Gardez vos employés, dit aux start-ups menacées un haut responsable israélien
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Gardez vos employés, dit aux start-ups menacées un haut responsable israélien

Pour Ami Appelbaum, des firmes fermeront, mais des opportunités d'emploi seront créées ; il espère que son Autorité de l'innovation pourra vite verser des subventions retardées

Les halls de départ vides de l'aéroport Ben Gurion. Les gens annulent leurs voyages par crainte du coronavirus, le 4 mars 2020. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)
Les halls de départ vides de l'aéroport Ben Gurion. Les gens annulent leurs voyages par crainte du coronavirus, le 4 mars 2020. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Les start-ups doivent faire de leur mieux pour conserver leurs employés afin de traverser la crise économique entraînée par le coronavirus, dit le chef de l’Autorité de l’innovation israélienne, qui avertit que la perte de main-d’œuvre pourrait marquer la fin de l’écosystème florissant des start-ups israéliennes.

Les start-ups « doivent préserver leurs employés et ne pas les laisser partir », a encouragé Ami Appelbaum, scientifique en chef de la nation et président de l’Autorité israélienne d’innovation au cours d’un entretien téléphonique.

« C’est extrêmement difficile de trouver les bonnes personnes », a-t-il estimé.

L’Autorité de l’innovation a pour mission d’établir les politiques israéliennes concernant l’industrie technologique.

Le coronavirus, qui a fait des milliers de morts dans le monde et qui a frappé les économies de plein fouet, pourrait porter un coup sévère aux start-ups, a-t-il mis en garde.

« Je m’attends à ce qu’il y ait de nombreuses fermetures », a continué Ami Appelbaum à un moment où les firmes sont en lutte avec les coûts fixes – comme la location de locaux et les salaires – tout en étant dans l’incapacité de commercialiser ou de vendre leurs produits à des clients du monde entier en raison des confinements et des vols annulés. Les investisseurs et les fonds de capital-risque pourraient également cesser leurs dépenses en raison de cette période d’incertitude.

Un pompier israélien portant des vêtements de protection désinfecte l’entrée des urgences de l’hôpital Hadassah Ein Karem à Jérusalem, le 22 mars 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Cinq pour cent des entreprises technologiques, au sein de l’État juif, ont d’ores et déjà licencié leurs personnels et 64 % ont gelé leurs nouvelles embauches, a révélé une enquête officieuse menée par le groupe d’investissement israélien Viola. La firme de capital-risque a interrogé 135 cadres financiers et responsables des ressources humaines dans des compagnies technologiques avec pour objectif d’étudier l’impact du coronavirus dans le secteur.

Les entreprises « ne peuvent pas sortir et continuer à vendre leurs produits parce qu’il n’y a plus de vols », a dénoncé Ami Applebaum dans l’interview. Les managers en marketing sont dans l’impossibilité de montrer leurs nouveaux produits dans la mesure où « tout le monde travaille à domicile ».

Tous ces éléments affecteront les revenus – que ce soit pour les firmes qui vendent d’ores et déjà leurs produits et pour celles qui commencent tout juste à commercialiser les leurs, a-t-il expliqué.

Et en plus de cela, les injections de capitaux dans l’écosystème technologique israélien se sont partiellement interrompues, et ceux-ci vont continuer à s’assécher, a-t-il poursuivi. L’incertitude de la date de la fin de la crise est la plus grande source d’inquiétude, a-t-il ajouté.

Le secteur des start-ups, dans le monde entier, a d’ores et déjà pâti, selon la firme de données CB Insights, basée à New York. Les financements versés aux entreprises privées, au premier trimestre 2020, ont chuté de presque 12 % par rapport à la même période de l’année dernière et devraient atteindre les 77 milliards de dollars. Ce chiffre représente aussi une chute de 16% par rapport au financement versé lors du troisième trimestre 2019, indiquent les données.

Les prévisions de baisse, pour le premier trimestre 2020, indiquent que les trois premiers mois de l’année pourraient marquer « le second déclin trimestriel le plus fort au cours des dix dernières années » – après une baisse de 36 % qui avait été enregistrée au troisième trimestre 2012, indique le rapport.

Les entreprises les plus vulnérables sont les plus petites, a noté Ami Appelbaum, et c’est le cas en particulier de celles qui développent un produit physique – comme un dispositif médical – en opposition aux firmes proposant des logiciels ou des applications. Ces derniers n’ont pas besoin d’être matériellement envoyés et ne nécessitent pas de démonstration physique préalable.

Autre facteur de risque pour les compagnies qui commercialisent des produits physiques, la dépendance aux importations pour les pièces détachées. Dans le secteur technologique, les puces et autres pièces de précision sont souvent livrées par transport aérien et de nombreux vols ont cessé leurs services.

Les entreprises et le gouvernement israélien devront livrer un effort tout particulier pour garantir que la chaîne d’approvisionnement de ces pièces détachées ne sera pas rompue, a-t-il recommandé avec vivacité.

Les halls de départ vides de l’aéroport Ben Gurion. Les gens annulent leurs voyages par crainte du coronavirus, le 4 mars 2020. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Ami Appelbaum compte plus de 36 ans d’expérience dans la recherche, le développement et la gestion de haut niveau dans le secteur des semi-conducteurs. Avant de devenir le scientifique en chef de la nation et le numéro un de l’Autorité de l’innovation, au mois de septembre 2017, il a travaillé pendant 22 ans au sein de l’entreprise californienne KLA Tencor, fabricant d’équipement dans l’industrie des semi-conducteurs qui pèse 18 milliards de dollars.

Le coronavirus a surpris Israël à une période de vulnérabilité. La nation se trouve actuellement dans une impasse politique – avec trois élections qui ont eu lieu en une seule année – et les budgets sont en suspens.

Et en effet, l’Autorité de l’innovation avait indiqué, au mois de janvier, qu’elle cesserait de verser les subventions qu’elle accorde aux start-ups pour leurs projets de recherche et de développement en raison du manque de financements approuvés.

Ami Appelbaum dit espérer qu’il sera en mesure de verser très bientôt les subventions qui ont d’ores et déjà reçu le feu vert.

« Dès que le budget sera approuvé, nous serons immédiatement capables de commencer à dépenser les fonds » a-t-il affirmé.

En quête de solutions pour le coronavirus

Au vu du coronavirus, l’Autorité a également pris la tête d’une initiative visant à fournir, en collaboration avec un certain nombre d’autres instances, la somme de 50 millions de shekels sous forme de subventions aux entreprises israéliennes qui développent actuellement des outils destinés à combattre la pandémie de COVID-19.

Cette démarche vise, entre autres, à financer des solutions de diagnostic de la maladie, de réduction de sa propagation, d’expansion des soins de santé à distance, de développement de produits antiviraux, d’assistance aux malades en quarantaine, de contrôle numérique du virus et d’aide aux unités de soins respiratoires intensifs.

L’Autorité de l’innovation, le ministère de l’Économie et l’Association des fabricants ont également appelé les usines de fabrication à soumettre des plans permettant d’accélérer la production des équipements de lutte contre le virus.

Ces 50 millions de shekels seront de nouveaux fonds injectés dans l’écosystème des start-ups, a expliqué Ami Appelbaum, qui a ajouté que cet argent entraînera l’apparition de nouveaux produits qui n’auraient probablement jamais été développés sans l’éruption de l’épidémie.

Il a déclaré croire également que l’industrie technologique et le secteur de fabrication avancée obtiendraient une part des cinq milliards de shekels que le ministre des Finances, Moshe Kahlon, a promis d’injecter dans l’économie pour venir en aide à ceux qui sont touchés par la crise.

Le ministre des Finances Moshe Kahlon lors d’une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 16 mars 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les sommes précises qui seront distribuées aux différents secteurs ne sont pas encore déterminées, a précisé Ami Appelbaum, mais il est clair que les start-ups obtiendront une partie de ces fonds dans la mesure où le secteur technologique est « le moteur de croissance d’Israël ».

Quel scénario envisagez-vous à la sortie de cette crise ? A quoi pouvons-nous nous attendre, où en serons-nous ?

La crise va indubitablement frapper l’industrie technologique globale, a-t-il répondu, mais elle va également aider à créer pléthore de nouveaux produits qui, le cas échéant, n’auraient jamais été développés – comme des moyens innovants de dépister les maladies, des systèmes de diagnostic pour des virus qui n’existent pas encore et de nouvelles technologies d’imagerie médicale.

« Je les vois déjà arriver », a-t-il noté.

L’utilisation des technologies issues de l’intelligence artificielle dans un objectif médical – pour analyser les génomes et les données cliniques – connaîtra également un essor, a-t-il affirmé.

« Avec une bonne gestion – et je n’ai aucune raison de croire qu’il n’y aura pas une bonne gestion – le secteur high-tech israélien continuera à dominer et à être le moteur de croissance d’Israël et permettra de forger des partenariats dans le monde entier », a-t-il clamé.

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