Witkoff affirme que des responsables du Hamas se sont dit prêts à déposer les armes
L’envoyé américain confirme que Washington pousse Israël à laisser des terroristes du Hamas à Rafah remettre leurs armes en échange d’une amnistie, modèle pour un accord de paix
Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

L’envoyé de la Maison Blanche pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, a affirmé jeudi que des responsables du Hamas lui avaient déclaré, ainsi qu’à Jared Kushner, que le groupe terroriste palestinien serait prêt à déposer les armes lors de la réunion désormais célèbre qui s’était tenue quelques heures avant la signature du cessez-le-feu du 9 octobre.
« Le Hamas a toujours affirmé qu’il se désarmerait. Ils l’ont dit, ils nous l’ont dit directement lors de cette fameuse réunion que Jared a eue avec eux », a rappelé Witkoff, s’exprimant lors de la conférence de l’America Business Forum à Miami.
« J’espère qu’ils tiendront parole, car s’ils le font, ils comprendront que le plan de développement que nous avons pour Gaza est vraiment formidable, bien meilleur que tout ce qui a été discuté auparavant », a-t-il poursuivi, ajoutant qu’il inclura un « vaste programme de création d’emplois ».
Les responsables du Hamas ont néanmoins adopté une position publique très différente, assurant qu’ils ne désarmeraient pas ou esquivant complètement la question lorsqu’ils étaient interrogés.
En privé, des diplomates arabes proches de la question ont confié au Times of Israel que le Hamas s’était montré disposé à renoncer à ses armes lourdes, tout en conservant ses armes légères, une position inacceptable pour Israël, ces mêmes armes ayant été utilisées pour massacrer des Israéliens lors du pogrom du 7 octobre et servant encore à réprimer la dissidence interne dans la bande de Gaza.
Witkoff a pourtant déclaré à Miami que les États-Unis étaient « en train de mettre en place un processus de démantèlement des armes, un programme de démilitarisation et d’amnistie ».
« Le Hamas a toujours dit qu’il faudrait qu’une force de sécurité internationale vienne ici et serve d’intermédiaire pour la remise des armes », a expliqué Witkoff, ajoutant qu’il espérait rassembler cette force dans les trois semaines à venir.
« Ce sera le point d’inflexion qui nous permettra de voir si tout le monde va faire ce qu’il dit et démilitariser », a-t-il ajouté.
Ses déclarations interviennent malgré les prises de position répétées du Hamas contre toute entrée de forces étrangères à Gaza.
Washington insiste pour qu’Israël autorise un passage sûr aux terroristes à Rafah
Dans ses remarques, l’envoyé américain a également confirmé l’information publiée par le Times of Israel selon laquelle Washington fait pression sur Israël pour qu’il accorde un passage sûr à 100, voire 200, terroristes du Hamas actuellement retranchés dans des tunnels sous la ville de Rafah, en échange de la remise de leurs armes.
Selon Witkoff, cette initiative, qui concerne les terroristes se trouvant dans une zone contrôlée par Israël conformément à l’accord de cessez-le-feu, servira de « modèle » pour un programme plus large de démobilisation et d’amnistie.
« Nous pourrions voir le modèle de ce que nous essayons de faire ici… avec ces 200 combattants qui sont piégés à Rafah et voir s’ils seront capables de lever les mains, de sortir et de rendre leurs armes. Ce sera l’un des tests », a dit Witkoff, ajoutant qu’il avait discuté au téléphone avec le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, et le ministre des Affaires stratégiques, Ron Dermer.
Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est publiquement opposé à l’idée d’un passage sûr pour les terroristes du Hamas, bien qu’un diplomate du Moyen-Orient ait indiqué au Times of Israel qu’en privé, Jérusalem n’avait pas totalement écarté cette option.
Reconnaissant la pression exercée par Washington, le ministre de la Défense, Israel Katz, a proposé d’exiler les terroristes du Hamas hors de Gaza, mais il s’est heurté à l’opposition du chef d’état-major de Tsahal Eyal Zamir, qui a déclaré que ces derniers pouvaient « se rendre ou mourir ».
Les États-Unis craignent pour leur part que le fait d’autoriser Israël à éliminer tous les terroristes du Hamas puisse faire s’effondrer le fragile cessez-le-feu à Gaza.
Witkoff a déclaré que si les États-Unis parvenaient à « tenir le cap, alors nous aurions encore plus de crédibilité dans le monde entier. Je suis très confiant dans le fait que nous maintiendrons le cap et que nous mènerons à bien notre mission ».
Le plan de paix en 20 points de l’administration Trump, dévoilé fin septembre, prévoit le désarmement du Hamas et la démilitarisation de Gaza, ainsi que la mise en place d’un gouvernement technocratique temporaire chargé d’administrer la bande de Gaza, avant un éventuel transfert de pouvoir à l’Autorité palestinienne.
Netanyahu avait soutenu cette proposition lorsqu’elle a été présentée, mais aucun accord n’a été signé au-delà de l’accord de cessez-le-feu initial, qui garantissait le retour de tous les otages vivants et la restitution des dépouilles des otages assassinés, en échange de la libération de 250 prisonniers palestiniens condamnés à perpétuité et d’environ 1 700 Palestiniens détenus à Gaza pendant la guerre.
Les ministres s’opposent à la création d’une ville « modèle » à Gaza
L’une des principales propositions pour la reconstruction de la bande de Gaza présentée par l’administration Trump aux pays donateurs potentiels du Golfe prévoit la construction de près de dix de zones résidentielles dans la moitié est de la bande, actuellement sous contrôle israélien, ont indiqué au Times of Israel, la semaine dernière, deux diplomates arabes proches du dossier.
Netanyahu aurait évoqué certains éléments du projet lors d’une réunion du cabinet jeudi soir, expliquant que l’idée était de bâtir une « ville modèle » du côté israélien de la Ligne jaune.
Le Premier ministre a affirmé que l’objectif était de séparer le Hamas de la population civile, laquelle serait contrôlée avant d’être autorisée à s’installer dans la nouvelle ville, a rapporté Ynet, citant des fuites issues du cabinet.
Plusieurs ministres s’y sont opposés, notamment Gila Gamliel, Orit Strouk, Zeev Elkin et Miri Regev, estimant qu’une telle ville ne serait pas sûre du côté israélien de la ligne jaune, selon Ynet.
Netanyahu aurait répondu que la Force internationale de sécurité (ISF) serait d’abord déployée dans la zone côtière de Mawasi, du côté de la ligne jaune actuellement contrôlé par le Hamas.
Des diplomates arabes ont précisé au Times of Israel que les États-Unis envisagent effectivement de déployer l’ISF du côté gazaoui de la ligne jaune, mais il n’est pas certain que les pays donateurs acceptent de fournir des troupes si le mandat de cette force inclut le désarmement du Hamas par la force militaire.
L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.







