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Voyage en Israël et à l’étranger: Les problèmes du comité « soviétique » de dérogations

Près de deux ans après le début de la pandémie, les demandes d'entrée et de sortie sont toujours examinées en urgence, ce qui entraîne confusion, erreurs et frustration

Une voyageuse arrive à l'ère de dépistage à la COVID-19 à l'aéroport international Ben-Gurion, le 28 novembre 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Une voyageuse arrive à l'ère de dépistage à la COVID-19 à l'aéroport international Ben-Gurion, le 28 novembre 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le gouvernement israélien a annoncé lundi (3 janvier) la réouverture la semaine prochaine de ses frontières aux touristes étrangers vaccinés. La rédaction du texte qui suit est antérieure à cette décision.

Près de deux ans après le début de la pandémie, certaines personnes, impliquées dans les décisions du gouvernement ainsi que de nombreuses personnes touchées, affirment qu’Israël s’attaque toujours aux restrictions COVID-19 avec une approche adaptée à une urgence temporaire, et qu’il ne consacre pas les ressources nécessaires à la mise en œuvre des décisions gouvernementales.

Les ramifications concrètes d’une bureaucratie, à bout de souffle, ont été ressenties de manière plus aiguë par tous ceux qui tentent de voyager vers ou depuis Israël. Suite à la décision du gouvernement, le 28 novembre, de fermer le ciel israélien afin de ralentir la propagation de la variante Omicron, une sorte d’urgence a été créée pour les voyageurs potentiels et leurs familles.

À la suite de la fermeture, les Israéliens qui veulent se rendre dans un pays à haut risque ou les ressortissants étrangers qui veulent entrer en Israël à partir de n’importe quel pays doivent obtenir une exemption spéciale, qui est accordée principalement par une commission de dérogations.

La liste des pays à haut risque s’étant allongée la semaine dernière pour atteindre 69, il n’est guère surprenant qu’environ 24 000 demandes d’entrée et de sortie aient été reçues au cours du mois qui a suivi l’entrée en vigueur des nouvelles restrictions frontalières [La liste comprend depuis une quinzaine de pays – des pays très populaires].

Ce qui est surprenant, c’est que la plupart de ces demandes continuent d’être traitées par une petite équipe de 10 à 20 personnes qui composent ce comité.

Le comité est à ce stade bien connu des Israéliens et des visiteurs étrangers potentiels comme étant l’adresse pour leurs demandes de transit. Toutefois, rares sont ceux qui en comprennent le fonctionnement et la manière dont est fixée la politique qu’il suit.

Le hall des arrivées de l’aéroport international Ben Gourion près de Tel-Aviv le 8 mars 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Afin de comprendre le fonctionnement du processus, le Times of Israel a contacté plusieurs bureaux et militants. Même parmi eux, quelques vérifications croisées ont été nécessaires pour s’attaquer aux procédures quelque peu alambiquées.

Deux comités, deux voies

Le comité des dérogations est en fait deux comités parallèles : l’un pour les Israéliens souhaitant se rendre dans un pays à haut risque, l’autre pour les étrangers demandant l’autorisation d’entrer en Israël. Chaque comité est composé d’environ cinq membres, issus à la fois du ministère des Affaires étrangères, du ministère de la Santé et de l’Autorité de la population et de l’immigration chargée de définir la politique frontalière d’Israël.

Il y a deux équipes par comité (pour un total de 10 personnes dans chacun), et elles « travaillent 24 heures sur 24 », selon une porte-parole de l’Autorité. Et le terme « comité » est peut-être mal choisi, car les membres de l’équipe travaillent en équipe, plutôt que d’effectur une évaluation des cas de façon collective. Ce processus est mené depuis Jérusalem.

Pour compliquer un peu plus l’affaire, il existe une deuxième voie d’approbation possible pour les étrangers qui cherchent à être admis en Israël : ils peuvent faire leur demande par l’intermédiaire de leur consulat israélien local. Ceux-ci examinent les demandes et peuvent approuver directement les candidats qui répondent aux critères du ministère des Affaires étrangères.

Il est toutefois assez incompréhensible de constater que les critères d’entrée du ministère des Affaires étrangères ne sont pas parfaitement alignés sur ceux de la commission, ces derniers étant plus larges. Les demandeurs qui ne répondent pas, au sous-ensemble de raisons légales, qu’un consulat pourrait approuver – ou, étant donné la confusion actuelle entre les consulats, qui sont informés à tort qu’ils ne sont pas éligibles – peuvent alors faire appel à Jérusalem, où ils sont envoyés dans l’entonnoir du comité des dérogations.

Un vol El Al décolle de l’aéroport international Ben Gurion, le 25 octobre 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Selon l’Autorité de la population et de l’immigration, sur les quelque 20 000 demandes qui sont parvenues aux comités d’exceptions depuis le resserrement des frontières en novembre, 12 000 ont été acceptées, 4 000, soit une sur cinq, ont été rejetées et les 4 000 restantes ont été renvoyées pour obtenir des documents supplémentaires.

En d’autres termes, une équipe de 10 à 20 personnes a traité 20 000 demandes en un mois, à raison de 1 000 à 2 000 demandes par membre.

Le ministère des Affaires étrangères a estimé le nombre total de demandes à ce jour à 24 000.

Erreurs, confusion

À ce rythme, il n’est guère surprenant que des erreurs soient commises… Mark Spiro, basé à Jérusalem, a fait une demande dimanche pour se rendre dans le New Jersey pour assister à son propre mariage. Alors qu’il a été rejeté le jour même, la demande du fils de sa fiancée a été acceptée. Les deux, qui possèdent la double nationalité américaine et israélienne, avaient « soumis les mêmes documents ». Les critères d’octroi d’un appel – qui comprennent actuellement les cas humanitaires, les funérailles de parents proches, le mariage d’une personne ou de son enfant, les procédures médicales qui ne peuvent être retardées et la naissance d’un petit-enfant – sont également fixés par un processus interministériel.

« Il existe un comité interministériel (comprenant des représentants de l’Autorité de la population, du ministère de la Santé et du ministère des Affaires étrangères) qui se réunit une fois par semaine et examine les domaines dans lesquels il est possible d’assouplir les restrictions afin de ne pas fermer complètement, » a déclaré une porte-parole de l’Autorité de la population à propos du processus par lequel les conditions d’entrée sont établies. « Il y a des lignes de base, mais quand il y a des demandes spécifiques, nous les vérifions ».

Elle a ajouté qu’il existait un processus distinct mais parallèle pour fixer les conditions de sortie, ce qui pourrait expliquer en partie pourquoi il y a parfois un décalage entre ce qui est admissible pour une entrée et ce qui est admissible pour une sortie.

Selon Dov Lipman, ancien député du parti Yesh Atid et fondateur de l’organisation d’aide aux immigrants Yad L’Olim, qui s’est employée à littéralement décrypter la politique gouvernementale en matière de COVID et à défendre les intérêts des immigrants et des Juifs de la diaspora, cela s’est produit récemment dans le cas de grands-parents souhaitant prendre l’avion pour assister à la naissance de leurs petits-enfants. Alors que les parents étrangers étaient autorisés à prendre l’avion, Lipman a dû faire campagne pour que les parents israéliens puissent prendre l’avion.

Dov Lipman, député de Yesh Atid à l’époque, lors d’une réunion de son parti à la Knesset, le 6 janvier 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

La nature toujours changeante des critères peut donner l’impression que « la politique est une réflexion après coup », selon Lipman. « [Ces critères] sont très aléatoires, pas méthodiques, pas scientifiques, et c’est ce que nous espérons au moins changer. »

Ceux qui souhaitent voyager se retrouvent souvent désorientés par les critères des règles et par la manière de demander une autorisation en vertu de celles-ci. Shulamit Bell, une Américaine dont la fille vit à Jérusalem, a eu du mal à comprendre les règles en vigueur pour se rendre en Israël pour la naissance de son petit-fils.

« C’était très frustrant parce que c’était confus. [Certaines sources ont dit que les naissances ne feraient pas partie de la nouvelle liste d’exemption… et on nous a dit d’attendre », a déclaré Mme Bell. Elle a fini par contacter l’organisation de Lipman, a obtenu des informations actualisées et se trouve maintenant en Israël avec sa fille.

Une partie du problème auquel Bell a été confrontée est que de multiples sources publient des règles, qui peuvent varier non seulement d’un bureau à l’autre mais aussi d’une langue à l’autre, et qu’il n’existe pas de source unique qui rassemble les dernières informations.

Comme solution, M. Lipman a suggéré de nommer un responsable chargé d’unifier et de mettre à jour toutes les informations relatives aux restrictions de voyage – ce qu’il appelle un « chargé du voyage à l’ère du coronavirus ».

Problèmes techniques

Même lorsque les règles sont claires, l’exécution a connu des difficultés. Outre leur problème persistant de main-d’œuvre, les comités d’exemption s’appuient sur un système de demande en ligne que certains ont qualifié de peu fiable.

David Max, basé à Jérusalem, a essayé de demander l’autorisation de se rendre au mariage de son frère à Toronto, mais il s’est heurté à des difficultés techniques.

« La seule façon de s’en sortir est de s’adresser à ce tribunal de style soviétique qui décide si vous avez la liberté de mouvement », a déclaré Max. « Mais je n’ai même pas réussi à passer. Vous remplissez tout en ligne et ensuite le site ne fonctionne pas. »

En appelant la ligne d’assistance technique du comité, Max s’est vu répondre qu’il y avait des problèmes intermittents depuis jeudi dernier. « Si le système est en panne, il faut au moins le faire savoir, au moins y travailler », a-t-il déclaré.

Finalement, le site web a été remis en ligne le dimanche et Max a pu postuler. Le comité l’a rejeté quelques heures plus tard, indiquant que la demande de Max d’assister aux noces de son frère ou de sa sœur ne répondait pas au seuil « humanitaire ».

« Je suis heureux d’endurer [les consignes sanitaires] quand c’est nécessaire, mais j’ai l’impression que c’est inutile et que c’est une erreur de jugement de procéder de cette manière », a déclaré Max.

Avant d’entrer en fonction, le Premier ministre Naftali Bennett a particulièrement critiqué l’approche de son prédécesseur Benjamin Netanyahu en matière de confinement du COVID, qui comprenait une fermeture de près de trois mois du ciel israélien, et la conduite de comités d’exceptions au début de 2021.

Mais maintenant, avec Bennett à la barre, et près de deux ans après le début de la pandémie, il serait faux d’affirmer qu’Israël fait mieux. Au contraire, le pays semble toujours fonctionner sans processus transparent et efficace pour permettre les déplacements.

Un problème récurrent

Le député Gilad Kariv (parti travailliste), qui préside depuis juin la Commission de la Constitution, des Lois et de la Justice de la Knesset, qui agit en tant que gardien de certaines mesures contre le COVID-19, déclare que ce processus est encore désordonné parce qu’Israël n’a pas encore accepté le coronavirus comme un problème permanent qui n’est pas près de s’arrêter et qui exige une structure et des ressources.

Le député travailliste Gilad Kariv a présidé une réunion de la commission de la Constitution, du droit et de la justice de la Knesset le 5 juillet 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

En devenant président du comité, « le député Kariv a annoncé son intention de ne plus considérer la lutte contre le COVID comme une urgence, mais plutôt de créer une nouvelle infrastructure juridique pour aligner tous les efforts dans la lutte contre le virus », a déclaré un porte-parole de Kariv.

Le député travaille sur un nouveau projet de loi COVID pour faire face à ces défis, que son porte-parole a opposé à la loi originale, adoptée sous le régime Netanyahu « dans un environnement d’urgence qui ne correspond pas à la situation actuelle ».

Le bureau de Bennett a décliné une demande de commentaire pour cet article.

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