Une expo de Zoe Buckman annulée à Londres, présentée à Miami
L’artiste britannique a vu son travail consacré à l’identité juive annulée « indéfiniment » par sa galerie londonienne, qui a évoqué la crainte d’une « hostilité potentielle »
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Après l’annulation « indéfinie » de son exposition par son ancienne galerie londonienne, invoquant la crainte d’une « hostilité potentielle » autour de la thématique de l’identité juive, l’artiste britannique Zoe Buckman a choisi de transformer l’obstacle en déclaration. C’est à Miami, à la galerie Mindy Solomon, qu’elle a dévoilé une exposition solo d’une intensité rare, affirmant avec force la place de la communauté juive dans le paysage artistique contemporain.
Intitulée Who By Fire, en référence à la fameuse chanson de Leonard Cohen, elle-même inspirée d’une prière de Yom Kippour, l’exposition rassemble des portraits intimes de proches, membres de la famille et amis. À travers ces visages familiers, l’artiste explore sa relation complexe à la notion de foyer, mais aussi celle de son peuple : l’appartenance, la sécurité, la résilience et la joie.
Les œuvres, souvent réalisées à partir de photographies prises dans des espaces domestiques, mêlent peinture acrylique, broderie et textiles vintage. Elles donnent à voir des intérieurs protecteurs mais fragiles, où le refuge n’est jamais totalement acquis. L’une des figures marquantes de la série est Jemima Kirke, connue pour son rôle dans Girls, représentée dans deux portraits. L’artiste explique que Kirke fait pleinement partie de sa communauté juive, ce qui rendait sa présence dans la série presque évidente.
Dans un contexte de tensions croissantes, l’artiste ne cache pas sa colère face aux tentatives de censure visant les créateurs juifs. Selon elle, les boycotts culturels et l’exclusion dans les milieux artistiques cherchent à effacer des récits entiers de l’histoire de l’art. Elle compare cette dynamique à une forme de négation, une volonté de minimiser à la fois la persécution vécue et la vitalité créative d’une communauté qui continue de produire, d’innover et de célébrer la vie.
Pourtant, loin du repli, son discours est aussi porteur d’espoir. Elle affirme vouloir rappeler, à travers cette série, une vérité simple et irréfutable : « nous sommes là ». Une présence qui ne peut être ni dissimulée ni supprimée. Si son ancienne galerie lui a expliqué vouloir « attendre que Londres soit moins antisémite » pour exposer son travail, l’artiste dit aujourd’hui faire davantage confiance au public et aux conservateurs qu’aux intermédiaires frileux.
Cette confiance n’est pas vaine. Son œuvre a récemment été présentée dans plus de sept institutions majeures, parmi lesquelles la National Portrait Gallery, le SFMoMA, le Neues Museum et Crystal Bridges Museum of American Art. Fait notable, la majorité de ces collaborations se sont faites avec des conservateurs non juifs, capables, selon elle, de considérer son travail dans toute sa complexité.
Anciennement mariée à David Schwimmer, la star de Friends, l’artiste poursuit aujourd’hui un parcours résolument personnel et engagé. L’antisémitisme auquel elle a été confrontée a paradoxalement renforcé son sentiment d’appartenance et l’importance de la communauté. Plus que jamais, elle affirme sa volonté de continuer, de persévérer et de créer des œuvres qui donnent aux autres le sentiment d’être vus — une intention qui, selon elle, a toujours été au cœur de sa démarche artistique.
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