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Yitzchak Goldknopf aurait utilisé des fonds publics pour enrichir sa famille

Les organisations à but non lucratif du chef du parti Yahadout HaTorah auraient assuré la liaison entre le gouvernement et les groupes qui gèrent les écoles ultra-orthodoxes

Yitzchak Goldknopf, le député Yahadout HaTorah, lors d'une réunion de faction à la Knesset, à Jérusalem, le 5 décembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Yitzchak Goldknopf, le député Yahadout HaTorah, lors d'une réunion de faction à la Knesset, à Jérusalem, le 5 décembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le futur ministre du Logement et de la Construction, Yitzchak Goldknopf, leader du parti Yahadout HaTorah, aurait utilisé un réseau de crèches et de jardins d’enfants ultra-orthodoxes pour accroître la richesse de sa famille à partir des caisses publiques, et s’est assuré que l’accord de coalition inclura un financement accru pour les écoles maternelles haredim dans ce qui pourrait constituer un conflit d’intérêts avéré.

Selon un article publié vendredi par le quotidien Haaretz, jusqu’en 2015, deux des associations éducatives à but non lucratif contrôlées par Goldknopf recevaient environ 120 millions de shekels pour gérer des jardins d’enfants et d’autres institutions éducatives au sein de la communauté ultra-orthodoxe.

Les associations prélevaient une commission de 5 % avant de reverser l’argent à une deuxième série d’organisations à but non lucratif qui géraient effectivement les établissements d’enseignement, selon l’article.

Une partie de ces commissions aurait été versée à Goldknopf et à deux de ses fils sous forme de salaires. Selon l’article, les fils géraient également une entreprise dont l’objectif était de fournir une assistance pour l’obtention de financements publics pour les établissements scolaires.

Au total, selon l’article, le réseau d’associations éducatives à but non lucratif géré par la famille Goldknopf avait un chiffre d’affaires annuel de plus de 400 millions de shekels, la grande majorité de cet argent provenant du budget du ministère de l’Éducation. Ces associations comprennent les réseaux de crèches et de garderies Beit Yaakov (pour les filles) et d’écoles primaires « Talmud Torah » (pour les garçons).

Selon l’article, le Registre des associations, qui est chargé de décider si les groupes peuvent prétendre au statut d’organisations à but non lucratif, a ordonné une enquête en raison de l’absence apparente de distinction entre les véritables organisations à but non lucratif et le cabinet de conseil à but lucratif des fils, qui percevait des commissions.

Le député Yitzhak Goldknopf à la Knesset, à Jérusalem, le 19 décembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« L’association est en fait un conduit pour obtenir une licence du ministère de l’Éducation et un financement continu, sans mener d’activité réelle », peut-on lire dans un article sur l’une des associations. « Il ne semble pas qu’il y ait une réelle différence entre l’activité de l’association et l’activité des entités commerciales. »

L’article a également noté que Goldknopf recevait un salaire important – 435 000 shekels par an à partir de 2014 – de l’association Jérusalem Talmud Torah, tout en étant PDG d’un certain nombre d’autres associations et en percevant également un salaire à temps plein en tant que responsable du réseau Beit Yaakov.

« Le salaire du PDG n’est pas proportionnel à ses activités au sein de l’association », aurait écrit le journaliste, notant que Goldknopf a également reçu une voiture d’une valeur de 160 000 shekels, ainsi que le financement partiel d’un chauffeur.

Selon Haaretz, Goldknopf a réduit son salaire en lien avec le réseau d’écoles « Talmud Torah » en réponse au journaliste, tout en augmentant son salaire au sein de Beit Yaakov. L’article mentionne également le jardin d’enfants Or Malka, affirmant que l’organisation à but non lucratif a reçu son financement par l’intermédiaire du réseau « Talmud Torah » et a été utilisée pour détourner des dizaines de millions de shekels.

En outre, l’article cite le cas d’une propriété dans le quartier chic de la Colonie allemande de Jérusalem, que la municipalité avait accordée à Beit Yaakov, sous la direction de Goldknopf. Lorsque Beit Yaakov a cessé de gérer un jardin d’enfants sur le site, plutôt que de rendre la propriété à la municipalité, elle a loué le bâtiment à un jardin d’enfants privé durant 24 ans.

La situation a été révélée lorsque les propriétaires palestiniens d’origine ont finalement réussi à établir leurs droits sur le site et l’ont revendu à un promoteur. Lorsque le promoteur a tenté de faire retirer le jardin d’enfants du site, Beit Yaakov a commencé à verser un salaire au propriétaire du jardin d’enfants afin de donner l’impression que l’école avait toujours été en activité à cet endroit et ne pouvait pas être fermée.

Lorsqu’un tribunal a jugé que la garderie Beit Yaakov de Goldknopf avait loué la propriété en violation de son accord avec la mairie, l’organisation à but non lucratif a reçu une compensation pour l’expulsion dans le cadre d’un règlement.

Illustration : Des écolières ultra-orthodoxes se rendant à l’école, à Jérusalem, le 1er septembre 2014. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Né à Jérusalem dans une famille hassidique de Gur bien connectée, Goldknopf a commencé à travailler dans le secteur de l’éducation quand il avait tout juste vingt ans. Il a d’abord dirigé des écoles primaires « Talmud Torah », puis il s’est joint à son père Yehuda Arieh pour gérer le réseau de crèches et de garderies Beit Yaakov au début des années 1980.

Après la mort de son père en 1988, Goldknopf a pris en charge tout son réseau scolaire, qui était composé de centaines d’écoles maternelles et de garderies accueillant des milliers d’enfants. En 1990, il a ouvert un réseau d’écoles spécialisées pour les élèves haredim, appelé Petachya.

En quelques années seulement, Goldknopf a été critiqué pour sa gestion des jardins d’enfants et des garderies Beit Yaakov.

En 2008, un rapport du contrôleur de l’État avait dénoncé une série de pratiques de travail déloyales, comme une rémunération des enseignants et des employés des garderies bien en-deçà des taux habituels pour ces postes, affirmant également que le personnel était sommé de démissionner, chaque année, afin d’empêcher les travailleurs d’acquérir de l’ancienneté (et donc un salaire plus conséquent).

Selon Haaretz, des rapports provenant de Beit Yaakov révèlent que six des filles de Goldknopf sont employées par l’organisation, ainsi que l’un de ses gendres. Le poste de PDG, laissé vacant par Goldknopf lorsqu’il a été élu à la Knesset, sera occupé par l’un de ses fils.

Bien que Goldknopf se retire du poste de PDG de Petachya, il détient toujours 50 % des actions de l’organisation, et sa femme, sa fille et sa belle-fille y sont toutes employées.

Lors des négociations de coalition avec le Likud du Premier ministre désigné, Benjamin Netanyahu, Goldknopf aurait exigé que la supervision des crèches soit transférée du ministère de l’Éducation au ministère de l’Économie, ce qui aurait annulé une récente réforme visant à renforcer la réglementation de ces institutions. Finalement, cette mesure n’a pas été incluse dans l’accord entre Yahadout HaTorah et le Likud.

Toutefois, Goldknopf siégera dans une commission qui supervisera l’augmentation du financement des établissements d’enseignement haredi, ce qui constitue, de facto, un conflit d’intérêts.

En réponse à l’article, Goldknopf a réfuté les accusations, déclarant dans un communiqué que « la conduite des associations a été vérifiée d’innombrables fois et s’est avérée irréprochable. La tentative de discréditer le rabbin Goldknopf dans le contexte de la victoire du bloc de droite aux élections législatives était prévisible et est embarrassante ».

Goldknopf, qui est entré à la Knesset pour la première fois après les élections législatives de novembre, est pressenti pour être ministre du Logement et de la Construction. Selon des informations de la semaine dernière, il possèderait une propriété à Jérusalem qui a été divisée en cinq unités distinctes sans l’obtention du permis requis au préalable. Il a également laissé entendre qu’il ne voyait pas de crise du logement dans le pays.

Judah Ari Gross et Carrie Keller-Lynn ont contribué à cet article.

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