Notre entrevue soulève plus de questions que n’apporte des réponses. Mercredi après-midi, j’ai rencontré le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans ses bureaux à Ramallah. Abbas est rentré la nuit dernière d’une visite au Royaume Uni et au Venezuela.

Dans la pièce, se trouve Ziad Abu Amr, qui n’est pas considéré comme faisant partie du Hamas, mais est devenu, au fil des années, un artisan de la politique de l’OLP et de l’AP. Aussi présent, comme toujours, est le porte-parole vétéran Nabil Abu Rudeineh, qui a aussi conseillé Yasser Arafat pendant plusieurs années.

Abbas, comme il le fait souvent, a parlé très ouvertement et était toujours aussi surprenant. Il a indiqué lors de notre interview, déjà évoquée dans le Times of Israel pas plus tard que mercredi et détaillée plus amplement ici, que l’AP s’abstiendra, pour le moment, de demander l’adhésion à d’autres organes des Nations unies ou des organisations internationales.

Cette déclaration est surprenante. Pendant des semaines, nous avons entendu dire que l’Autorité palestinienne avait l’intention de se tourner vers 48 organisations internationales (ayant adhéré à 15 organisations début avril) immédiatement après l’échec des négociations de paix et l’annulation de la libération des prisonniers.

Et maintenant, sans aucune explication, Abbas décide qu’il suspendait ces initiatives à l’ONU et ailleurs.

J’ai essayé, bien sûr, de comprendre ce qu’il y avait derrière cette décision, mais Abbas ne souhaite pas s’expliquer à ce sujet. Il ne fait que souligner que ce n’était pas une politique qui durerait indéfiniment.

« C’est une question de circonstances », se justifie-t-il. « Voyons ce qui va se passer, et nous agirons en conséquence ».

Presque une semaine auparavant, Abbas avait rencontré à Londres, séparément, la ministre de la Justice, Tzipi Livni, et le secrétaire d’Etat américain John Kerry.

Il a ri quand je lui ai demandé ce qu’il pensait de la déclaration du Premier ministre Benjamin Netanyahu selon laquelle la réunion de Livni avait été organisée à son initiative personnelle.

Lui et ses deux conseillers ont insisté sur le fait que cette visite n’aurait pas eu lieu contre la volonté du Premier ministre ; la réunion avait été arrangée bien avant, expliquent-ils. (Les médias israéliens affirment le contraire, et prétendent que Netanyahu voulait renvoyer Livni pour avoir rencontré Abbas malgré son désaccord.)

Abbas ne veut pas beaucoup s’étendre sur ce qui s’est dit entre lui et Livni.

« Elle a demandé que les conseillers sortent, et nous sommes restés seuls. Erekat est également sorti. »

« Nous avons parlé un peu des prisonniers. Elle m’a dit que nous ne comprenions pas la position israélienne correctement [sur les prisonniers israélo-arabes dont Abbas voulait la libération dans le quatrième lot de remise en liberté, qui n’est pas arrivé]. »

Mais ce sont des choses qui ont été convenues dès le départ, alors comment se fait-il que nous « ne comprenions pas » seulement à la fin du processus ?

J’ai fait remarquer que peut-être la médiation américaine était plus dommageable qu’elle n’aidait. Israël a affirmé que Kerry avait fait des promesses à Abbas au sujet de la libération des Arabes israéliens alors que Jérusalem n’avait pas consenti à cette idée.

Abbas sourit à Abou Amr, comme si ce n’était pas la première fois que la notion était mentionnée dans cette pièce.

Peut-être que l’aspect le plus intéressant de la réunion de Londres est de savoir si quelque chose a été dit, qui a décidé Abbas de ne pas se tourner vers l’ONU pour l’instant. Est-il possible que la conversation avec Livni ait provoqué un accord secret entre Israël et l’Autorité palestinienne sur cette question ?

Et si oui, qu’est-ce que Israël offre en retour ? Israël a-t-il offert un gel discret des implantations ou la libération des prisonniers, ou peut-être a tout simplement demandé plus de temps pour trouver des options pour un échange équitable ?

Une source palestinienne principale a été catégorique, dans une conversation avec le Times of Israel, cette ligne de raisonnement est inexacte.

Suspendre les mouvements vers l’ONU et d’autres groupes internationaux « était un geste pour John Kerry. Il nous a demandé, lors de sa réunion à Londres avec Abbas, que nous cessions de nous tourner vers les organisations internationales pour l’instant, afin de permettre la reprise des pourparlers et peut-être même quelque chose de plus, et c’est la source de l’accord d’Abbas pour ce mouvement ».

Le gouvernement palestinien d’union nationale

S’il n’y a pas des développements plus inattendus, le gouvernement palestinien « d’union nationale » sera présenté la semaine prochaine.

Quand j’ai demandé à Abbas s’il serait à sa tête, il indique qu’il n’y avait toujours pas d’accord final.

« Il est possible qu’il soit [dirigé par l’actuel Premier ministre] Rami Hamdallah, mais en tout cas ce sera un gouvernement qui appliquera mes politiques. Il ne s’immiscera pas dans les affaires politiques ».

Il a présenté les principes qui guideront le nouveau gouvernement : « Il va reconnaître Israël ; il reconnaîtra les accords qu’il a signés avec
Israël ; et il renonce à la terreur et à la violence. Il n’y aura pas de membres du Hamas ou du Fatah. Tout le monde sera indépendant ».

Il a également présenté ces détails à Livni et à l’administration américaine, raconte-t-il, soulignant que ceux-ci seraient les lignes directrices.

Cependant, selon Abbas, Livni n’a pas été impressionnée, pour le moins qu’on puisse dire.

« Depuis sept ans, nous essayons d’atteindre l’unité », a déclaré Abbas.

« Sept ans … et vous êtes toujours en train de dire que vous êtes surpris. Par quoi ? C’est la même chose pour nous, nous tourner vers 15 organismes internationaux. J’ai envoyé une lettre officielle à [l’envoyé de Netanyahou] Itzhak Molcho et [l’envoyé de Kerry] Martin Indyk, deux jours avant. J’ai prévenu que, si 30 prisonniers n’étaient pas libérés, je me tournerai vers ces institutions. Un jour est passé… deux jours. J’ai gardé toute la direction palestinienne ici dans la Muqataa [les bureaux gouvernementaux de l’Autorité palestinienne et le quartier général de l’administration locale palestinienne] sans leur expliquer pourquoi ».

Abbas raconte que lorsqu’il a compris que les Israéliens évitaient de donner une réponse, il a décidé de se tourner vers les 15 organisations.

(Les responsables israéliens affirment n’avoir pas reçu cette lettre.)

Le chemin de l’unité Fatah-Hamas ne sera pas facile pour Abbas.

Même s’il espère que la communauté internationale accepte le nouveau gouvernement, avec lui à sa tête – ce qui semble possible en ce qui concerne l’Union européenne et même la Maison Blanche – il sera probablement en confrontation avec le Congrès américain, qui contrôle l’argent de l’aide de l’Autorité palestinienne.

Selon la loi américaine, les États-Unis doivent s’abstenir d’accorder des aides à un « gouvernement qui partage le pouvoir » avec le Hamas, ou dans lequel le Hamas a « une influence indue » à la suite d’un accord.

« A moins que le président certifie que le gouvernement de l’AP, y compris tous ses ministres, ont accepté les principes suivants : 1) la reconnaissance du droit à l’Etat juif d’Israël d’exister ; et 2 ) l’acceptation des accords israélo-palestiniens précédents ».

Abbas peut prétendre qu’il s’agit d’un gouvernement dans lequel le Hamas n’a aucune influence.

Mais il y aura beaucoup de membres du Congrès qui disent qu’il suffit qu’un parlement contrôlé par le Hamas approuve le nouveau gouvernement pour susciter l’inquiétude de l’« influence indue ».

Abbas a trouvé une façon d’essayer de contourner ce problème – il souhaite que le nouveau gouvernement prête serment devant lui et non pas devant le parlement.

Mais il y aura toujours ceux au Congrès qui insisteront que cela ne change pas le fait qu’une législature dominée par le Hamas l’ait approuvé.

Et c’est le problème principal d’Abbas : le Hamas, en effet, a approuvé les ministres qui seront dans le gouvernement.

En outre, tous ces ministres devront accepter les deux clauses de la loi américaine écrites par nul autre que l’actuel vice-président Joe Biden.

Abbas a déjà annoncé que le gouvernement acceptera la deuxième clause. Mais la première clause, qui comprend la rhétorique de « l’Etat juif d’Israël », ne sera pas acceptée par Abbas ou quelqu’un d’autre du côté palestinien.

Abbas reconnaît qu’il y aura des difficultés sur la voie de la réconciliation et de l’élection d’un nouveau président et d’un parlement Fatah-Hamas.

« Nous voulons atteindre les élections », a-t-il expliqué dans notre interview. « Mais si les choses tournent mal avant, nous saurons faire face aux conséquences ».