Une bataille de Yom Kippour vue par le prisme de la Guerre de Sécession
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Une bataille de Yom Kippour vue par le prisme de la Guerre de Sécession

Dans un nouveau livre "De Gettysburg au Golan", un ancien officier de Tsahal trace des parallèles entre les tactiques israéliennes et celles de l’Union dans la guerre de 1973 et le conflit américain

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Collage de photos : à gauche, un char utilisé pendant la guerre du Kippour (Crédit : US Government / Wikimedia Commons). A droite, des soldats fédéraux morts pendant la bataille de Gettysburg (Crédit : Timothy O'Sullivan / Wikimedia Commons). (Crédit : Juda Ari Gross / Times of Israël)
Collage de photos : à gauche, un char utilisé pendant la guerre du Kippour (Crédit : US Government / Wikimedia Commons). A droite, des soldats fédéraux morts pendant la bataille de Gettysburg (Crédit : Timothy O'Sullivan / Wikimedia Commons). (Crédit : Juda Ari Gross / Times of Israël)

Alors qu’ils faisaient face à des centaines de tanks syriens fonçant vers le plateau du Golan, les similarités entre leur combat et celui de Gettysburg lors de la Guerre de Sécession américaine était probablement la dernière chose que les soldats avaient à l’esprit lors de la Guerre de Yom Kippour. Pourtant, le parallèle existe.

Les différences entre les deux batailles sont évidentes : la période, le lieu, l’ampleur des combats, les armes utilisées. Quand l’une des batailles représentait une lutte interne de contrôle, l’autre était une tentative d’invasion par des pays étrangers.

La Bataille de Gettysburg avait entraîné la mort de 45 000 soldats des Rebels et de l’Union. 2 500 soldats israéliens ont trouvé la mort sur le plateau du Golan en 1973. Alors que les pertes israéliennes ont été précisément dénombrées, la Syrie ne dispose pas de chiffres exacts de la bataille, mais la plupart des experts avancent le chiffre en centaines, voire près d’un millier.

La Guerre de Sécession a duré plus de quatre ans, celle de Yom Kippour s’est achevée en moins de trois semaines. Mais le lien est présent, pour ceux qui veulent le trouver.

Barry Spielman, un lieutenant colonel de l’armée israélienne et connaisseur de la Guerre de Sécession, présente les similarités entre ces deux célèbres batailles dans son livre De Gettysburg au Golan, publié plus tôt ce mois.

La couverture du livre 'From Gettysburgto Golan' (Crédit : Autorisation de Barry Spielman)
La couverture du livre ‘From Gettysburgto Golan’ (Crédit : Autorisation de Barry Spielman)

Le livre propose des va-et-vient entre les deux batailles dans leur évolution, avec des informations tactiques sur les batailles avec des témoignages directs.

Dans les deux cas, explique Spielman, il y avait une armée défendant dans une position supérieure sur un terrain en hauteur, surpris par une attaque accablante venant d’en bas.

A Gettysburg et sur le Golan, l’armée défendant savait que si elle était dominée, les conséquences auraient été funestes.

Pour les Sudistes, une victoire à Gettysburg aurait préparé le chemin vers une invasion du nord. Pour la Syrie, une victoire sur le Golan aurait, à la fois, été une victoire en elle-même, puisqu’elle aurait récupéré la terre perdue lors de la Guerre des Six Jours, et aurait fourni à l’armée syrienne un accès avec lequel elle aurait effectivement pu séparer Israël en deux.

Des baïonnettes à Gettysburg, des tanks sur le Golan

Le 2 juillet 1863, le deuxième jour de la bataille de Gettysburg, le Maj. Gen. De l’Union, George Gordon Meade, a découvert qu’une attaque des Confédérés était imminente.

Pendant ce temps, un autre général, Dan Sickles, avait soit désobéi soit délibérément mal compris les ordres de Meade et abandonné sa position sur Little Round Top, deux collines rocheuses au sud de la ville de Gettysburg, pour rejoindre une position indéfendable dans un verger de pêchers à proximité.

La carte de la bataille de Gettysburg en 'From Gettysburg to Golan. (Crédit : Autorisation de Barry Spielman)
La carte de la bataille de Gettysburg en ‘From Gettysburg to Golan. (Crédit : Autorisation de Barry Spielman)

Alors que l’offensive sudiste a commencé, Meade a appelé des renforts pour maintenir Little Round Top et la position élevée, qui, selon Spielman, serait le facteur décisif dans la bataille – et, finalement, de la guerre.

La bataille a été menée avec des baïonnettes, des fusils et de l’artillerie, et bien que les troupes rebelles ont réussi à battre l’armée nordiste dans quelques escarmouches, d’ici la fin de la journée, l’Union a pu déplacer efficacement des troupes dans les zones où les Sudistes avaient déjà percé, et la ligne a été tenue.

Le 6 octobre 1973, Yom Kippour, le jour le plus saint de l’année juive. Cet après-midi, la Syrie et l’Egypte ont lancé une attaque surprise sur Israël pour récupérer la terre que toutes deux avaient perdue dans la guerre des Six-Jours et potentiellement prendre le contrôle de tout Israël.

Israël maintenait des postes de défense permanents sur le plateau du Golan, une région montagneuse dans le nord, et avait creusé une tranchée anti-tank de 30 km. Contre l’assaut de grande échelle de l’armée syrienne, cependant, ces positions étaient inadéquates et des renforts étaient nécessaires pour qu’Israël maintienne son contrôle sur les hauteurs du Golan. Ce fut une course contre la montre, explique Spielman.

Carte de la campagne Golan dans la guerre du Kippour du livre 'From Gettysburg to Golan'. (Crédit : Autorisation de Barry Spielman)
Carte de la campagne Golan dans la guerre du Kippour du livre ‘From Gettysburg to Golan’. (Crédit : Autorisation de Barry Spielman)

Avigdor Kahalani, lieutenant-colonel en charge du 77e bataillon de tanks, est considéré comme le héros de la campagne de Ramat HaGolan – menant attaque après attaque contre l’armée en progression et dirigeant des tanks pour remplacer ceux détruits par les Syriens afin de préserver le plateau du Golan.

Malgré une grande incertitude au moment du déclenchement de la guerre pour savoir si Israël pourrait tenir l’armée syrienne à distance, le 9 octobre, quelques dizaines de tanks israéliens étaient perdus, alors que la force de Kahalani et le reste de la 7e Brigade mécanisée ont réussi à détruire des centaines de tanks et de véhicules blindés syriens.

L’emplacement de ces combats de tanks sur le plateau du Golan est connu maintenant sous le nom hébreu « Emek HaBacha » – la Vallée des larmes – référence à la brutalité des combats qui ont eu lieu là-bas pendant la guerre du Kippour.

Dans leurs combats respectifs, écrit Spielman, et en dépit des chantiers rocheux, les Nordistes et les Israéliens étaient victorieux grâce à leur utilisation de lignes dites intérieures, un concept stratégique selon lequel plus une force est concentrée, plus il est facile de déplacer les ressources.

La Vallée des Larmes (Emek Habaha), où Israël a arrêté les Syriens en 1973 pendant la guerre de Kippour. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
La Vallée des Larmes (Emek Habaha), où Israël a arrêté les Syriens en 1973 pendant la guerre de Kippour. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Groupées sur les collines, les troupes israéliennes et de l’Union ont pu remplir rapidement les trous sur leurs lignes de combat, empêchant leurs ennemis de percer.

Tout a commencé avec un blog

Si le livre n’a été écrit que cette année, son inspiration date de l’époque de Spielman dans l’armée, à la fin des années 1980 et au début des années 1990, quand il était membre de l’Unité du Porte-parole de Tsahal, dans le département qui gère les relations directes entre l’armée et le public, par opposition au contact via les médias.

« J’étais responsable de toutes les visites des civils à des bases et installations militaires », dit Spielman au Times of Israel. « J’ai emmené beaucoup de monde sur le plateau du Golan, à la Vallée des larmes. « Depuis le début, j’ai toujours été frappé par la connexion », dit-il.

Mais l’inspiration pour le livre date-t-elle peut-être même d’avant. Depuis son enfance à New York, Spielman est fasciné par la guerre de Sécession, et par Gettysburg en particulier.

Spielman « ne peut même compter » le nombre de fois où il a visité le site de la bataille, dit-il en riant. Et pour mener sa recherche pour le livre, il a rarement dû s’aventurer plus loin que chez lui.

« Plus de 90 % des livres que j’ai utilisés venaient de ma bibliothèque, de ma bibliothèque personnelle ».

L’un des amis de Spielman en Australie avait tout juste ouvert une société d’édition de livres d’histoire, et Spielman – historien amateur de la guerre civile, titulaire d’un diplôme de maîtrise en études de sécurité nationale de l’Université George Washington – voulait désespérément d’écrire un livre à propos de Gettysburg.

Le sujet, cependant, n’était pas nouveau : des milliers de livres ont été écrits sur cette bataille de trois jours.

Donc, Spielman a repensé à sa période militaire et s’est souvenu d’un blog de 2013 qu’il avait écrit sur le site web du Times of Israel.

« En désespoir de cause, j’ai dit [à mon éditeur], ‘Et si l’on comparait Gettysburg à la bataille de Ramat HaGolan’?. Il a dit, ‘Eh bien, voilà qui est intéressant. Personne n’a jamais rien écrit à ce sujet avant’ », dit Spielman.

« C’était un peu exagéré », admet-il, « cent ans se sont déroulés entre les deux batailles. L’une est un combat de tanks, l’autre d’infanterie. »

Mais Amazon « a aimé l’idée », a dit l’éditeur à Spielman.

Écrire sur la guerre civile et l’histoire militaire est aujourd’hui seulement un hobby pour Spielman, qui travaille à plein temps comme directeur des opérations de marketing pour AudioCodes, une start-up israélienne.

A partir de décembre 2014, il a fallu à Spielman environ six mois pour écrire le livre dans son temps libre, puis deux ou trois autres pour l’éditer et créer les cartes et la couverture du livre.

« La partie la plus cool pour moi a été de pouvoir interviewer les anciens combattants de la guerre du Kippour. Le livre a été la cerise sur le gâteau. »

L'auteur Barry Spielman (centre) rencontre Avigdor Kahalani (à gauche), un ancien commandant bataillon 77e, et Kauli Eitan, le commandant adjoint du 77e Bataillon. (Crédit : Autorisation de Barry Spielman)
L’auteur Barry Spielman (centre) rencontre Avigdor Kahalani (à gauche), un ancien commandant bataillon 77e, et Kauli Eitan, le commandant adjoint du 77e Bataillon. (Crédit : Autorisation de Barry Spielman)

À la fin de la journée, « j’avais parlé à dix personnes qui avaient combattu dans le Golan, des gens sérieux. »

Ces « gens sérieux » comprennent Avigdor Kahalani, le héros de la bataille qui a remporté une médaille de bravoure, et l’adjoint de Kahalani, Eitan Kauli.

Spielman a également réussi à parler à Aviram Barkai, l’auteur du livre en hébreu « Al Blima » (Le confinement), terme utilisé pour la stratégie israélienne lors de la lutte dans le Golan. « Al Blima, » un récit dense, de 550 pages, de la bataille, est l’un des livres les mieux écrits sur la campagne du Golan et est souvent distribué aux officiers par l’armée israélienne.

« Certaines choses ne changent pas »

Les similitudes stratégiques entre le combat de tanks des Hauteurs du Golan dans la guerre du Kippour et la bataille de Gettysburg dans la guerre civile américaine sont également partagées avec des dizaines ou des centaines d’autres batailles tout au long de millénaires de conflits de l’humanité. Trouver un parallèle entre deux événements historiques n’est pas un événement unique.

Alors quel est l’intérêt du livre de Spielman ? Qu’importe qu’Avigdor Kahalani et George Meade ont mené des guerres semblables sur le plan tactique ?

Pour Spielman, les similitudes forgent un lien entre les histoires des deux pays.

« De manière abstraite, » dit-il, « il relie l’histoire américaine à celle d’Israël. »

Spielman a grandi en Amérique, mais vit en Israël depuis 1981.

Pendant son service dans l’armée israélienne, Spielman a amené des Américains à Ramat HaGolan et maintenant, en collaboration avec une grande société israélienne, il a pu emmener ses patrons israéliens à Gettysburg.

Bien qu’il a quitté l’armée en 1995, Spielman sert encore dans la réserve et est régulièrement « impliqué dans des exercices conjoints avec l’armée israélienne et l’armée américaine ».

Donc, la connexion entre le Golan et Gettysburg est plus qu’un simple intérêt académique, elle touche le cœur de Spielman.

Son livre renforce également l’adage qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

« Même si les batailles changent, et les tactiques changent, » explique Spielman, « certaines choses ne changent pas. »

Malgré les très différentes technologies en jeu dans les deux guerres, dit-il, garder la position élevée était encore plus crucial et le demeure encore aujourd’hui.

« Garder certaines terres qui ont une valeur stratégique est toujours important ».

Si nous avons commémoré le 150e anniversaire de la fin de la guerre civile et Israël marque les 42 ans de la guerre du Kippour, les deux événements sont toujours aussi pertinents, dit Spielman.

« En Israël, nous vivons avec Yom Kippour chaque jour ».

Et même si plus d’un siècle et demi a passé depuis Gettysburg, la politique de l’événement a influencé le livre de Spielman.

À l’époque où il achevait son livre, Dylann Roof, 21 ans, a pris d’assaut une église noire en Caroline du Sud et tué neuf personnes. La fusillade a fait renaître le débat sur l’utilisation du drapeau des confédérés dans le sud des États-Unis.

Pour éviter de paraître empathique envers la Confédération, Spielman a modifié une phrase qui parlait de la bravoure des deux parties dans la bataille.

« C’est toujours aussi sensible. Ce n’est pas fini », conclut-il.

Le livre de Spielman de 95 pages est disponible en Kindle Single, un nouveau format digital qui occupe une niche entre le livre complet et l’article, et peut être téléchargé sur Amazon.

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