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À la découverte des beaux parcs de Jérusalem, où (presque) aucune idole ne peut être trouvée

La Ville Sainte a mis en place une interdiction de facto sur les statues de forme humaine, conformément au deuxième des Dix Commandements - mais cela ne signifie pas que les sculptures sont totalement absentes

  • Un relief avec des motifs archéologiques, une œuvre du sculpteur israélien Itzhak Danziger, sur le campus Edmund J. Safra de l'université Hébraïque. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Un relief avec des motifs archéologiques, une œuvre du sculpteur israélien Itzhak Danziger, sur le campus Edmund J. Safra de l'université Hébraïque. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le Monastère de la Croix à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le Monastère de la Croix à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La salle de lecture en cercle concentrique du nouveau bâtiment de la Bibliothèque nationale d'Israël. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La salle de lecture en cercle concentrique du nouveau bâtiment de la Bibliothèque nationale d'Israël. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • L'intérieur du Monastère de la Croix à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    L'intérieur du Monastère de la Croix à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le Monastère de la Croix à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le Monastère de la Croix à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La Vallée des Croix, et le Musée d'Israël au sommet de la colline, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La Vallée des Croix, et le Musée d'Israël au sommet de la colline, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • "Lutte", une sculpture de l'artiste israélien né en Pologne Shmuel Bar-Even. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    "Lutte", une sculpture de l'artiste israélien né en Pologne Shmuel Bar-Even. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Au début des années 1960, une célèbre personnalité juive américaine du monde du spectacle, Billy Rose, avait pris la décision de donner sa collection toute entière de sculptures modernes au musée national d’Israël.

Il avait aussi proposé de financer la construction et l’aménagement paysager d’un jardin d’art où elles seraient exposées – à la condition expresse qu’il porte son nom.

Et pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, ce Jardin des sculptures, qui devait devenir l’une des attractions majeures et de renommée mondiale du musée d’Israël, avait failli jamais voir le jour.

Pourquoi ? Le professeur Doron Bar, de l’Institut d’études juives Schechter, à Jérusalem, évoque les objections qui s’étaient multipliées au sein de la population orthodoxe de la ville. Des statues dans la Ville Sainte ? Voilà qui venait ouvertement contrevenir au Second Commandement : « Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. »

Jérusalem, cette ville sacrée, est notable pour cette absence de statues de forme humaine – il y en a toutefois à Tel Aviv, à Haïfa et, bien sûr, dans la majorité des autres grandes municipalités qui se trouvent hors des frontières d’Israël. A Jérusalem, elles ne sont présentes que dans deux institutions privées : Au musée d’Israël et à l’Université Hébraïque.

Malgré ces restrictions, de merveilleux parcs, agrémentés d’œuvres d’art, restent à découvrir à Jérusalem, avec des sculptures qui ne sauraient être confondues avec un culte idolâtre. Il y en a notamment plusieurs dans les centres de culture et de gouvernement et dans leurs environs : à la Knesset, le parlement israélien ; à la banque d’Israël ; au ministère des Affaires étrangères ; au musée des sciences ; au musée des Terres de la Bible et à la Cour suprême.

Des lieux qui sont tous ouverts au public qui peut y accéder gratuitement – exception faite du jardin Billy Rose, auquel un billet d’entrée du musée donne accès. Les autres sont à découvrir sur le campus Givat Ram de l’Université Hébraïque, à Jérusalem-Ouest ; à l’intérieur de la Vallée de la Croix, au fabuleux Jardin des Roses et, enfin, dans le cadre du nouveau complexe qui accueille dorénavant la Bibliothèque nationale d’Israël, dont la beauté et l’inventivité sont sidérantes.

Un parc avec des sculptures situé aux abords de la Bibliothèque nationale d’Israël, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le Jardin d’art Billy Rose

Le Jardin d’art Billy Rose, une attraction majeure, avait ouvert ses portes au même moment que le musée d’Israël, en 1965. Dans cette collection de sculptures, des œuvres figuratives d’Auguste Rodin, considéré comme le père de la sculpture moderne ; de Lynn Chadwick, d’Alexander Archipenko et d’Antoine Bourdelle. Même si ces œuvres sont encore exposées dans le jardin et dans le musée, elles ont depuis été rejointes par des sculptures enthousiasmantes d’artistes connus comme Israel Tumarkin, Jacques Lipchitz, Henry Moore et Picasso.

Le campus Edmund J. Safra à l’Université Hébraïque

Avec une dernière visite qui remontait à l’époque où nous étions encore étudiants, il y a de cela (déjà) quelques décennies, nous avons été très agréablement surpris par les jardins paysagers et par les statues et autres sculptures inhabituelles exposées dans le complexe de l’Université. Dernière étape à visiter, le Jardin de l’Espoir, en hommage aux hommes, aux femmes et aux enfants qui ont été assassinés en date du 7 octobre et en mémoire de tous ceux qui sont tombés lors de la guerre déclenchée par le massacre et qui continue encore aujourd’hui.

Une figure en bronze drapée réalisée par le sculpteur britannique Henry Moore sur le campus Edmund J. Safra à l’Université Hébraïque de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Sur un mur extérieur, un relief en pierre avec des motifs archéologiques, une œuvre du sculpteur israélien Itzhak Danziger, et sur la place de l’entrée, deux lignes obliques qui sont en mouvement constant, un ouvrage du sculpteur américain George Rickey.

Le Britannique Henry Moore a créé deux figures en bronze qui ont été installées sur la pelouse et, plus loin, il y a « Reflecting Wall », l’œuvre étrange de Yigal Tomarkin.

‘Reflecting Wall’, de Yigal Tomarkin, à découvrir sur le campus Edmund J. Safra à l’Université Hébraïque de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Des sculptures d’oiseaux étonnamment réalistes sont exposées en bordure du parcours ornithologique, relaxant pour les visiteurs, tandis qu’un séquoïa géant, âgé d’au moins 2000 ans, qui avait été amené des États-Unis après avoir été déraciné pendant une tempête, domine une partie de la pelouse. Sur le campus également, une promenade en bois qui a été construite autour d’une pinède et une petite escapade dans la nature qui vous permettra de découvrir plus de 300 espèces de végétaux indigènes.

Le parcours ornithologique sur sur le campus Edmund J. Safra à l’Université Hébraïque de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le Jardin des Roses

Nous avons déjà évoqué, dans le passé, le fabuleux Jardin des Roses, qui est actuellement fermé pour rénovation mais qui devrait rapidement accueillir à nouveau les visiteurs. Il se situe entre la Cour suprême et la Knesset. Parmi les sculptures exposées dans le jardin, « Tête », de l’artiste espagnol Joan Miro, qui a combiné les images qu’il avait dans la tête à des lignes plus réalistes. Une autre œuvre qui ressemble à une pagode se dresse au-dessus d’un petit lac – tandis que notre sculpture favorite reste la fontaine en marbre et en forme de rose qui avait été l’œuvre de feu le sculpteur autrichien contemporain Hans Muhr.

Une fontaine en forme de rose au Jardin des Roses de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La Vallée de la Croix

La légende raconte que le bois qui avait été utilisé pour fabriquer la croix sur laquelle Jésus avait été crucifié était celui d’un arbre qui avait poussé dans une vallée de l’Ouest de Jérusalem. Les Perses, dit-on, avaient pris la croix avec eux après avoir envahi Jérusalem, en 614 – mais elle avait été récupérée, une décennie plus tard, par l’empereur byzantin Heraclius. Alors qu’il revenait à Jérusalem avec la croix, Heraclius s’était reposé dans la vallée, à proximité de l’arbre dont le bois avait été prélevé.

Située juste en-dessous du musée d’Israël, la Vallée de la Croix accueille un monastère géorgien historique qui a été construit au 11e siècle – probablement au-dessus des vestiges d’une église vieille de 1 500 ans. Le long d’un chemin, sous les arbres de la vallée, se trouve un pressoir à olives de plus de 2000 ans une sculpture en pierre émotionnellement douloureuse, « Struggle », qui a été réalisée par Shmuel Bar-Even, artiste israélien né en Pologne. Pendant les travaux de construction entrepris sur l’autoroute adjacente, 10 ossuaires contenant les os de défunts avaient été découverts, dont trois portaient des noms juifs.

Le pressoir à olive de la Vallée de la Croix, à Jérusalem, a plus de 2000 ans. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Lettres de lumière et Bibliothèque nationale d’Israël

Ce n’est pas un hasard, bien sûr, si le tout nouveau jardin de sculpture en lettres de lumière est situé sur le beau domaine qui est dorénavant devenu celui de la Bibliothèque nationale d’Israël. Créé par l’artiste israélien Micha Ullman, le jardin et ses sculptures environnementales veulent être la célébration joyeuse du renouveau de la langue hébraïque.

Et la bibliothèque, qui contient tous les livres à avoir été publiés en Israël, dans toutes les langues et sur tous les sujets (notamment nos sept guides) est réellement un trésor, comprenant plus de 4 500 000 ouvrages et des centaines de milliers d’objets rassemblés dans le monde entier. Avec notamment la collection la plus vaste du monde de musique juive ; des écrits à la main des Maïmonide et l’un des rouleaux d’Esther les plus anciens à avoir été retrouvés.

La nouvelle Bibliothèque nationale d’Israël à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Chef-d’œuvre architectural imaginé par le cabinet suisse Herzog & de Meuron, la Bibliothèque s’enorgueillit d’une salle de lecture en cercles concentriques, de systèmes d’empilement robotiques et de salles d’exposition étonnamment avancées au niveau technologique. Les visiteurs peuvent déambuler dans la bibliothèque ou utiliser ses structures six jours sur sept – mais si vous préférez la découvrir au cours d’une visite guidée, il faudra vous inscrire des mois au préalable.

Les visiteurs sont invités à se promener dans le jardin des sculptures au moment où le soleil brille, pour voir les rayons traverser les pierres sculptées, créant différentes lettres en hébreu. Au centre, il y a des fenêtres, sur le sol, qui prennent la forme des trois premières lettres des alphabets hébreu, arabe et latin. La lumière du soleil les transperce, se projetant dans une salle située en-dessous.

Le jardin de sculpture en lettres de lumière à la Bibliothèque nationale d’Israël. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Au cours d’une visite, il y a quelques semaines, notre guide a souligné que tout avait été fait pour donner un sens à la Bibliothèque, pour l’amener aux gens – de manière à ce que même s’il est impossible de s’y rendre physiquement, il soit possible de profiter de ses trésors en lisant les histoires enthousiasmantes, peu connues et pleines de profondeur qui sont transmises par courriel via la newsletter de l’institution, presque tous les jours de la semaine.

Aviva Bar-Am est l’autrice de sept guides en anglais sur Israël.

Shmuel Bar-Am est guide touristique habilité qui propose des visites privées et personnalisées en Israël pour les individus, les familles et les petits groupes.

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