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Yémen : Les experts de l’ONU évincés par le Conseil des droits de l’homme

"Les gens au Yémen ont été abandonnés. Trahis. Une fois de plus", a réagi dans un tweet la secrétaire générale d'Amnesty International Agnès Callamard

Des membres de tribus loyales aux rebelles houthis lèvent leurs armes pendant une manifestation contre l'accord de normalisation conclu entre Israël et les Émirats arabes unis, à Saana, au Yémen, le 22 août 2020. (Crédit : AP/Hani Mohammed, File)
Des membres de tribus loyales aux rebelles houthis lèvent leurs armes pendant une manifestation contre l'accord de normalisation conclu entre Israël et les Émirats arabes unis, à Saana, au Yémen, le 22 août 2020. (Crédit : AP/Hani Mohammed, File)

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a refusé jeudi de prolonger le mandat des experts chargés d’enquêter sur les violations des droits humains au Yémen, des ONG accusant l’Arabie saoudite d’avoir tout fait pour obtenir ce rejet.

C’est la première fois que le Conseil rejette un projet de résolution depuis sa création en 2006, a indiqué un porte-parole basé à Genève.

Le projet de résolution qui prévoyait de « proroger le mandat du Groupe d’éminents experts internationaux et régionaux pour une nouvelle période de deux ans » avait été proposé par plusieurs pays européens et le Canada.

Le texte a été rejeté par 21 pays, dont la Chine, le Bahreïn, la Russie, le Gabon et le Sénégal, contre 18 favorables et 7 abstentions (dont le Cameroun et le Japon).

« Les gens au Yémen ont été abandonnés. Trahis. Une fois de plus », a réagi dans un tweet la secrétaire générale d’Amnesty International Agnès Callamard.

Prenant la parole après le vote au nom des pays ayant proposé la résolution, le nouvel ambassadeur des Pays-Bas, Paul Bekkers, n’a pu que constater l’échec du Conseil à renouveler le mandat des experts de l’ONU.

« Avec son vote d’aujourd’hui, le Conseil (…) a coupé cette bouée de sauvetage du peuple yéménite », a-t-il déploré.

Plusieurs ONG avaient dénoncé cette semaine une tentative de l’Arabie saoudite de faire échouer la résolution. À la tête d’une coalition militaire depuis 2015, l’Arabie saoudite intervient au Yémen au côté des forces gouvernementales face aux rebelles.

« Le vote d’aujourd’hui représente un grave échec – qui conduira inévitablement à davantage de violences et de souffrances au Yémen. Pour être clair – les États qui ont voté contre le renouvellement ou se sont abstenus ont choisi de satisfaire l’Arabie saoudite au lieu de protéger la vie de millions de personnes », a affirmé Jeremie Smith, représentant à Genève du Cairo Institute for Human Rights Studies (CIHRS).

L’ONG Human Rights Watch (HRW) a également critiqué le vote.

Son directeur à Genève, John Fisher, a dénoncé une « tache au bilan du Conseil » et pointé du doigt les « nombreux États (qui) ont tourné le dos aux victimes, cédé aux pressions de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et fait passer la politique avant les principes ».

Les décombres d’un immeuble détruit qui était utilisé comme prison par les rebelles Houthis, au Yémen, qui a été frappé par un avion de la coalition dirigée par les Saoudiens à Dhamar, au sud de la capitale Sanaa, détenue par les Houthis, le 1er septembre 2019. (Crédit : AFP)

Famine et crimes de guerre

Le groupe d’experts de l’ONU sur le Yémen avait été créé par le Conseil en 2017, pour enquêter sur les violations des droits humains « commis par toutes les parties au conflit depuis septembre 2014 ». Une résolution en ce sens, présentée alors par les pays arabes et soutenue par les pays occidentaux, avait été adoptée par consensus.

Le mandat des experts avait été depuis régulièrement renouvelé, même si dès 2018 l’Arabie saoudite et ses alliés avaient demandé que le texte soit soumis au vote, critiquant alors le travail des experts.

La guerre au Yémen a fait des dizaines de milliers de morts et déplacé des millions de personnes, selon des ONG internationales. C’est, selon l’ONU, la pire crise humanitaire au monde.

« De nombreuses attaques visant ou touchant de manière disproportionnée des civils ou des biens civils au cours de l’année écoulée peuvent constituer des crimes de guerre », a souligné la Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Michelle Bachelet, devant le Conseil, quelques heures avant le vote.

« Les parties au conflit continuent également à commettre des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées, des détentions arbitraires, des actes de torture, des recrutements d’enfants et des déplacements forcés, entre autres violations et atteintes au droit international des droits humains et du droit humanitaire », a-t-elle affirmé.

Mme Bachelet a également souligné que 4 millions de personnes ont été déplacées par les affrontements, dont 83 % sont des femmes et des enfants.

« Des financements urgents dans tous les secteurs sont nécessaires pour éviter une famine à grande échelle et j’appelle tous les donateurs à intensifier leurs efforts », a-t-elle lancé.

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