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Interview

Une source du Hamas au ToI : « Ne me demandez pas de reconnaître Israël »

Dans un rare entretien accordé à des médias israéliens, la source du groupe terroriste répond aux questions sur le pogrom dévastateur, ses conséquences et sur le désarmement du groupe

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Des terroristes du Hamas recherchant les corps des otages israéliens, dans le quartier de Shejaiya, à Gaza-City, le 5 novembre 2025. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP Photo)
Des terroristes du Hamas recherchant les corps des otages israéliens, dans le quartier de Shejaiya, à Gaza-City, le 5 novembre 2025. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP Photo)

Doha, Qatar — Une source du Hamas a déclaré dimanche au Times of Israel que le groupe terroriste palestinien n’accepterait de rendre ses armes que dans le cadre de négociations aboutissant à la création d’un État palestinien.

« Cela ne peut se faire par la force ou par des ultimatums. Israël a utilisé toute sa puissance militaire pendant deux ans [pour tenter de désarmer le Hamas], et cela n’a pas fonctionné », a déclaré la source du Hamas lors d’une rare intervention dans un média israélien.

La capacité du plan de paix pour Gaza du président américain Donald Trump à dépasser sa première phase dépend en grande partie du consentement du Hamas à désarmer, Israël s’engageant à reprendre la guerre si le groupe terroriste n’accepte pas de renoncer volontairement à ses armes.

La volonté du Hamas de discuter de la question pourrait marquer un revirement par rapport à sa position de longue date selon laquelle les demandes de désarmement sont vouées à l’échec. Toutefois, les conditions strictes fixées par le Hamas pour permettre des progrès risquent de compliquer davantage les efforts de Washington pour maintenir le cessez-le-feu à Gaza.

Le Hamas a réussi à réaffirmer sa domination sur près de la moitié de la bande de Gaza, dont l’armée israélienne s’est retirée depuis la signature, le 9 octobre, de la première phase du plan Trump prévoyant un cessez-le-feu et la libération de tous les otages – vivants et morts.

Dans le cadre de cet accord conclu en octobre, le groupe terroriste a accepté de restituer les vingt otages encore en vie en une seule fois. Il avait en effet insisté pendant plus de deux ans pour que leur libération ne se fasse qu’en échange du retrait total de Tsahal de Gaza. Il a également accepté de restituer les vingt-huit corps des otages morts qui étaient encore détenus dans l’enclave. Vingt-sept de ces corps ont été restitués au terme d’un processus particulièrement long.

Des soldats de la 162ᵉ division de l’armée israélienne opérant à Gaza-City, sur une photo diffusée le 18 septembre 2025. (Crédit : Armée israélienne)

La première phase de l’accord accepté par le Hamas permet à Israël de conserver le contrôle de 53 % de la bande de Gaza. Le plan Trump prévoit la mise en place d’une Force internationale de stabilisation (ISF) qui remplacera progressivement l’armée israélienne dans l’enclave. L’administration Trump espère commencer à déployer l’ISF début janvier.

Cependant, les pays n’ont pas encore officiellement adhéré à cette initiative, car la question du désarmement du groupe terroriste palestinien du Hamas reste en suspens.

Pourquoi le Hamas a-t-il accepté l’accord

Interrogé pour savoir si le Hamas regrettait d’avoir accepté l’accord d’octobre alors qu’Israël poursuit quotidiennement les terroristes gazaouis qui, selon lui, violent le cessez-le-feu, la source a reconnu que les termes du plan américain et ses conséquences étaient loin d’être idéaux.

Cependant, le Hamas estimait que c’était le seul moyen de mettre fin aux bombardements israéliens sur Gaza, a expliqué la source lors d’un entretien accordé au Times of Israel dans un hôtel de Doha où réside une grande partie des dirigeants étrangers du groupe terroriste.

Selon la source, il n’y avait aucune possibilité de parvenir à un accord plus tôt, car Israël n’était pas prêt à mettre fin à la guerre – une position réfutée par les responsables de l’administration Trump ainsi que par leurs prédécesseurs de l’administration de l’ancien président américain Joe Biden, qui ont fait valoir que le Hamas était le principal obstacle aux accords sur les otages, même si le Premier ministre Benjamin Netanyahu a parfois adopté une approche combative dans les pourparlers.

La source a insisté sur le fait que le groupe terroriste était prêt à relâcher les otages plus tôt et avait proposé de libérer les otages « civils » peu après que les terroristes du Hamas ont semé la terreur dans le sud d’Israël, assassinant plus de 1 200 personnes et en enlevant 251 pour les emmener dans la bande de Gaza le 7 octobre 2023. Le Hamas considère en effet tous les hommes israéliens adultes en âge de faire leur service militaire comme des soldats.

Au cours des deux années suivantes, le Hamas a cherché à obtenir des pays médiateurs la garantie qu’Israël ne reprendrait pas les combats s’il acceptait de rendre les otages. Israël, de son côté, estimait qu’il ne relâcherait les otages qu’une fois sous la pression militaire et a engagé une campagne militaire écrasante visant également à détruire les capacités armées et de gouvernance du groupe terroriste.

De gauche à droite : Le chef du CENTCOM, l’amiral Brad Cooper, le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, Jared Kushner et l’envoyé spécial américain au Moyen-Orient, Steve Witkoff, sont photographiés dans une base de l’armée israélienne dans la bande de Gaza, le 11 octobre 2025. (Crédit : Armée israélienne)

Tsahal a éliminé la grande majorité des dirigeants du Hamas, ainsi que 22 000 terroristes, selon ses propres déclarations. Le ministère de la Santé, contrôlé par le Hamas, estime le nombre de victimes de la guerre à plus de trois fois ce chiffre, mais il ne fait pas la distinction entre civils et terroristes, et ces chiffres n’ont pas été vérifiés de manière indépendante.

Dans la période précédant le cessez-le-feu d’octobre, la source a déclaré que le Hamas avait obtenu l’assurance des médiateurs, y compris les États-Unis, qu’ils s’engageaient à mettre définitivement fin à la guerre.

Les principaux conseillers de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, ont même rencontré les principaux négociateurs du Hamas à Charm el-Cheikh, en Égypte, à la veille de la signature du cessez-le-feu, afin de leur présenter cet engagement en personne.

En échange, Witkoff a indiqué que le groupe terroriste avait accepté de désarmer. La source du Hamas a catégoriquement démenti cette information, affirmant que les parties n’avaient même pas discuté de ces détails, la réunion ayant principalement servi à établir des relations personnelles. Witkoff a expliqué avoir réussi à établir un lien avec le négociateur en chef du Hamas, Khalil al-Hayya, grâce à leur chagrin commun d’avoir perdu un enfant – celui de Witkoff, décédé d’une overdose, et celui de Hayya, tué lors d’une frappe aérienne israélienne en septembre à Doha visant les dirigeants du groupe terroriste.

Des « erreurs » ont été commises dans le cadre du « rétablissement de l’ordre » après le cessez-le-feu

Bien qu’il se dise prêt à céder le pouvoir sur la bande de Gaza à une commission indépendante composée de technocrates palestiniens, le Hamas s’est efforcé de réprimer toute dissidence au cours des deux mois qui ont suivi le cessez-le-feu.

Cela s’est traduit par l’exécution sommaire de dizaines de ses rivaux, ainsi que par d’autres tactiques d’intimidation.

Tout en reconnaissant que des « erreurs » ont été commises, la source a déclaré que le Hamas avait eu recours à des « tactiques musclées » pour empêcher le « chaos » et « rétablir l’ordre ».

Cette image extraite d’une vidéo diffusée par la chaîne Telegram Al-Aqsa TV, gérée par le Hamas, le 13 octobre 2025, montre des terroristes armés du Hamas exécutant des hommes aux yeux bandés, ligotés et agenouillés, entourés d’une foule dans une rue de Gaza-City. (Crédit : Al-Aqsa TV/AFP)

Le groupe terroriste s’en est tout particulièrement pris à ceux qu’il accusait de collaborer avec Israël, notamment Yasser Abu Shabab, le chef du clan rival tué la semaine dernière dans la région de Rafah, sous contrôle israélien.

La source n’a pas désigné le Hamas comme responsable, et selon certaines informations, Abu Shabab aurait été tué lors d’un conflit interne.

Impatient de passer à la phase 2

Quoi qu’il en soit, la source du Hamas a déclaré que le groupe terroriste était impatient de passer à la deuxième phase du plan Trump, qui prévoit la mise en place de mécanismes de gouvernance et de sécurité chargés de gérer Gaza pendant la phase de transition d’après-guerre.

Israël a toutefois opposé son refus de passer à la deuxième phase tant que le Hamas n’aura pas rendu tous les corps des otages morts. Le corps du sergent-chef Ran Gvili, un policier tué lors du pogrom du 7-Octobre, est toujours retenu à Gaza. Mais, selon la source, le groupe terroriste aurait une idée de l’endroit où il se trouve et s’efforcerait de le récupérer.

« Personne, pas même les États-Unis, n’aurait imaginé que le Hamas serait déjà en mesure de remettre 27 corps », a déclaré la source. Trump semble en effet reconnaître les efforts déployés par le groupe terroriste.

La deuxième phase verrait également la mise en place d’une nouvelle commission technocratique palestinienne à Gaza, supervisée par un « Conseil de Paix » présidé par Donald Trump, ainsi que par un comité exécutif intermédiaire composé de Witkoff, Kushner, de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, de l’ancien envoyé spécial des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient Nikolay Mladenov, et d’autres personnalités, a déclaré un responsable américain au Times of Israel.

Les factions palestiniennes ont tenu des pourparlers avec l’Égypte pour s’accorder sur une liste de Palestiniens politiquement indépendants qui feront partie du gouvernement technocratique chargé de fournir des services et de gérer les affaires courantes à Gaza. On ignore toutefois si les États-Unis accepteront ces personnes ou s’ils proposeront une liste entièrement différente.

Des terroristes du groupe terroriste Jihad islamique palestiniens et du Hamas transportant un sac mortuaire blanc contenant la dépouille de l’otage Sudthisak Rinthalak, dans la ville de Beit Lahiya, au nord de la bande de Gaza, le 3 décembre 2025. (Crédit : AFP)

Parallèlement, l’ISF devrait être déployée « à la frontière » afin de servir de zone tampon entre Israël et « les Palestiniens de Gaza », a déclaré la source du Hamas, quelques semaines seulement après que le groupe terroriste a condamné la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui conférait le mandat international nécessaire à la création de l’ISF.

Toutefois, la source a déclaré que l’ISF ne devrait pas être impliquée dans la « confiscation des armes » du Hamas, comme le stipule la résolution.

Alors que les États-Unis espèrent annoncer dès ce mois-ci le passage à la deuxième phase du plan Trump, le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, a indiqué aux journalistes ce week-end que les discussions concernant le désarmement du Hamas en étaient encore à leurs prémices et que de nombreuses questions relatives à la mise en œuvre restaient sans réponse.

Un diplomate arabe a déclaré au Times of Israel que le Hamas avait laissé entendre qu’il accepterait un processus de désarmement progressif, qui commencerait par la remise ou la destruction de ses armes lourdes, telles que les roquettes et les missiles.

Israël est peu susceptible d’accepter un processus prolongé, et la source du Hamas n’a pas commenté cette idée, affirmant que ces détails n’avaient pas été discutés, même si le groupe terroriste est impatient de le faire.

La source a déclaré que lors de ces négociations, le Hamas exigera le retrait complet d’Israël de l’enclave ainsi que des garanties de la part des médiateurs qu’Israël ne sera pas autorisé à reprendre ses opérations militaires dans la bande de Gaza.

Il a toutefois contesté le principe même de cette demande.

« Vous ne pouvez pas dire à votre ennemi que vous serez poli et que vous n’utiliserez pas d’armes. Il ne respectera pas cela », a déclaré la source du Hamas, suggérant qu’Israël ne réagit qu’à la force.

Soutien à une solution à deux États ?

Mais au-delà des préoccupations immédiates en matière de sécurité, les pourparlers souhaités par le Hamas porteraient sur des questions politiques de longue date.

« La question des armes est liée à une question politique et nécessite donc une solution politique », a déclaré la source du Hamas, affirmant que les Palestiniens ont le droit de prendre les armes contre « 78 ans d’occupation israélienne ». Ce chiffre inclut la période comprise entre 1948 et 1967, avant qu’Israël ne reprenne le contrôle de la Cisjordanie, de Gaza et de Jérusalem-Est lors de la Guerre des Six Jours en 1967.

La « solution politique » exigée par le Hamas en échange de la remise de ses armes est la création d’un État palestinien sur la base des frontières d’avant 1967, a déclaré la source.

Assis à la table principale, de gauche à droite : le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Cheikh Abdullah ben Zayed al-Nahyan, le président indonésien Prabowo Subianto, l’émir du Qatar, Tamim ben Hamad al-Thani, le président turc Recep Tayyip Erdogan, le président américain Donald Trump, le roi Abdallah II de Jordanie, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le Premier ministre égyptien Mostafa Madbouly assistant à une réunion multilatérale pour discuter de la situation à Gaza, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 23 septembre 2025. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

La source n’a pas semblé exclure l’idée d’un processus menant à la création d’un État, par opposition à une demande plus précise – deux options qui seraient presque certainement rejetées par Israël, dont l’opinion publique s’est montrée plus opposée à céder le contrôle du territoire après l’assaut barbare et sanglant du Hamas le 7-Octobre.

Interrogée sur la possibilité pour l’État que le Hamas souhaite créer de coexister avec l’État d’Israël, la source a répondu : « Nous exigeons un État dans les frontières de 1967, qui ne représente que 21 % de la Palestine historique. C’est notre droit. Mais ne me demandez pas de reconnaître Israël. »

Il a semblé rejeter l’idée selon laquelle le Hamas cherche à contrôler le territoire restant entre le Jourdain et la mer Méditerranée, mais s’est irrité lorsqu’on lui a demandé s’il pourrait y avoir coexistence après la création d’un État palestinien sur les frontières d’avant 1967.

La charte fondatrice du Hamas appelle à la « libération » de tous les territoires sous contrôle israélien, mais en 2017, les dirigeants du groupe terroriste ont adopté un document complémentaire appelant à la création d’un État palestinien provisoire sur les frontières d’avant 1967, sans pour autant reconnaître Israël. La charte originale n’a toutefois pas été officiellement abrogée.

Le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, menant d’autres membres du groupe terroriste, dont Khalil al-Hayya derrière lui (2ᵉ à partir de la droite), dans la prière alors que des images du pogrom du 7 octobre 2023 sont diffusées à la télévision. (Crédit: Capture d’écran/X)

Selon cette source, c’est ce qui différencie le Hamas de l’Autorité palestinienne (AP), basée à Ramallah, en Cisjordanie, qui œuvre également pour la création d’un État palestinien mais reconnaît Israël.

Bien que le Hamas soit prêt à se retirer temporairement du pouvoir, il prévoit de faire partie du futur État palestinien et de remettre ses armes à ce gouvernement. Le dirigeant de l’AP, Mahmoud Abbas, a toutefois déclaré qu’il souhaitait un État palestinien démilitarisé.

Malgré les exigences élevées et le fait que les négociations sur le désarmement ne semblent pas très avancées, la source a déclaré que le Hamas était « prêt à faire preuve de souplesse » et qu’un accord était possible.

Aucun regret concernant le 7-Octobre

Des terroristes palestiniens rentrant dans la bande de Gaza avec le corps de Shani Louk, citoyenne israélo-allemande assassinée par des terroristes du Hamas lors du festival de musique Supernova, le 7 octobre 2023. (Crédit : Ali Mahmud/AP Photo)

On a ensuite demandé à la source si le lancement du pogrom du 7-Octobre par le Hamas avait été une erreur.

Il a répondu en laissant entendre que le Hamas n’avait guère d’autre choix que de mener cette invasion, affirmant que toutes les autres approches avaient échoué à « libérer » le peuple palestinien, et qu’il pouvait soit « continuer à rester silencieux, esclave de l’occupation, soit faire quelque chose ».

Ce « quelque chose » a notamment consisté à massacrer des centaines de civils israéliens lors d’un festival de musique, à recourir à des violences sexuelles généralisées, à enlever et à tuer des enfants et des personnes âgées, à tuer systématiquement des familles dans leurs maisons et à commettre d’autres atrocités.

La source a nié que de tels crimes aient été commis, affirmant que le Hamas s’efforçait d’éviter de prendre pour cible des civils…

Reconnaissant le lourd tribut que les Palestiniens continuent de payer pour la guerre que le Hamas a déclenchée, la source a fait valoir que cette guerre avait également pour conséquence de diaboliser Israël dans l’opinion publique mondiale, en particulier chez les jeunes.

« Nous avons réussi à changer le cours de l’Histoire. Le monde a ouvert les yeux et voit ce que vivent les Palestiniens et à quel point Israël agit de manière criminelle », a-t-il affirmé.

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