35 ans après, des révélations sur la mission audacieuse pour bombarder le réacteur de Saddam
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35 ans après, des révélations sur la mission audacieuse pour bombarder le réacteur de Saddam

Les aviateurs dévoilent comment des détails de l'opération Osirak, et comment ils ont ri du 'bleu' qu'était alors Ilan Ramon - le dernier et le plus vulnérable de cette formation de huit jets

Feu le pilote de l'Armée de l'Air israélienne et astronaute Ilan Ramon, interviewé peu après l'Opération Opera de 1981, dans laquelle Israël a détruit le réacteur nucléaire Osirak en Irak (Crédit : Capture d'écran: Channel 10)
Feu le pilote de l'Armée de l'Air israélienne et astronaute Ilan Ramon, interviewé peu après l'Opération Opera de 1981, dans laquelle Israël a détruit le réacteur nucléaire Osirak en Irak (Crédit : Capture d'écran: Channel 10)

Trente-cinq ans après l’opération Opera – l’attaque aérienne israélienne qui a détruit le réacteur nucléaire de Saddam Hussein à Osirak, des officiers de l’Armée de l’air israélienne et des agents du Mossad à la retraite ont récemment révélé des détails jusqu’ici inconnus de l’opération.

Dans une émission diffusée sur la Dixième chaîne, le Colonel (à la retraite) Zeev Raz, qui a dirigé le raid du 7 juin 1981, a dit que les techniciens de l’Armée de l’air « ont reconnu que le vol aller-retour jusqu’en Irak » – plus de 3 000 km – « était légèrement au-delà de la portée de nos jets, donc nous avons utilisé toutes sortes de trucs pour l’allonger ».

L’Armée de l’air israélienne ne pouvait pas compter à l’époque sur les avions-citernes américains pour un ravitaillement en vol, et les capacités israéliennes de ravitaillement, encore en développement, ne seraient pas opérationnelles avant 1982, date à laquelle, selon les évaluations du renseignement de l’époque, le réacteur nucléaire serait opérationnel.

Le raid ne pouvait pas être repoussé, et donc des méthodes innovantes pour faire durer plus longtemps le combustible ont été introduites. Les huit F16-A sont rentrés en toute sécurité ; cependant même 35 ans plus tard, les détails de la façon dont ils l’ont fait ont été gardés secrets.

L’opération avait initialement été appelée « Colline des Munitions », mais quand le Premier ministre Menahem Begin a réalisé que le chef de l’opposition Shimon Peres avait découvert l’opération, il a ordonné son annulation – et sa poursuite sous un nouveau nom.

Le réacteur Osirak avant le bombardement israélien de 1981 (Photo: Wikipedia)
Le réacteur Osirak avant le bombardement israélien de 1981 (Photo: Wikipedia)

« Nous avons écrit plus tard exactement le même scénario opérationnel, mais cette fois sous le nom ‘Opéra’, choisi au hasard par l’ordinateur », a révélé le général à la retraite David Ivry, qui commandait à l’époque l’Armée de l’air, dans le reportage de vendredi.

Ivry a ajouté que les premiers signes que les Irakiens construisaient un réacteur nucléaire avaient été décelés en 1976 ou en 1977.

Gad Shimron, un ancien agent du Mossad, a révélé qu’au cours de ces années Israël avait recueilli des renseignements de l’intérieur sur les efforts des Irakiens pour acheter de l’équipement à l’étranger et sur leurs plans pour construire un réacteur. L’objectif initial du service de renseignement était de retarder l’achèvement du réacteur, et de vérifier si un réacteur irakien terminé aurait la technologie nécessaire pour produire du plutonium.

Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980 (Domaine public, Wikimedia Commons)
Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980 (Domaine public, Wikimedia Commons)

Shimron a déclaré que le Mossad avait assemblé de grandes quantités d’informations sur les progrès de la construction du réacteur Osirak. « Pas besoin d’être un expert en espionnage pour comprendre que si vous avez en Irak un projet avec plusieurs dizaines d’experts étrangers, alors des services d’espionnage voulant découvrir ce qui se passe vont essayer de [les] recruter », a déclaré Shimron. « Il va sans dire qu’il y avait quelqu’un à l’intérieur pour fournir des informations ».

Ivry a expliqué que le travail du Mossad avait retardé la construction du réacteur irakien de deux ans et demi.

Des images filmées par l’Armée de l’Air israélienne au cours du raid sur Osirak :

Shimron a rappelé que le premier noyau du réacteur, prêt à être expédié du petit port de La Seyne-sur-Mer dans le sud de la France, avait explosé dans des circonstances « mystérieuses » et avait été endommagé sans pouvoir être réparé.

Ilan Ramon, qui est devenu le premier astronaute d’Israël et qui a péri dans la catastrophe de la navette Columbia en 2003, était à l’époque un jeune pilote célibataire. Lorsque le moment est arrivé de frapper Osirak, il était l’homme chargé de préparer les cartes et d’examiner si les chasseurs de l’Armée de l’air pourraient faire le voyage de retour.

Le F-16A Netz 243 de l'Armée de l'air israélienne piloté par le colonel Ilan Ramon dans l'Opération Opéra de bombardement du réacteur nucléaire de Saddam Hussein à Osirak en 1981 (KGyST / Wikipedia)
Le F-16A Netz 243 de l’Armée de l’air israélienne piloté par le colonel Ilan Ramon dans l’Opération Opéra de bombardement du réacteur nucléaire de Saddam Hussein à Osirak en 1981 (KGyST / Wikipedia)

Ivry a dit qu’il croyait que les jets pourraient facilement se rendre jusqu’en Irak et frapper le réacteur ; le problème était de revenir en vie.

Arye Naor, le secrétaire du gouvernement Begin, a déclaré que le Premier ministre était déterminé à frapper le réacteur irakien, « même si c’était la dernière chose qu’il [devait faire] en tant que Premier ministre. »

L’évaluation, a confié Naor, était qu’ « un ou deux jets ne reviendraient pas ».

Avant l’attaque, on a fourni de l’argent irakien aux pilotes qui devaient prendre part à la mission, au cas où ils tomberaient sur le sol irakien et auraient besoin de s’échapper.

Le Premier ministre Menahem Begin (à droite) en 1980 (Autorisation de Moriah Films)
Le Premier ministre Menahem Begin (à droite) en 1980 (Autorisation de Moriah Films)

Après que l’opération a été reportée une fois, Ivry l’a programmée pour un dimanche, pensant que les experts nucléaires français travaillant sur le site seraient absents pour leur jour de repos hebdomadaire. Les pilotes ont reçu instruction d’éviter les combats aériens avec les MiG irakiens de fabrication soviétique s’il y avait des avions civils à proximité ; l’itinéraire prévu passait non loin des trajectoires de vol des avions civils irakiens.

Ramon, le plus jeune pilote de la mission, a déclaré dans une interview peu après son retour à la maison : « Nous savions que cela pouvait se terminer de deux façons, cela pouvait se finir sans que rien ne se passe vraiment et tout le monde rentrerait, ou cela pouvait se terminer avec l’un d’entre nous – ou plus – qui y reste ».

« Finalement, nous y sommes allés comme dans un convoi. Donc, le premier – ils le voient ; le second – ils le visent ; le troisième – ils le ratent ; et le quatrième se fait tirer dessus [par des canons anti-aériens] ».

Ramon était le dernier pilote dans le convoi – le huitième en deux groupes de 4 jets.

Ilan Ramon, the first Israeli astronaut, stands in front of an F-16 fighter jet. Ramon perished in the disintegration of the Space Shuttle Columbia on February 1, 2003, while re-entering the atmosphere. (file photo; photo credit: Flash90)
Ilan Ramon, le premier astronaute israélien, devant un avion de combat F-16. Ramon est mort dans la désintégration de la navette spatiale Columbia, quand elle a pénétré l’atmosphère terrestre le 1er février 2003. (Crédit : Flash90)

« Tout le monde sait que le dernier est celui qui risque le plus », a déclaré Raz. « C’est comme un troupeau d’antilopes poursuivi par un tigre. Les gars se moquaient de [Ramon], en disant qu’il serait celui qui serait touché. Donc, il était stressé … Il n’avait également aucune expérience [Ramon n’avait jamais lancé une bombe dans une mission] mais il a très bien fonctionné et il a frappé sa cible ».

« C’était un bon pilote et un grand combattant », a déclaré Raz.

Moshe Melnick, qui dirigeait une formation d’avions intercepteurs qui ont accompagné les chasseurs, a dit que les pilotes avaient été invités à annoncer par le biais du système de communication, après avoir quitté la cible, qu’ils étaient sains et saufs.

« L’un d’eux, je pense que c’était Ilan Ramon, a communiqué son annonce avec retard et il y a eu de longues secondes de silence. Nous étions tous inquiets pendant un moment, mais ensuite il a pris contact », s’est souvenu Melnick.

Le bombardement du réacteur a été condamné par la communauté internationale. La France, en particulier, était furieuse, après avoir investi d’importantes sommes d’argent dans sa construction.

Dick Cheney (Crédit : wikimedia comons/domaine public)
Dick Cheney (Crédit : wikimedia comons/domaine public)

Mais Ivry a rappelé qu’en 1991, le secrétaire d’Etat américain d’alors, Dick Cheney, lui a donné une photo aérienne en noir et blanc du réacteur bombardé en ruines. Cheney a écrit sur la photo : « Cela a rendu notre travail beaucoup plus facile ». Le geste discret et non-public a été fait après la fin de la première guerre du Golfe.

Begin, dans un discours après que l’opération a été conclue avec succès, a déclaré : « La décision de bombarder le réacteur nucléaire en Irak a été prise il y a plusieurs mois et il y avait de nombreux obstacles. Il y avait aussi beaucoup de considérations, mais nous avons finalement atteint un stade où nous savions que si nous n’agissions pas maintenant, ce serait trop tard ».

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