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Un groupe juif quitte la Conférence des présidents pour différends politiques

Le Cercle des travailleurs déclare que son "souci de la démocratie" n'est pas partagé et cite des désaccords au sujet des USA, Israël, la définition de l'antisémitisme, et l'IHRA

Des membres du Cercle des travailleurs lors d'une marche en faveur de la démocratie. (Crédit : Autorisation du Cercle des Travailleurs)
Des membres du Cercle des travailleurs lors d'une marche en faveur de la démocratie. (Crédit : Autorisation du Cercle des Travailleurs)

JTA – Le Cercle des Travailleurs a décidé de quitter la Conférence des Présidents (CdP), qui rassemble les principales organisations juives américaines, reduisant, par là même, le nombre de groupes progressistes au sein de l’organisation faîtière.

Le Cercle des travailleurs – un groupe d’activistes juifs progressistes qui propose un important programme de cours de yiddish et qui, plus récemment, s’est consacré à la défense de la démocratie – a déclaré qu’il quittait la CoP en raison de désaccords sur la politique américaine, sur l’attitude à adopter à l’égard d’Israël et sur la définition de l’antisémitisme.

« Le moment semble venu pour nous de nous séparer », a déclaré Ann Toback, directrice générale du Cercle des travailleurs, à la Jewish Telegraphic Agency (JTA) mardi. « L’importance que nous accordons à la démocratie n’est pas reflétée par cette organisation qui est censée nous représenter ».

Cette décision vient couronner une série d’incidents survenus ces dernières années qui ont mis en lumière les failles de la CoP, qui se veut la voix unifiée de dizaines de groupes juifs aux États-Unis. Ce départ témoigne des profondes divisions politiques qui existent parmi les Juifs américains en général, et du défi que représente la tentative de réunir des opinions disparates sous une même bannière afin de préserver la notion d’intérêts juifs partagés dans un climat de plus en plus polarisé.

Cette décision du Cercle des travailleurs ne semble pas en avoir incité d’autres à lui emboîter le pas : en effet, d’autres groupes de gauche présents à la conférence ont indiqué à la JTA leur intention de rester au sein de la coalition.

Le directeur exécutif de la CoP, William Daroff, a critiqué le départ du Cercle des travailleurs, l’accusant de ne pas avoir fait part de ses objections et de ne pas avoir participé activement à la Conférence avant son départ. Il a déclaré que ce départ ne témoignait pas de divisions plus profondes au sein de la coalition.

William Daroff, PDG de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines, s’exprimant lors d’une conférence, le 26 mai 2022. (Crédit : Conférence des présidents/Facebook)

Selon lui, c’est la première fois qu’un groupe quitte la conférence en invoquant des divergences idéologiques.

« Ce fut une surprise totale », a déclaré Daroff. « Nous n’avions aucune idée que ce groupe avait de sérieuses divergences avec nous, avec la Conférence. Ils ne venaient pratiquement jamais aux réunions. Ils auraient pu assister à des dizaines de réunions où ces questions auraient pu être soulevées ».

Il a également déclaré à la JTA que le Cercle des travailleurs devait plus de 15 000 dollars de cotisations à la Conférence ; Ces dernières varient en fonction de la taille des groupes membres. Toback a contesté le fait que ce paiement était en cause, affirmant que le groupe avait payé les factures qu’il avait reçues et s’était engagé à payer ce qu’il devait jusqu’à la date de sa démission. « La décision du groupe n’a rien à voir avec les cotisations », a-t-elle déclaré à propos de la décision du groupe.

Fondé en 1900 sous le nom de Workmen’s Circle, ou Arbeter Ring, par des immigrants yiddishophones aux États-Unis comme une société d’entraide socialiste, le Cercle des travailleurs est affilié à la Conférence depuis le milieu des années 1990. En 2016, l’organisation s’est recentrée sur la lutte contre ce qu’elle considère comme l’érosion de la démocratie aux États-Unis. Selon Toback, protéger la démocratie fait partie de la mission du groupe, lequel a été fondé par des immigrés fuyant des pays autocratiques.

Ces dernières années, le groupe avait souhaité que la CoP adopte des positions plus fermes sur les questions nationales telles que la lutte contre la suppression des votes et les découpages électoraux qui diluent le pouvoir de vote des minorités. « La réticence de la CoP à intervenir et à parler de l’érosion de la démocratie aux États-Unis est un véritable problème pour nous », a-t-elle déclaré.

Selon Daroff, le Cercle des travailleurs n’a jamais demandé à la direction de la conférence de s’exprimer sur les normes démocratiques. Bien que Toback reconnaît n’avoir jamais soulevé la question directement avec le personnel de la Conférence, elle a déclaré à la JTA : « Leurs positions sont très claires ». Elle a ajouté par la suite : « Nos missions ne sont pas alignées ».

Ann Toback, Directrice du Cercle des travailleurs, août 2021. (Crédit : Danielle Ziri)

La Conférence a été fondée au milieu des années 1950 pour défendre d’une voix unie les intérêts juifs. Sa liste de 50 groupes comprend certaines des plus grandes organisations juives, dont les principales communautés religieuses, l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), l’Anti-Defamation League (ADL), les Fédérations juives d’Amérique du Nord (JFNA) et l’American Jewish Committee (AJC). Elle comprend également un certain nombre de groupes dont les effectifs et les activités publiques sont beaucoup plus modestes.

La conférence n’est pas étrangère aux querelles intestines et aux menaces de démission. Depuis plusieurs années, de nombreuses organisations membres ont demandé à ses dirigeants de prendre des mesures disciplinaires à l’encontre de la Zionist Organization of America (ZOA), dont le président, Morton Klein, est un militant pro-israélien de droite qui a déjà tenu des propos incendiaires par le passé. En 2019, la ZOA a reçu un blâme de la Conférence pour « insultes, attaques ad hominem et injures ».

L’année suivante, plus d’une dizaine d’autres organisations libérales membres de la conférence ont envoyé une lettre ouverte à Klein pour condamner ses attaques verbales portées contre le mouvement Black Lives Matter (BLM). D’autres groupes membres ont fait pression sur la Conférence pour qu’elle expulse la ZOA. Klein a répondu en déposant sa propre plainte contre le groupe d’aide aux réfugiés HIAS et les dirigeants des autres groupes qui l’avaient attaqué. La direction de la coalition a tenté de résoudre la situation en refusant de donner suite aux plaintes.

La décision du Cercle des travailleurs signifie que le groupe ne participera désormais plus à ces débats internes. Dans la lettre annonçant leur départ, envoyée mercredi à la direction de la Conférence et communiquée à la JTA, Toback et le président du Cercle des travailleurs, Zeev Dagan, ont écrit que leur séparation « n’est pas une décision prise à la légère ».

« Cela fait longtemps que nous sommes membres de la CoP et nous partageons son engagement en faveur des intérêts des communautés juives en Amérique et dans le monde entier », écrivent-ils. Mais, outre la critique sur le « silence » de la Conférence par rapport aux questions nationales qui sont devenues le centre d’intérêt du Cercle des Travailleurs, la lettre cite une série d’autres raisons pour lesquelles ils ont décidé de quitter la Conférence. Parmi celles-ci, la promotion par la Conférence de la définition de l’antisémitisme de l’Association internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) qui, selon certains groupes libéraux, entrave la liberté d’expression sur Israël car elle définit certaines formes de critiques de l’État juif comme de l’antisémitisme.

Dans sa réponse à la lettre de démission du Cercle des Travailleurs, Daroff a souligné en particulier les objections à la définition de l’IHRA. Il y affirme que la multitude de voix et de groupes qui s’opposent aux récents efforts de refonte du système judiciaire du gouvernement israélien – parmi lesquels figurent des membres de la Conférence – prouve que la critique de la politique israélienne est autorisée en vertu de la définition. (Parmi les membres de la conférence, au moins un membre, la ZOA, soutient la législation sur la refonte du système judiciaire).

« Les six derniers mois, qui ont été marqués par des critiques véhémentes de la politique du gouvernement israélien et durant lesquels personne n’a qualifié ces critiques d’antisémites, suffisent à remettre en cause le prétexte absurde selon lequel la définition – et la Conférence par extension – interdirait toute critique légitime d’Israël », a-t-il écrit dans un communiqué.

Pour Toback, le débat sur la législation judiciaire a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour le Cercle des travailleurs. Après l’adoption par la Knesset, en juillet, d’une loi affaiblissant le pouvoir de la Cour suprême, qui a suscité des manifestations massives et a été critiquée comme étant une menace pour la démocratie israélienne, la Conférence a publié une déclaration exprimant son « inquiétude » concernant les réformes et appelant les dirigeants israéliens à « privilégier le compromis et l’unité », ajoutant que « les acteurs politiques responsables doivent calmer les tensions qui se sont dangereusement exacerbées ».

Toback avait espéré une condamnation plus sévère de ce projet de loi. « Voir la démocratie israélienne arriver à cette situation critique sans appeler à un réel changement a été le point de non-retour » dans les relations entre le groupe et la Conférence, a-t-elle déclaré.

Par le passé, certains groupes progressistes avaient déjà envisagé de quitter la coalition. En 2014, la Conférence avait refusé d’accorder le statut de membre à J Street, le lobby libéral israélien. Après cette décision – prise par un vote secret des membres de la CoP – le rabbin Rick Jacobs, président de l’Union pour le judaïsme réformé (URJ), avait déclaré qu’une option pour son groupe serait « de simplement quitter la Conférence des présidents. »

Il avait ajouté à l’époque : « Ce qui est certain, c’est que nous n’accepterons plus de faire mine que la CoP représente ou reflète les opinions de l’ensemble des Juifs américains ».

Les groupes qui ont critiqué la CoP après le vote de J Street sont tous encore membres, y compris l’URJ. Contactée pour une réaction concernant la décision du Cercle des Travailleurs, Jacobs a reconnu que c’est « un défi d’être dans une grande organisation parapluie diversifiée – parfois c’est très frustrant ».

Mais, a-t-elle ajouté, l’URJ et d’autres groupes libéraux ont choisi de rester parce que « il est important de renforcer la voix progressiste et libérale au sein de la Conférence ».

« Ils ne font pas de déclarations comme la Cour Suprême avec une majorité et une minorité d’opinions », a déclaré Jacobs à propos de la Conférence. « Nous non plus. Le Talmud le fait, mais pas nous.

Le rabbin Rick Jacobs, à la tête de l’Union pour le Judaïsme réformé, dans son bureau de New York au mois de mai 2022. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Daroff a précisé à la JTA que les membres de la Conférence « œuvraient ensemble pour parvenir à un consensus sur le programme de la communauté juive américaine ».

Les groupes de gauche de la conférence ont déclaré qu’ils respectaient la décision du Cercle des travailleurs, mais qu’ils pensaient pouvoir être plus efficaces au sein de la coalition qu’en dehors.

« Nous sommes allés à fond dans la Conférence des présidents », a déclaré Sheila Katz, directrice générale du Conseil national des femmes juives, dont la présidente a siégé au comité exécutif de la Conférence. « Nous avons constaté que plus nous nous engageons, plus il y a d’opportunités ».

« J’ai un profond respect pour la décision prise par le Cercle des Travailleurs car je sais que l’impact qu’ils veulent avoir est réel. Ils me manqueront », a-t-elle toutefois tempéré.

Hadar Susskind, présidente et directrice générale d’Americans for Peace Now, a déclaré : « Nous pensons qu’il est important pour nous d’être présents et de participer à la Conférence, même si elle n’est pas parfaite ».

Toback a déclaré que la décision du Cercle des Travailleurs de quitter la Conférence n’était pas une critique à l’égard des organisations qui y sont restées.

« Il ne s’agit en aucun cas de pointer du doigt et de dire : ‘Votre participation à la Conférence est antidémocratique' », a-t-elle déclaré. « Je veux qu’ils poursuivent leur engagement au sein de la Conférence et je les encourage, ainsi que d’autres, à faire entendre leur voix en faveur de la démocratie ».

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