Une simple question pour les Démocrates angoissés sur l’Iran
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Opinion

Une simple question pour les Démocrates angoissés sur l’Iran

Un défi aux législateurs préoccupés au milieu de nouvelles révélations sur les failles digne d’une farce dans un accord qui échoue à arrêter le programme d’armes nucléaires de l’Iran

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le secrétaire américain à l'Energie Ernest Moniz (Photo: Facebook)
Le secrétaire américain à l'Energie Ernest Moniz (Photo: Facebook)

A chaque fois que l’on pense que ça peut être pire, une autre faille béante apparaît dans le mauvais fromage suisse des puissances mondiales pour l’accord avec l’Iran sur son programme nucléaire illégal.

Dès le départ, il semblait intolérable que les négociations avec l’Iran n’exigent pas, comme pré-conditions, que le régime reconnaisse ses efforts passés pour la production d’une arme nucléaire. Mais le triste réalité est que l’on n’a pas demandé à l’Iran d’avouer.

Dès le départ, il semblait intolérable que les négociations n’exigent pas que les dirigeants iraniens cessent leur incitation constante à la destruction des Etats-Unis et d’Israël. Oui, il faut négocier avec ses ennemis.

Mais, au-delà d’être dégradant et un manque d’auto-respect, c’est aussi inefficace de négocier avec des ennemis qui continuent à chercher votre destruction. Et pourtant, alors que les négociations continuaient, et depuis qu’elles ont été achevées, la rhétorique empoisonnée, rhétorique avec une violence inévitable, n’a pas changé.

Dès le début, il semblait intolérable que les négociations n’exigent pas que l’Iran cesse d’encourager, d’entraîner et d’armer des organisations terroristes comme le Hamas et le Hezbollah. Mais l’Iran affiche clairement chaque jour son soutien constant à la « résistance », à savoir, à ceux qui refusent l’idée qu’Israël continue d’exister, n’est pas limité par l’accord et ne cessera pas.

Alors que l’accord commençait à se dessiner, il semblait intolérable que les puissances P5+1 menées par les Etats-Unis aient changé de position. De l’impératif de neutraliser et de démanteler les installations des armes nucléaires de l’Iran, ils se sont finalement contentés de geler et d’inspecter le programme iranien. Mais ils ont bien changé de position.

Alors que des éléments de l’accord sont devenus publics, il semblait intolérable et impensable que le régime puisse continuer à mener des recherches et à développer des centrifugeuses encore plus rapides. Des critiques de cela et des autres clauses ont été rejetées avec dédain par des officiels haut placés de l’administration Obama comme étant prématurées et/ou inexactes. Mais les plaintes et le préoccupations se sont révélées totalement et parfaitement justifiées.

Lorsque l’accord a été finalisé, il semblait impensable que les négociateurs aient abandonné l’exigence d’inspections « n’importe quand, n’importe où » des installations suspectes.

Mais ils ont très précisément abandonné cette demande vitale. En essayant de comprendre les clauses délibérément soustraites de l’accord relatives aux inspections, on peut seulement conclure qu’elles donnent au régime la capacité de maintenir le niveau de secret qu’il estime nécessaire sur les sites militaires où il a continué et continuera à travailler pour un arsenal nucléaire.

Après que l’accord soit devenu public, il semblait impensable que les clauses d’inspection déjà pleines de défauts seraient encore plus problématiques avec des accords secondaires qui neutralisent plus encore des inspections efficaces. Mais c’est bien le cas.

Premièrement, l’Iran a indiqué, et les Etats-Unis ont reconnu à contre-cœur, qu’aucun inspecteur américain ne serait autorisé en Iran. L’Iran a ensuite affirmé, et aucun démenti n’est venu des P5+1, qu’il se garde le droit de veto de n’importe quel inspecteur dont il n’aimerait pas le profil. De telles affirmations soulignent ce qui est devenu une caractéristique familière du processus des négociations : les descriptions de l’Iran sur l’accord se sont révélées exactes, alors que les assurances occidentales, nettement moins.

Ce qui nous amène à l’article de l’Associated Press de mercredi. Une partie des accords secondaires passés entre l’Iran et l’Agence Internationale à l’Energie Atomique permet à l’Iran de mener son propre travail d’inspection sur l’installation militaire de Parchin où l’AIEA soupçonne depuis longtemps que l’Iran ait testé des détonateurs hautements explosifs pour des armes nuclaires.

Les Iraniens ont essayé de nettoyer énergiquement le site pendant des années, ce qui est amèrement amusant, puisqu’ils n’avaient pas besoin de se donner autant de peine. Même les Iraniens ne pensaient pas s’en tirer avec un accord aussi ridicule.

C’est comme si l’on demandait à Bernard Madoff de surveiller ses propres activités financières ou aux coureurs du Tour de France de mener leurs propres analyses d’anti-dopage… à la mesure près que tout cela a des conséquences de vie ou de mort.

Et, à nouveau, l’administration Obama semble avoir mal représenté les éléments de l’accord. Elle avait indiqué que les « accords secondaires » entre l’AIEA et l’Iran étaient des documents techniques et sans inrérêt.

Alors que le chef de l’AIEA Yukiya Amano a insisté jeudi que « les arrangements sont techniquement sains et correspondent avec nos pratiques établies depuis longtemps », Olli Heinonen, qui était en charge de l’enquête sur l’Iran en tant qu’assistant du directeur général de l’AIEA entre 2005 et 2010, a déclaré à l’Associated Press mercredi qu’il ne pouvait pas se souvenir d’un exemple où un pays qui était inspecté pour de possibles activités nucléaires illégales était autorisé à mener ses propres investigations.

Yukiya Amano - janvier 2013 à Davos (Crédit : President Spokesman/GPO/Flash90)
Yukiya Amano – janvier 2013 à Davos (Crédit : President Spokesman/GPO/Flash90)

De deux côtés de l’échéquier politique, l’actuelle sagesse conventionnelle est que les opposants à cet accord dangereux et très mal négocié disposent des voix pour le rejeter le mois prochain, mais pas pour renverser le véto présidentiel.

Ce qui a, jusqu’alors, paralysé des Démocrates clefs angoissés est la question « que se passe-t-il si ? », à savoir, que se passe-t-il si nous défions notre propre président et votions avec les Républicains pour outrepasser le veto ? Oui, c’est un accord très mauvais, qui renforce un régime vicieux en place, donne un financement important pour encourager le terrorisme et le chaos régional, et prépare le chemin vers la bombe avec un mélange de surveillance inadéquate, d’activité nucléaire continue et légitimée ainsi que des clauses d’extinction. Mais que se passe-t-il si nous l’arrêtions ? Le monde va-t-il juste nous ignorer et l’appliquera tout de même ? Cela pourrait-il constituer un acte de protestation inutile qui pourrait condamner nos carrières ? L’Iran obtiendrait-il une levée des sanctions dans tous les cas ? Y a-t-il au moins une possibilité de négocier un accord plus cohérent ? Bonnes questions, dont les réponses ne sont pas toutes simples à trouver.
Mais on peut répondre à une question avec confiance : est-ce, comme le président Obama l’affirme, le meilleur accord possible ?

Oui, c’est bien le meilleur… le meilleur accord possible… pour les Iraniens.

Ils continuent à enrichir. Ils maintiennent leurs recherches et le développement pour permettre une obtention plus rapide de la bombe lorsqu’ils se veulent. Ils peuvent garder les inspecteurs à distance. Ils n’ont pas eu à avouer leur travail passé sur les armes nucléaires. Ils peuvent continuer le développement de missiles. Ils obtiennent une levée des sanctions. Leurs coffres sont remplis. La perspective que le régime soit renversé par des réformateurs intérieurs, déjà faible, est encore plus réduite ; ils peuvent maintenant traiter les problèmes intérieurs en distribuant de l’argent. Ils peuvent joyeusement orchestrer le terrorisme et intimider leurs adversaires régionaux.

Vraiment, c’est le meilleur accord que les Iraniens pouvaient imaginer, et cela devient plus évident pour nous chaque jour qui passe. Pas besoin d’être un va-t-en-guerre ou un homme d’influence pour s’en rendre compte. Il suffit de lire la presse, d’écouter les dirigeants de Téhéran, de regarder la situation dans notre région sanglante. Et, n’oubliez pas, il y a un deuxième accord secondaire entre l’AIEA et l’Iran dont les détails n’ont pas encore été dévoilés.

Cette question de « que se passe-t-il si ? » est effectivement difficile. Que se passe-t-il si nous votions contre ? Que se passe-t-il si nous défions le président ?

Mais il y a une autre question que les législateurs démocrates responsables et angoissés doivent se poser : que se passe-t-il si ce grotesque accord finit par passer ?

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