Un livre consacré au « Voyant dans le siècle » Claude Lanzmann
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Un livre consacré au « Voyant dans le siècle » Claude Lanzmann

Juliette Simont a dirigé un ouvrage où les proches et les amis de Lanzmann réflechisssent à leur "dette" à son égard

Couverture de Claude Lanzmann : Un voyant dans le siècle (Crédit : capture d'écran Gallimard)
Couverture de Claude Lanzmann : Un voyant dans le siècle (Crédit : capture d'écran Gallimard)

Feu Shimon Peres, Arnaud Desplechin, Luc Dardenne, Philippe Sollers, Marcel Gauchet, Jean-Claude Milner, Boualem Sansal figurent parmi les contributeurs de cet ouvrage qui entend rendre hommage « à l’œuvre » de Claude Lanzmann, œuvre « qui se poursuit au présent et au futur, [car] de nouveaux films sont en préparation ».

Le site de Gallimard, se garde bien de présenter l’ouvrage comme une « commémoration » mais plutôt comme une « réflexion » sur la dette de nombreux « cinéastes, écrivains, philosophes, personnalités de divers horizons, proches ou moins proches de Claude Lanzmann ».

Une dette, car l’œuvre de Lanzmann et son impact sur la reconnaissance de l’existence des camps d’extermination, entre autres, a ouvert une voie de réflexion sur ce qu’est le présent, et ce qu’il est possible de faire.

Aujourd’hui Lanzmann reste un observateur de son temps. Dans un entretien accordé à l’AFP en 2015, le cinéaste évoquait spontanément l’Iran en faisant part de son inquiétude pour l’Etat hébreu.

« Je suis inquiet pour Israël. Si l’Iran se dote de l’arme nucléaire, quoi qu’on en dise aujourd’hui ce serait un vrai changement, un saut qualitatif. Je suis plutôt d’un tempérament pessimiste et je pense qu’Israël n’en a pas fini avec les guerres », déclare le réalisateur, auteur de « Pourquoi Israël » (1972) et « Tsahal » (1994).

Claude Lanzmann est surtout connu dans les cercles universitaires et intellectuels en Israël, où il a reçu le titre de Docteur Philosophiae Honoris Causa de la prestigieuse Université hébraïque de Jérusalem.

Mais en Israël, comme en France, son documentaire « Shoah » a révolutionné l’histoire, et son enseignement, de l’extermination systématique des Juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale, imposant le terme même de « Shoah » (« anéantissement » en hébreu) dans le langage courant.

Intellectuel engagé, ancien ami de Jean-Paul Sartre et compagnon de Simone de Beauvoir, Claude Lanzmann refuse que l’on dise « qu’Israël est la rédemption de la Shoah » même s’il concède que la relation entre les deux est « compliquée ».

« Je n’accepte pas qu’on dise qu’il a fallu six millions de morts pour permettre à ce pays d’exister, comme le fait (Steven) Spielberg dans son film ‘la Liste de Schindler' », dit le cinéaste.`

Chief prosecutor of the Eichmann trial, Israeli Attorney Gideon Hausner (left) and Justice Gabriel Bach, senior prosecutor in the Adolf Eichmann Trial (middle, facing camera), during Adolf Eichmann's (back) trial in Jerusalem (photo credit: GPO/Flash90)
Gideon Hausner, le procureur israélien du procès d’Adolf Eichmann (gauche) et Gabriel Bach, à Jérusalem, en 1961. (Crédit : GPO/Flash90)

Claude Lanzmann ne ménage cependant pas ses critiques à l’égard d’Israël concernant l’organisation du procès d’Adolf Eichmann, criminel de guerre nazi, capturé par les agents du Mossad en 1960 et exécuté en Israël en 1961.

Le réalisateur a ainsi consacré son dernier documentaire, « le Dernier des injustes » (2013), à la réhabilitation de Benjamin Murmelstein, ancien président du Conseil juif du ghetto de Terezin, en République tchèque, exclu du procès Eichmann par Israël qui avait jugé que son témoignage manquait de fiabilité en raison d’une soi-disant compromission avec les nazis.

Plus légèrement, Claude Lanzmann confie que cela lui fait « très plaisir » que la ville de Netanya, où vit une importante communauté francophone, au nord de Tel Aviv, ait décidé de donner son nom à une promenade de bord de mer.

« J’aime bien l’idée d’une promenade de bord de mer, et puis ça se fait de mon vivant, on attend pas que je sois mort », plaisante-t-il.

Interrogé sur la mort, il reconnaît en avoir « très peur ».

« La mort est un scandale absolu. Il n’y a que la vie. C’est aussi le sens de ‘Shoah' ».
 

Claude Lanzmann. Un voyant dans le siècle Édition publiée sous la direction de Juliette Simont, Gallimard, 328 pages

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