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Un envoyé israélien critiqué pour avoir rencontré le chef du parti roumain AUR

Début août, Eli Cohen niait avoir levé l’interdiction du parti accusé d’antisémitisme, mais il avait reconnu réexaminer le boycott de l'AUR par Israël

De gauche à droite : l'ambassadeur d'Israël en Roumanie Reuven Azar, le chef du parti AUR George Simion et le chef du Conseil régional de Samarie Yossi Dagan se rencontrant au Parlement roumain, à Bucarest, le 28 août 2023. (Crédit : AUR)
De gauche à droite : l'ambassadeur d'Israël en Roumanie Reuven Azar, le chef du parti AUR George Simion et le chef du Conseil régional de Samarie Yossi Dagan se rencontrant au Parlement roumain, à Bucarest, le 28 août 2023. (Crédit : AUR)

L’envoyé d’Israël en Roumanie a rencontré lundi le chef d’un parti de droite local accusé d’antisémitisme, brisant ainsi le boycott du parti par Israël et suscitant les critiques du Mémorial de la Shoah Yad Vashem et de personnalités politiques roumaines.

L’ambassadeur Reuven Azar a rencontré George Simion, chef du parti d’opposition populiste Alliance pour l’Union des Roumains (AUR), qui détient actuellement 12 % des sièges au Parlement, mais qui pourrait devenir, selon certaines prédictions, une force politique majeure dans un avenir proche.

La réunion au Parlement de Bucarest, approuvée par le ministre des Affaires étrangères Eli Cohen, a également été suivie par un important leader du mouvement pro-implantations en Cisjordanie, Yossi Dagan, chef du Conseil régional de Samarie, qui s’est efforcé de faciliter le soutien aux implantations parmi les partis européens de droite.

L’AUR a publié une déclaration dans le cadre de la réunion qui répondait en partie à une liste de demandes formulées par Yad Vashem comme condition à la tenue de la réunion, et soutenait également le droit d’Israël à construire dans les implantations.

Le parti nationaliste et chrétien a été créé en 2018 et s’est fait connaître par ses positions anti-vaccins lors de la pandémie de COVID-19. En 2022, l’AUR a qualifié l’enseignement de la Shoah de « sujet mineur » après qu’il a été rendu obligatoire dans les écoles secondaires roumaines.

L’ambassadeur d’Israël en Roumanie, David Saranga, avait alors fait valoir que la déclaration relevait de la définition de l’antisémitisme de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), que le gouvernement roumain a adoptée en 2017.

Lors des élections législatives de 2020, l’AUR a prise le pays par surprise en remportant 9 % des suffrages nationaux, un résultat qui a permis au parti de franchir la porte du Parlement pour la première fois. Certains de ses dirigeants ont défendu le dossier de personnages historiques qui ont servi dans le régime du dictateur roumain Ion Antonescu – un allié d’Hitler – ou ont fait partie de la Garde de fer, un mouvement révolutionnaire fasciste farouchement antisémite.

Le chancelier allemand Adolf Hitler, à droite, et le Premier ministre roumain, le maréchal Ion Antonescu, à gauche, dans son quartier général, le 16 janvier 1943. (Crédit : AP)

Selon les statistiques officielles roumaines, entre 280 000 et 380 000 Juifs ont été assassinés ou sont morts dans les territoires sous administration roumaine pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans sa déclaration de lundi, exigée par Israël, l’AUR a fait des commentaires qui ne répondaient pas aux exigences de Yad Vashem, mais qui ont été reconnus par des sources israéliennes comme une amélioration par rapport aux déclarations antérieures du parti.

La déclaration indique que le leader du parti, Simion, « a reconnu la responsabilité de la Roumanie dans la Shoah des Juifs roumains (dans les territoires contrôlés par la Roumanie pendant la Seconde Guerre mondiale) et a exprimé ses plus profonds regrets ». Cependant, Yad Vashem avait également demandé que soit reconnu le fait que le pays a non seulement collaboré avec l’Allemagne nazie, mais a également été à l’origine de certains des massacres.

Simion a ajouté que chaque pays, y compris la Roumanie, devrait adopter la définition de l’antisémitisme de l’IHRA et enseigner, dans le cadre de la matière historique nationale, cette page importante du passé, afin de s’assurer que toutes les générations futures connaissent et comprennent le manque d’humanité de cette époque et la raison pour laquelle il est vital d’éviter de répéter de telles horreurs.

Cependant, la déclaration ne soutient pas le plan d’études actuel du gouvernement sur la Shoah, qui enseigne le sujet séparément plutôt que dans le cadre de l’histoire nationale de la Roumanie.

George Simion, à droite, et Claudiu Tarziu, à gauche, dirigeants de l’Alliance pour l’unification des Roumains (AUR), lors d’une conférence de presse au siège du parti à Bucarest, en Roumanie, le 7 décembre 2020. (Crédit : Vadim Ghirda/AP Photo)

La déclaration d’AUR indique également que Simion « a fermement condamné l’antisémitisme, a déclaré que l’AUR ne tolère aucune forme d’antisémitisme et a affirmé que la législation pénale roumaine punit sévèrement toute manifestation de soutien et d’admiration pour les criminels de guerre ou les membres de la Garde de fer qui ont participé à la Shoah, y compris Ion Antonescu ».

Mais ce langage ne répond pas non plus à la demande de Yad Vashem d’une condamnation sans équivoque par le parti des crimes et de l’antisémitisme d’Antonescu et de la Garde de fer.

Le communiqué indique également que Simion a « accepté avec plaisir » l’invitation de Dagan à visiter la Cisjordanie et Jérusalem, soulignant le « droit historique du peuple juif à construire et à vivre dans des communautés et des villes en Judée et en Samarie, le berceau de l’histoire du peuple juif depuis l’époque de la Bible ». La Judée et la Samarie sont les noms bibliques de la Cisjordanie.

Le ministère des Affaires étrangères a déclaré au Times of Israel que la réunion avait été organisée pour « ouvrir un dialogue » avec l’AUR « après qu’elle a accepté d’adopter publiquement les quatre principes centraux de l’État d’Israël » : la responsabilité de la Roumanie dans la Shoah des Juifs qui étaient sous son contrôle pendant la Seconde Guerre mondiale ; la condamnation de l’antisémitisme et l’adoption de la définition de l’antisémitisme par l’IHRA ; l’interdiction de la glorification des criminels de guerre, dirigée par Ion Antonescu ; et le soutien à l’inclusion de la commémoration de la Shoah dans le système éducatif roumain ».

« Il s’agit d’une première rencontre avec les représentants du parti et les discussions futures avec le parti seront basées sur leur engagement dans cette déclaration. Les deux hommes ont discuté de l’importance de la commémoration de la Shoah et de la lutte contre l’antisémitisme, des relations bilatérales et des questions régionales », a déclaré le ministère des Affaires étrangères.

Cependant, Yad Vashem a réagi à la rencontre. « En juillet, nous avons informé le ministère des Affaires étrangères qu’à notre avis, les conditions justifiant une rencontre avec l’AUR n’étaient pas réunies. Au cours des dernières semaines, le ministère des Affaires étrangères ne nous a pas redemandé notre avis et ne nous a pas tenus au courant de l’évolution de la situation. »

Le député roumain et représentant spécial pour la promotion des politiques de la mémoire, la lutte contre l’antisémitisme et la xénophobie Alexandru Muraru ajustant sa kippa lors d’une cérémonie de commémoration des victimes de la Shoah à l’occasion de la Journée internationale de commémoration de la Shoah au mémorial de la Shoah, à Bucarest, en Roumanie, le 27 janvier 2022. (Crédit : Andreea Alexandru/AP Photo)

La réunion a été dénoncée par l’historien roumain Alexandru Muraru, qui était jusqu’à récemment l’envoyé spécial du gouvernement roumain pour la lutte contre l’antisémitisme. Muraru a comparé cette réunion à une rencontre entre un fonctionnaire roumain et le groupe terroriste palestinien du Hamas ou le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah.

« Il est incompréhensible que l’ambassadeur d’Israël puisse officiellement rencontrer et serrer la main d’un homme politique qui prône la violence dans la politique roumaine », a-t-il écrit sur Facebook. « Le geste de l’ambassadeur Azar cause d’immenses dommages à la démocratie et à la vie publique roumaines, car il légitime un organisme extrémiste, xénophobe, antisémite et néo-fasciste. Il est sans précédent dans la politique diplomatique de l’Etat d’Israël à Bucarest depuis 1990 jusqu’à aujourd’hui. »

« Azar, que diriez-vous si l’ambassadeur roumain à Tel Aviv rencontrait les dirigeants du Hamas et du Hezbollah et leur serrait la main ? C’est exactement ce que vous avez fait à l’État roumain », a ajouté Muraru.

La rencontre de lundi est survenue quelques semaines après que le quotidien Haaretz a révélé que le député Amit Halevi (Likud) avait entamé en juillet une discussion au ministère des Affaires étrangères sur le réexamen de la position d’Israël à l’égard des partis nationalistes de droite en Europe.

Selon cet article, Halevi avait été invité par Cohen à une réunion avec des hauts fonctionnaires du ministère et avait décidé de mettre fin au boycott officiel de l’AUR par Israël. Le quotidien avait affirmé que cette délibération a influencé la décision de Cohen de mettre fin au boycott de l’AUR et d’ordonner au ministère de réévaluer la position d’Israël à l’égard du parti, malgré l’opposition de Yad Vashem.

Des militants du Likud – dont Halevi – et des organisations israéliennes de droite font pression pour que les partis nationalistes européens, qui sont généralement pro-Israël bien qu’ils aient souvent des liens historiques avec des personnalités antisémites, se rallient à leur cause.

En janvier, après qu’une unité administrative du conseil municipal de Bucarest a refusé de démonter un buste honorant le ministre des Finances du gouvernement pro-nazi de la Seconde Guerre mondiale, un parlementaire de l’AUR avait accusé l’Institut Elie Wiesel pour l’étude de la Shoah en Roumanie – une institution publique qui défend l’élimination des monuments honorant les figures nazies et les collaborateurs – de « réécrire l’Histoire roumaine et de démolir le culte de ses héros et de ses martyrs ».

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