Israël en guerre - Jour 148

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Un rabbin sioniste religieux espère que le regain de foi post-7 octobre va durer

En pleine guerre, le rabbin David Stav, cofondateur de Tzohar, voit les Juifs israéliens revenir à la religion et s'unir autour d'elle – mais il craint le marasme d'après-guerre

Le rabbin David Stav, cofondateur et président de l'organisation rabbinique Tzohar. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)
Le rabbin David Stav, cofondateur et président de l'organisation rabbinique Tzohar. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

JTA — Une femme d’un kibboutz laïc à la frontière de Gaza récite très fort le Shema pour célébrer la libération d’otages israéliens. Des centaines de vêtements à franges rituels – suspendus à des uniformes de combat de couleur verte – sont distribuées aux soldats sur le front. La mère d’un ex-otage explique son retour par le rituel sur la hallah qu’elle a pratiqué la veille.

Pour le rabbin David Stav – et d’autres en Israël -, ces anecdotes, comme tant d’autres, montrent que, dans le sillage du massacre du Hamas du 7 octobre et de la guerre qui s’en est suivie, les juifs israéliens non-pratiquants sont revenus à la religion et s’en sont servi pour susciter un sentiment de solidarité pendant les combats.

Rabbin sioniste religieux libéral de tout premier plan, Stav a consacré une grande partie de sa carrière à rendre le rituel juif plus accessible et attrayant pour les Israéliens laïcs. La guerre, pense-t-il, pourrait être un tournant déterminant en la matière.

Le mois dernier, il a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency craindre que dans l’après-guerre, Israël ne retombe dans les divisions politiques acrimonieuses qui ont marqué 2023, jusqu’à ce que des milliers de terroristes dirigés par le Hamas ne tuent 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et en enlèvent 240, le 7 octobre dernier. A ses yeux, cette inquiétude est secondaire par rapport à celle que lui inspirent ses sept fils et gendres qui servent actuellement dans l’armée israélienne.

Stav est le cofondateur et président de Tzohar, association rabbinique israélienne libérale. Il est également le rabbin de Shoham, dans le centre d’Israël, et s’est présenté – sans succès – au poste de grand rabbin d’Israël en 2013. Son objectif, assure-t-il, est de promouvoir un judaïsme « normal », à la fois moins dogmatique et plus tolérant envers les diverses manières de pratiquer la religion.

Son objectif professionnel est avant tout de ramener les Israéliens laïcs vers leur identité juive : c’est d’ailleurs ce qu’il a souligné lors de son entretien avec la JTA. Mais le renouveau religieux s’étend au-delà des Israéliens laïcs, dit-il : il voit aussi les Israéliens sionistes religieux faire face à la guerre en remplissant les synagogues et en priant davantage.

Cette adhésion au judaïsme, espère Stav, permettra aux Juifs israéliens de se retrouver et de rester unis. Il craint qu’un manque de confiance généralisé dans le gouvernement ne jette à nouveau les Israéliens dans leurs camps idéologiques respectifs.

« Je crois que ce qui s’est passé le mois dernier a ouvert une crise de confiance importante envers le gouvernement, l’État, l’armée, mais cela a également soulevé des questions absolument fondamentales en termes de définition de notre identité », analyse-t-il. « De plus en plus de gens prennent conscience qu’être Juif revêt un sens qu’ils avaient oublié. »

Le rabbin David Stav, debout, prend la parole dans la maison de Ben Gurion, le 10 septembre 2023 à Tel Aviv, en Israël. (Crédit : Guy Anto)

Cette conversation a été traduite de l’hébreu et remaniée à des fins de concision et de clarté.

JTA : Quel message voudriez-vous envoyer aux Juifs américains ?

Rabbin David Stav : Avant tout, je voudrais dire qu’après cette brouille qui a duré près d’un an et qui a presque divisé la société israélienne, l’ambiance a totalement changé. L’heure est à la solidarité, à l’amour d’Israël, à la volonté de sacrifice.

Mais il y a quelque chose de plus profond : la société israélienne fait face à des questions très complexes sur la définition de son identité. Sommes-nous davantage Israéliens ou Juifs ? Je pense que les événements du 7 octobre ont démontré à la société israélienne, premièrement, le soutien mutuel entre la communauté juive israélienne et la communauté juive mondiale. Et deuxièmement, ce qui n’est pas rien, qu’en ce qui concerne nos ennemis – le Hamas et ses partenaires –, il n’y a pas de différence entre la droite et la gauche, les religieux et les laïcs. Nous sommes tous Juifs, et comme nous sommes tous Juifs, nous sommes obligés de nous sentir Juifs, de nous dire Juifs.

Je crois que pour beaucoup d’Israéliens, le moment est émouvant parce que beaucoup d’entre eux pensaient que nous étions éclairés, israéliens, occidentaux, et tout à coup, ils se rendent compte qu’avant d’être occidentaux et israéliens, ils sont Juifs.

Et il n’y a pas que ça. Il y a des milliers d’exemples. Je serais incapable de vous dire combien… Et plus important encore, c’est la volonté des gens de parler la langue du judaïsme.

Des bénévoles à Jérusalem préparant des tsitsit pour les soldats israéliens sur les lignes de front, le 19 octobre 2023. (Crédit : Shira Silkoff)

Quel message voudriez-vous ramener en Israël ?

Les Israéliens doivent comprendre que ce qui se passe en Israël n’influence pas seulement Israël. Il influence les États-Unis, et les incidents antisémites ici sont le résultat direct de ce qui se passe en Israël. Tout comme les Juifs américains savent que si Israël n’est pas sûr, ce ne sera pas sûr non plus ici. Il nous faut comprendre que ce qui nous arrive n’influence pas que nous.

Ces dernières années, beaucoup, beaucoup d’Israéliens se sont sentis plus israéliens que Juifs, avec l’impression que leur judaïsme n’avait aucun sens. Ils étaient Israéliens parce qu’ils étaient nés en Israël, ce qui faisait que leur lien avec la diaspora juive ou avec la Bible était fortuit, aléatoire, sans réelle signification.

Aujourd’hui, nous comprenons que c’est beaucoup plus profond que cela. Tout à coup, nous voyons des soldats seuls [ces soldats, souvent venus de l’étranger, sans parents proches en Israël] venus mourir en Israël. Aujourd’hui, l’histoire est plus juive qu’israélienne. Dans une large mesure, le fait que le Hamas ait tué des hommes et des femmes, de droite et de gauche, des pro-Palestiniens comme des anti-Palestiniens jette une nouvelle lumière sur l’histoire.

Un soldat israélien allume les bougies pour la deuxième nuit de la fête juive de Hanoukka, près de la frontière israélienne avec la Syrie, le 8 décembre 2023. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

Quel est, à vos yeux, le rôle des rabbins sionistes religieux comme vous, en ce moment ?

Le rôle central, tout d’abord, est de renforcer l’unité de la société israélienne – et non d’accuser telle ou telle personne ou de demander à l’État ou à l’armée de faire quelque chose d’irréaliste.

Qu’entendez-vous par là ?

Exiger maintenant la reconstruction du Gush Katif [les implantations israéliennes de Gaza évacuées en 2005] – même s’il s’agit d’une revendication morale ou religieusement justifiée, même si elle est juste – ce dont je ne suis pas sûr -, diviserait la société israélienne. Cela la briserait immédiatement. Nous avons besoin de renforcer notre unité, de renforcer la société israélienne, de croire en nos capacités, en notre vision, en notre moralité, en la nécessité de briser le Hamas, de le détruire. Ne pas exiger quoi que ce soit de nature à déchirer à nouveau l’État. Nous avons assez souffert des divisions – dont une partie a été créée par la communauté sioniste religieuse à cause de la réforme judiciaire. Ca suffit.

À quoi les gens de votre communauté sont-ils confrontés ?

Je vais commencer par l’inquiétude. Quand je parle à ma famille, à nos familles, chacun dit s’inquiéter pour ses enfants. C’est la première chose qui inquiète chaque famille : ses enfants à l’armée.

Nous devrions aussi dire honnêtement qu’à l’heure actuelle, la crise est si forte que même si – si Dieu le veut – nous gagnons… personne ne sait comment cela va se terminer, personne ne sait ce qui va se passer dans le nord avec le Hezbollah et personne ne sait ce qui va se passer avec les Palestiniens et personne ne sait comment l’État va gérer la question de Gaza.

La deuxième préoccupation, bien sûr, est d’ordre économique. La crise en Israël est en train de susciter une crise économique en Israël. Des centaines de milliers de personnes [réservistes] ne travaillent plus. S’ils ne travaillent pas, ils ne gagnent pas d’argent. J’étais à l’aéroport Ben Gurion : voir Ben Gurion vide, c’est génial pour les gens qui prennent l’avion, parce qu’il n’y a pas de longues files d’attente… Mais vous comprenez que c’est problématique. C’est un problème vis-à-vis du tourisme, c’est un problème pour l’industrie.

Le troisième problème est le manque global de confiance dans le gouvernement et les institutions de l’État. Cela dérange vraiment les gens, qui n’ont pas l’impression qu’il y ait une direction capable de nous unir tous. Nous nous serions attendus à ce que les dirigeants fassent preuve d’unité, d’empathie et de sensibilité. Il y a un problème.

Les proches des otages à Gaza lors d’une marche de solidarité à Tel Aviv, le 16 décembre 2023. (Autorisation : the Hostages and Missing Families Forum)

Comment abordez-vous ce problème ?

La société israélienne fait preuve d’un incroyable esprit, de solidarité, d’initiative et d’action. En ce qui concerne l’inquiétude pour nos enfants, nous prions sans répit. Il n’y a jamais eu autant de prières dans les synagogues sionistes religieuses. De nombreuses synagogues récitent [la prière des fêtes du Nouvel An] Avinou Malkénou. Beaucoup de gens se réveillent avec cette prière parce que nous comprenons que nous avons besoin du salut.

En plus du souci que vous donne la sécurité de vos fils et gendres dans l’armée, qu’est-ce qui vous empêche de dormir la nuit ?

En plus de cela, la crise de la société israélienne, la crise de confiance dans l’État et ses institutions, et la lutte entre les deux parties. Chaque camp accuse l’autre pour ce qui s’est passé : la gauche, la droite, la droite, la gauche, les partisans de Bibi, les opposants de Bibi. Je crains que la guerre n’étouffe cela, mais dans l’après-guerre, je me demande toujours ce que nous pouvons faire pour que cela n’arrive pas.

Comment pensez-vous célébrer Sim’hat Torah – la fête au cours de laquelle le massacre du Hamas a eu lieu – l’an prochain ?

Je préfèrerais ne pas répondre à cette question : ce n’est pas que nous n’ayons pas besoin de réfléchir à la façon de célébrer Sim’hat Torah l’an prochain, mais pour l’heure, il importe avant tout de gagner la guerre. Ensuite, nous parlerons de Sim’hat Torah.

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