Savoir comment le Hamas et Israël réagiront à la proposition égyptienne d’un cessez-le-feu annoncé mardi matin [à l’heure où nous écrivons, seuls les Israéliens ont accepté ce cessez-le-feu] n’est pas encore totalement clair. Mais une chose est certaine : il s’agit de l’heure la plus sombre de la direction du Hamas dans la bande de Gaza et à l’étranger.

S’ils acceptent la proposition égyptienne, ils seront perçus comme ayant été lourdement défaits lors de leur dernier conflit avec Israël ; une défaite qui est proche d’une humiliation.

C’est parce que les conditions de la proposition égyptienne ne comprennent pas les exigences que le Hamas a répété jour et nuit au cours des derniers jours. Comme indiqué dans les médias égyptiens, il n’est pas fait mention dans la proposition de la demande du Hamas de libérer des dizaines de ses cadres. Ceux-ci avaient été libérés suite à l’accord Shalit en 2011 mais à nouveau arrêtés au cours des dernières semaines par les forces israéliennes en Cisjordanie à la suite de l’assassinat des trois adolescents israéliens.

Il n’y a pas non plus d’engagement concret en ce qui concerne l’ouverture du passage de Rafah ou les paiements des salaires des
40 000 employés du Hamas à Gaza. Et il n’y a aucune mention de la situation en Cisjordanie. Toutes ces demandes ont été soulevées par l’aile militaire du Hamas, deux jours après qu’Israël ait lancé l’opération
« Bordure protectrice », et elles ont été répétées interminablement depuis.

Oui, le langage diplomatique évoque aussi l’ouverture des points de passage frontaliers, et un assouplissement de la circulation des personnes et des marchandises par l’intermédiaire de ces passages dans la mesure où la situation de sécurité le permettrait. Mais ce langage est presque une répétition directe des termes de novembre 2012 dans lesquels le cessez-le-feu avait suivi l’opération « Pilier de défense ». Maintes et maintes fois, les dirigeants du Hamas ont souligné ces derniers jours qu’« il n’y aurait pas de retour aux termes du cessez-le-feu de 2012 ».

Pas plus tard que lundi soir, les chaînes de télévision arabes ont diffusé un discours enregistré par l’ancien Premier ministre du Hamas à Gaza, Ismail Haniyeh, dans lequel il a salué à plusieurs reprises l’héroïsme de l’aile militaire du Hamas, qui avait « restauré la fierté palestinienne ». Il les a comblé d’éloges sur leur courage et leurs réalisations… et a aussi répété ces demandes familières – les prisonniers, les traitements, les passages frontaliers, le blocus.

Et puis vint la proposition égyptienne, ignorant presque complètement toutes ces demandes.

Le problème du Hamas est que s’il rejette la proposition égyptienne, il se trouvera isolé dans la communauté internationale et dans le monde arabe d’une manière sans précédent. Le Caire va l’accuser de torpiller la possibilité de calme, et Jérusalem aura la légitimité pour monter une offensive terrestre dans la bande de Gaza.

Ainsi, les options qui s’offrent à Haniyeh, à l’aile militaire du Hamas à Gaza, et au chef du bureau politique Khaled Mashaal au Qatar vont de mal en pis.

Peu de temps après que la proposition égyptienne ait été publiée, un porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum, a annoncé qu’« il n’y aura pas de trêve à moins que les exigences de l’aile militaire, et du peuple palestinien, soient remplies ».

Est-ce que cela représente le rejet par le Hamas de la proposition ? Ce n’est pas clair – et ce ne le sera pas jusqu’à ce que les porte-parole de l’aile militaire, qui mènent ce conflit avec Israël, aient fait connaître leur position.

Mais des sources dans la bande de Gaza nous ont dit lundi soir que l’aile militaire avait décidé de ne pas même discuter de la proposition égyptienne. Ces sources ont indiqué que le Hamas fulmine quant au processus par lequel les termes égyptiens ont été portés à son attention – via les médias.

En effet, la fuite de la proposition à la presse égyptienne, le fait qu’elle ne tienne pas compte des exigences du Hamas, et le fait encore qu’elle comprenne un clin d’œil à Israël par l’intermédiaire de ses similitudes avec les conditions de 2012, doivent sembler suspect au mouvement terroriste. Se pourrait-il que Jérusalem et Le Caire aient monté ce coup ensemble, afin d’acculer le Hamas ?

Il semble évident qu’il y aura quelques larmes versées au Caire si le Hamas est perçu comme affaibli par un accord de cessez-le feu, ou, alternativement, s’il est durement touché par Israël militairement. Ce qui est clair dans les discussions entre responsables israéliens et égyptiens, et ces derniers jours, dans le ton des médias égyptiens, qui prennent un malin plaisir à critiquer et à dénigrer le Hamas.

Alors que dire du gouvernement Netanyahou ? Il semblerait que la plupart des membres du cabinet de sécurité reconnaissent que la proposition égyptienne représente une réalisation juste pour Israël, et un échec important pour le Hamas.