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Un soldat de Tsahal inculpé pour la mort d’un émeutier gazaoui

Le soldat a accepté un arrangement judiciaire et admis avoir ouvert le feu, sans l'accord du commandant, sur un adolescent palestinien qui escaladait la clôture de sécurité

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

L'adolescent palestinien Othman Helles escalade la clôture de sécurité à Gaza avant d'être abattu par un soldat de Tsahal, le 13 juin 2018. (Crédit : capture d'écran)
L'adolescent palestinien Othman Helles escalade la clôture de sécurité à Gaza avant d'être abattu par un soldat de Tsahal, le 13 juin 2018. (Crédit : capture d'écran)

Un tribunal militaire a prononcé lundi sa première condamnation liée aux séries d’émeutes hebdomadaires qui se déroulent le long de la frontière gazaouïe en jugeant coupable un soldat qui a désobéi à un ordre, causant la mort d’un adolescent palestinien.

La condamnation fait suite à un accord de peine dans le cadre duquel le soldat, membre de la brigade d’infanterie Givati, a plaidé coupable de « désobéissance à un ordre ayant conduit à un risque pour la vie ou pour la santé d’autrui », a déclaré l’armée mardi.

Il a été condamné à un mois de prison – il effectuera des travaux d’intérêt général dans le cadre de l’armée – ainsi qu’une période probatoire et une rétrogradation au rang de simple soldat.

C’est la première condamnation d’un soldat de l’armée israélienne pour la mort d’un émeutier palestinien durant les manifestations dites de la Marche du retour. Le 13 juillet 2018, un soldat, dont le nom est interdit de publication, a ouvert le feu en direction d’un adolescent palestinien, identifié par les autorités à Gaza comme étant Othman Helles, 15 ans, alors qu’il escaladait la clôture frontalière pendant une émeute.

Le soldat a agi « sans avoir reçu la permission de ses commandants, de manière non conforme aux règles de l’engagement et de manière non conforme aux instructions qu’il avait précédemment reçues », avait précisé l’armée à l’époque.

Des images vidéos de l’incident du 13 juillet semblent montrer Helles escaladant la clôture avant d’être abattu.

En août, l’avocat général des armées Sharon Afek a ordonné l’ouverture d’enquêtes sur la mort par balles le 30 mars d’Abdel Fattah Abdel Nabi, 18 ans, et celle d’Othman Helles « avec suspicion que les fusillades n’étaient pas conformes aux règles d’engagement », avait déclaré l’armée israélienne dans un communiqué.

Le soldat n’a pas été inculpé d’homicide parce que les procureurs militaires n’ont pas été en mesure de rassembler suffisamment de preuves reliant son tir à la mort de Helles.

Des soldats de l’armée israélienne contrôlent la clôture de sécurité pendant les manifestations violentes le long de la frontière avec Gaza, le 14 mai 2018 (Crédit : Armée israélienne)

À l’époque, l’armée israélienne avait publié une déclaration selon laquelle le jeune homme de 15 ans avait tenté de s’infiltrer en Israël, bien que les Palestiniens aient réfuté cette affirmation.

Depuis le 30 mars 2018, les Gazaouïs manifestent chaque vendredi après-midi le long de la barrière qui sépare l’enclave d’Israël. Des centaines, voire des milliers de personnes y prennent part.

Bien qu’initialement prévues comme des manifestations non violentes, les protestations ont été cooptées par le groupe terroriste palestinien du Hamas, qui dirige Gaza et dont les dirigeants ont déclaré que leur but est de supprimer la frontière et de « libérer la Palestine ».

Ces émeutes ont donné lieu à des affrontements meurtriers, au cours desquels les forces de sécurité de l’armée israélienne étaient exposées à des tirs palestiniens, des jets de grenades, des bombes artisanales et des cocktails Molotov lancés en leur direction.

Israël a fait face à de nombreuses critiques pour son usage de tir à balles réelles face à des émeutiers généralement non armés.

La fumée d’un feu de pneus alors que les Palestiniens protestent près de la frontière avec Israël à l’est de la ville de Gaza, le 17 août 2018 (AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

L’armée s’est défendue de ces condamnations, assurant qu’elle agit conformément aux règles d’engagement, que les soldats doivent avoir l’aval de leurs commandants avant de tirer et que chaque balle tirée fait l’objet d’une enquête.

« Mais nous n’avons pas – je n’ai pas dit ‘pas encore’, j’ai dit que nous n’avons pas – déterminé une seule fois où un soldat a décidé de tirer sur une foule, même lors de journées difficiles », avait déclaré le général de division Herzi Halevi lors d’une conférence internationale il y a quelques mois.

Près de 200 Palestiniens ont été tués et des milliers d’autres ont été blessés par les tirs israéliens depuis le début des émeutes, selon le ministère de la Santé de Gaza dirigé par le Hamas. Le Hamas et le Jihad islamique palestinien ont tous deux reconnu que des dizaines de tués appartenaient à leurs rangs.

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