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Yom Yeroushalayim : la police défend l’itinéraire de la « Marche du drapeau »

Kobi Shabtai assure que l’itinéraire prévu "renforcera la gouvernance" et que la police veillera à la liberté de culte, de manifestation et d’expression

Le chef de la police, Kobi Shabtai, assiste à une cérémonie en l’honneur des forces de l'ordre israéliennes, à la Knesset à Jérusalem, le 17 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef de la police, Kobi Shabtai, assiste à une cérémonie en l’honneur des forces de l'ordre israéliennes, à la Knesset à Jérusalem, le 17 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le commissaire de police Kobi Shabtai a expliqué, lundi, les motifs qui l’avaient conduit à autoriser la traditionnelle « Marche du drapeau » à Jérusalem et son itinéraire, à travers des quartiers à prédominance palestinienne, dimanche prochain. Il a affirmé que les manifestants étaient en droit d’organiser cet événement à coloration nationaliste.

« La police israélienne assurera la liberté de culte, de manifestation et d’expression pour tous. C’est le rôle de la police dans un pays attaché à la liberté et aux valeurs démocratiques », a déclaré Shabtai lors d’une conférence juridique à Eilat.

« C’est cette même gouvernance qui nous a amenés à recommander aux dirigeants politiques d’autoriser la ‘Marche du drapeau’ dans la Vieille Ville de Jérusalem, comme chaque année », a-t-il ajouté.

Jérusalem est sur le qui-vive depuis les tensions qui se sont déclarées sur le mont du Temple. Un juge de Jérusalem a statué, dimanche, en faveur de trois adolescents juifs qui avaient prié sur le Mont, en violation du fragile statu quo et à la colère des Palestiniens.

Les autorités ont tenté d’apaiser les tensions, lundi, en assurant que cette décision n’aurait pas de conséquences sur la question. La police a d’ailleurs fait appel de cette décision.

La semaine dernière, le ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev, autorité de tutelle de la police, avait annoncé que la marche, prévue le 29 mai, suivrait le même itinéraire que d’ordinaire. Il avait été modifié en dernière minute, en 2021, sans que cela dissuade le Hamas de tirer des roquettes sur Jérusalem, en prélude à un conflit de 11 jours.

Selon l’itinéraire approuvé par Barlev, les manifestants emprunteront la rue Jaffa jusqu’à la porte de Damas, dont l’accès sera interdit aux Palestiniens. Ils continueront dans la Vieille Ville, en passant par la rue Hagai, dans le quartier musulman, jusqu’au mur Occidental.

L’annonce de Barlev est très discutée au sein-même de la coalition. Les députés de gauche contestent une décision qu’ils jugent susceptible de provoquer des tensions avec les groupes terroristes palestiniens. Les ministres Yair Lapid et Benny Gantz se seraient montrés réservés.

Yom Yeroushalayim, qui commémore la prise par Israël de la Vieille Ville et de Jérusalem-Est à la Jordanie lors de la guerre des Six Jours, en 1967, est célébrée par les Juifs nationaux-religieux, et notamment des jeunes qui défilent en dansant avec des drapeaux israéliens.

Les Palestiniens considèrent depuis longtemps la marche comme une provocation.

Après l’annonce de l’itinéraire, les groupes terroristes palestiniens ont mis en garde les autorités si elles persistaient à autoriser l’événement.

« Je veux clairement mettre en garde l’ennemi contre la perpétration de ces crimes et la mise en œuvre de ces mesures. Le peuple palestinien, dirigé par la résistance – en particulier en Cisjordanie et à Jérusalem – ne permettra pas que ces inepties juives talmudiques demeurent impunies », a déclaré le chef du Hamas, Ismail Haniyeh, cette semaine.

« Nous avons pris notre décision… Nous résisterons de toutes nos forces et nous opposerons à la profanation de la mosquée Al-Aqsa, comme à la violence dans les rues de Jérusalem », a-t-il ajouté.

Des Israéliens brandissent des drapeaux lors d’une marche de la Journée de Jérusalem, à Jérusalem, le 10 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

La marche de l’an dernier avait eu lieu à un moment d’extrême tension entre Israël et Palestiniens, à Jérusalem. La police israélienne s’était affrontée à plusieurs reprises avec des Palestiniens sur le mont du Temple pendant les derniers jours du Ramadan, faisant des centaines de blessés. Il y avait également eu des tensions liées à un projet d’expulsion de Palestiniens du quartier Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est.

Les autorités israéliennes avaient modifié le tracé de la marche de 2021, une heure avant sa tenue, à la suite des menaces du Hamas. La police s’était déployée à travers la Vieille Ville pour empêcher les manifestants israéliens d’atteindre la porte de Damas. Le Hamas avait néanmoins tiré des roquettes sur Jérusalem pendant la marche. Des sirènes avaient retenti dans la capitale alors que les participants se ruaient vers les abris.

Des Israéliens se précipitent vers des abris alors que des sirènes d’attaques aériennes retentissent pendant une marche de la Journée de Jérusalem, à Jérusalem, le 10 mai 2021. (Crédit : AP/ Ariel Schalit/File)

Ces tirs de roquettes ont déclenché une guerre qui a opposé pendant 11 jours Israël et groupes terroristes de Gaza, l’an dernier.

La marche de cette année s’invite à nouveau dans un contexte de tensions entre Israël et Palestiniens. Depuis le 22 mars, des attentats terroristes meurtriers ensanglantent les villes israéliennes. Ils ont couté la vie à 19 personnes, bilan terroriste le plus élevé depuis des années.

Les opérations anti-terroristes israéliennes en Cisjordanie ont fait au moins 30 morts côté palestinien au cours de la même période. Nombre de ces victimes sont des hommes armés impliqués dans des échanges de tirs avec des soldats israéliens ou qui avaient pris part à de violents affrontements. Il semble y avoir également eu des victimes collatérales, comme la journaliste d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, tuée dans des circonstances encore non élucidées lors d’affrontements entre soldats israéliens et hommes armés palestiniens, il y a deux semaines à Jénine, suscitant un tollé international.

Un groupe de Juifs religieux passent devant le Dôme du Rocher lors de leur visite au mont du Temple, connu par les musulmans comme Haram al-Charif (Le Noble Sanctuaire), dans la Vieille Ville de Jérusalem le 20 avril 2022. (Crédit : Menahem Kahana / AFP)

La décision rendue dimanche par un juge du tribunal de première instance de Jérusalem concernant les prières juive sur le mont du Temple ne fait qu’ajouter à ces tensions.

Le juge Zion Saharay a statué en faveur de trois adolescents juifs qui avaient fait appel d’une décision de la police israélienne leur interdisant l’accès au mont du Temple, peu de temps après avoir été interpellés pour y avoir prié.

Dans sa décision, Saharay a déclaré ne pas considérer que s’incliner et réciter une prière soit une cause suffisante pour entraver la liberté de religion, même de peur que cela ne provoque des tensions.

Face aux réactions de la Jordanie, de l’Autorité palestinienne et du Hamas, les autorités israéliennes se sont empressées de publier des déclarations assurant que la décision n’affectait en rien le statu quo en vigueur sur le mont du Temple.

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