2017 (Crédit : Shoshanna Solomon/Times of Israel)

Alors que la concurrence en Israël ne cesse de s’envoler pour recruter les talents technologiques, les entrepreneurs israéliens ne savent plus comment réagir en constatant que les meilleurs cerveaux ont été absorbés par les multinationales géantes qui commencent à opérer au niveau local et offrent des salaires qui sont largement supérieurs à ceux du marché.

Cette compétition a connu de nouveaux sommets mercredi, lorsque le cofondateur de Lemonade – une firme de technologie pour les assurances – a ouvert un nouveau front sur sa page Facebook, accusant le géant du commerce Amazon de tenter de débaucher ses employés. Ce post a entraîné un torrent de commentaires des autres entrepreneurs tandis que le directeur technique d’Amazon a promis de se pencher sur le dossier.

Shai Wininger, cofondateur de Fiverr et de Lemonade, a écrit dans son post sur Facebook qu’il venait tout juste d’apprendre qu’Amazon « tente activement de débaucher les employés de Lemonade. Que la partie commence ! Werner Vogels FYI, », a-t-il écrit, se référant au vice-président et directeur technique d’Amazon.

« Je suis profondément inquiet de l’approche agressive adoptée par Amazon et bien au-delà de Lemonade spécifiquement, et si cela ne s’arrête pas, on pourrait bien revenir dans quelques années sur la période que nous sommes en train de vivre en se disant que cela a été un moment crucial qui a changé pour toujours l’avantage concurrentiel israélien », a écrit Wininger.

« Je vois cela à partir de deux différents angles. L’un éthique, l’autre existentiel ».

Boîtes se déplaçant le long d’un tapis roulant dans un centre de distribution d’Amazon à Tracy, en Californie, le 19 janvier 2015. (Dossier: AFP PHOTO / GETTY IMAGES AMÉRIQUE DU NORD / JUSTIN SULLIVAN)

Du côté éthique, a-t-il ajouté, « si vous achetez une maison dans un quartier calme et familial et que vous voulez devenir un pilier de cette communauté, vous ne sortez pas pour démolir les maisons de vos voisins juste pour faire de la place pour votre nouveau court de tennis et pour votre piscine ».

Il a indiqué que les promesses de salaires élevés pour les développeurs – qui, a-t-il poursuivi, n’atteignent toutefois pas les montants avancés – « anéantissent le commerce des autres dans le but d’obtenir rapidement quelques employés ».

Concernant l’aspect existentiel, a noté Wininger, l’introduction d’une « nouvelle norme de salaire multipliée par trois » sur un marché comme Israël pourrait faire revenir, à un niveau macro, « le système technologique israélien vingt ans en arrière ».

« J’ai une grave inquiétude existentielle pour de nombreuses start-ups qui n’auront pas le capital nécessaire pour embaucher des employés en Israël et qui ne pourront pas être concurrentielles sur le marché mondial. A moins, bien sûr, qu’elles ne s’établissent ailleurs », a-t-il écrit.

En réponse au post de Wininger, également sur Facebook, Vogels d’Amazon a commenté qu’il « se pencherait » sur le dossier et le suivrait.

L’entrepreneur israélien Yossi Vardi, à gauche, avec le Dr Werner Vogels d’Amazon, lors d’un événement Invest in Israel à Tel Aviv, le 6 septembre 2017. (Crédit : autorisation)

Liad Agmon, directeur-général de Dynamic Yield, une start-up de Tel Aviv spécialisée dans les logiciels, a indiqué que les recruteurs d’Amazon tentent également de manière agressive de recruter ses développeurs, menaçant de se tourner vers Google Cloud pour assurer ses services à la place d’Amazon. Il a ajouté qu’utiliser une agence de sourcing comme mandataire « ne réduit pas la responsabilité d’Amazon dans cette pratique ».

D’autres membres de la communauté technologique israélienne sont intervenus, laissant un torrent de commentaires. L’entrepreneur Johnny Oram a promis « de marcher aux côtés de » Wininger, disant qu’Amazon est célèbre pour débaucher les employés des autres firmes, tout comme c’est le cas aussi notamment de Google. Roi Tiger, directeur d’ingénierie à Facebook, a écrit qu’il pourrait être déraisonnable de demander à Amazon de ne pas recruter parmi ses clients « parce que cela exclurait la majorité du marché ».

A la chasse aux talents

Au mois de novembre, le site financier TheMarker a fait savoir qu’Amazon tentait agressivement d’embaucher des développeurs en Israël en offrant des salaires largement au-dessus de la moyenne, exacerbant la question de la pénurie locale des employés et dynamisant les niveaux des salaires.

Amazon, qui a annoncé au mois d’octobre que l’entreprise établissait une équipe de recherche et développement en Israël, a pris pour cible les programmeurs, les débauchant dans les start-ups et autres firmes, avec pour objectif de recruter les 100 premiers salariés de son centre de Tel Aviv, a expliqué TheMarker.

Un programmeur expérimenté qui travaillait dans une entreprise de cyber-sécurité s’est vu offrir un salaire de 60 000 shekels par mois de la part d’Amazon parmi d’autres avantages, a indiqué le reportage. Le taux du marché en cours pour les employés ayant ce type d’expérience avoisine les 40 000 shekels.

Amazon a commencé ses opérations en Israël par l’acquisition d’Annapurna Labs au prix de 350 millions de dollars en 2015.

Le géant américain recherche des diplômés d’université dans le secteur de l’apprentissage automatique, des programmeurs expérimentés, des ingénieurs spécialistes en puces et des experts en systèmes d’opération, a noté TheMarker.

Le géant américain n’est pas le seul à s’efforcer d’attirer à lui les employés de talent. Il y a environ 286 entreprises multinationales actives qui opèrent en Israël, la majorité d’entre elles originaires des Etats-Unis, selon des données transmises par Start-up Nation Central, une organisation à but non-lucratif. Elles incluent Apple, Google, Microsoft et Johnson & Johnson, qui sont toutes en concurrence pour s’attacher les talents locaux alors que l’éco-système actuel doit lutter contre une pénurie de travailleurs qualifiés.

L’industrie israélienne high-tech manquera de plus de 10 000 ingénieurs et programmeurs au cours de la prochaine décennie si le gouvernement n’agit pas immédiatement pour préparer les étudiants à combler cette faille, a averti le ministère de l’Economie et de l’industrie dans un rapport publié en 2016.

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