112 scientifiques appellent à l’abandon des centrales électriques au gaz
Citant des recherches sur les dangers liés au climat du gaz naturel et maintenant que l'énergie solaire est moins chère que le gaz, les experts mettent en garde le gouvernement
Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Plus de cent éminents scientifiques ont signé un courrier appelant le ministre de l’Energie, Yuval Steinitz, à rejeter la décision de son ministère de construire un nouveau réseau de centrales électriques fonctionnant au gaz naturel, demandant plutôt de renforcer la transition vers les énergies renouvelables.
Les dernières recherches indiquent que le gaz est similaire au charbon en termes d’effets sur le réchauffement climatique, a noté le courrier, signé par 112 experts et transmis lundi.
L’initiative visant à créer des centrales électriques au gaz, ont-ils averti, enfermera pendant des décennies des technologies et hypothèses anciennes qui ne sont plus valides au sujet des bénéfices économiques du gaz naturel – en présence néanmoins d’un « système énergétique plus dispersé, plus propre et moins onéreux ».
Cet appel a été lancé en réponse à une déclaration du ministère de l’Energie qui, la semaine dernière, a fait savoir que l’époque du charbon prendrait fin en 2025 plutôt qu’à la date précédemment définie de 2030.
Au vu de la découverte de vastes réserves de gaz naturel dans la mer Méditerranée, le ministère de l’Energie a prévu qu’environ 80 % des besoins en énergie du pays seraient assurés par le gaz naturel à l’horizon 2030, et 17 % par les ressources renouvelables. Ce taux ne s’élève actuellement qu’à 6 %, issu majoritairement de l’énergie solaire.
Il y a deux ans, le gouvernement a approuvé la construction de 16 centrales électriques fonctionnant au gaz naturel.
Parmi les signataires de la lettre : le lauréat du prix Nobel Robert Aumann, de l’université hébraïque de Jérusalem ; les lauréats du prix Israël Dan Yakir, de l’Institut Weizmann, et Gedeon Dagan, de l’université de Tel Aviv ; l’expert en énergie solaire Abraham Kribus, de l’université de Tel Aviv ; Ofira Ayalon de l’université de Haïfa, coordinateur et gestionnaire de projet du centre d’information sur le changement climatique israélien établi par le ministère de la Protection environnementale ; et Alon Tal, président du Département de politique publique de l’université de Tel Aviv et activiste environnemental vétéran.
« Le gaz naturel est un carburant plus propre que le charbon et nous saluons la réduction de l’usage du charbon, du pétrole et du kérosène », dit encore la lettre. « Il serait toutefois préférable que la transition se fasse directement vers les énergies renouvelables, et non par le gaz. Le gaz est une énergie fossile dont la combustion diffuse du CO₂ dans l’atmosphère. Les recherches les plus récentes font état d’émissions considérables en résultat de l’utilisation du gaz naturel », continue-t-elle.
« À court terme, l’impact du méthane, tel qu’il est diffusé dans l’atmosphère sous la forme d’un gaz à effet de serre, est 84 fois (par unité de masse) plus important que le CO₂ — soit environ quatre fois supérieur aux estimations antérieures réalisées », poursuit-elle.
« Au cours de la production, du traitement et de l’approvisionnement en gaz, des quantités bien plus importantes que ce n’était reconnu auparavant de méthane sont diffusées. Ces émissions contiennent des composés organiques volatiles reconnus comme étant cancérigènes », établit la missive.
« Ces deux conclusions suggèrent que l’effet du gaz naturel sur le changement climatique est comparable à celui du charbon », a noté la lettre.
Le courrier met également en garde contre le risque économique lié à la construction de ces nouvelles centrales électriques, notant que le prix des énergies renouvelables et des batteries susceptibles d’aider à stocker l’énergie solaire pendant la nuit chutent rapidement.
« Nous sommes convaincus que le gouvernement d’Israël doit reprendre en compte sa décision d’élargir l’usage du gaz naturel au-delà de son utilisation dans les centrales électriques préexistantes au vu des bénéfices clairs – économiques, environnementaux et sociaux – des sources énergétiques renouvelables », clament les scientifiques.
« Nous craignions que le gouvernement n’ait pas entrepris une analyse en profondeur de toutes les politiques, préférant choisir une solution qui semble appropriée à court-terme mais qui nuira aux niveaux économique et environnemental à Israël à moyen-terme et à long-terme », disent-ils enfin.







