5 000 logements approuvés sur une colline de Jérusalem malgré l’opposition
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5 000 logements approuvés sur une colline de Jérusalem malgré l’opposition

Le ministre de l'Agriculture, Alon Schuster, a répété jeudi qu'il n'approuverait pas le déracinement de 11 000 arbres pour construire le quartier

Les gens profitent d'une chaude journée d'été à la source Ein Lavan dans les montagnes de Jérusalem, le 30 août 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)
Les gens profitent d'une chaude journée d'été à la source Ein Lavan dans les montagnes de Jérusalem, le 30 août 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Une commission d’appel a approuvé, jeudi, les plans de construction d’environ 5 000 unités résidentielles à Reches Lavan, un site populaire et bucolique constitué de terrasses agricoles et de ruisseaux, à l’ouest de Jérusalem.

Reches Lavan (La crête blanche) — qui a hérité de son nom en raison de sa pierre calcaire, de couleur claire – se situe aux abords du zoo de Jérusalem, des quartiers Kiryat Hayovel, Givat Masua et Ein Kerem, au sud-ouest de la ville, et du Moshav Ora, à la sortie de la capitale.

Riche de sa végétation méditerranéenne et accueillant de grands mammifères, comme les gazelles des montagnes et les hyènes, le secteur tout entier, alimenté par ses ruisseaux, ses sources et ses bassins naturels, est un lieu de villégiature apprécié par les habitants de Jérusalem et un lieu de rendez-vous populaire pour les jeunes, le week-end.

Un appel avait été lancé par plusieurs instances et individus contre la décision prise par le comité de planification d’approuver le projet de construction, au mois de juillet 2019. La plainte avait été déposée auprès de la sous-commission des appels au sein du Conseil national de planification.

Après le rejet de leur requête, les activistes ont promis de porter l’affaire devant les tribunaux. Ils craignent que les planificateurs ne commencent à urbaniser Reches Lavan avant de s’en prendre à d’autres collines – le mont Harat, Mitzpe Naftoah à Ramot, les flancs du Moshav Ora et un versant de colline situé près de l’hôpital Hadassah Ein Kerem – les uns après l’autre.

Reches Lavan, ou Crête blanche, à l’ouest de Jérusalem (Crédit : Dov Greenblat, Society for the Protection of Nature in Israel)

Le ministre de l’Agriculture, Alon Schuster, a répété jeudi qu’il n’approuverait pas le déracinement de 11 000 arbres pour construire le quartier. Il est impossible d’affirmer pour le moment si cette décision pourrait permettre de mettre un terme au projet tout entier.

En autorisant le plan de construction, la sous-commission des appels du conseil national de planification a ordonné que les tours créées dans le cadre de l’établissement d’une zone commerciale, aux abords du Moshav Ora, ne dépassent pas les quinze étages.

Elle a estimé que, contrairement à ce qu’affirme la plainte, le projet ne viendrait pas endommager les sources présentes dans le secteur.

Les plans prévoient la construction de 5 250 unités résidentielles dans des bâtiments allant de cinq à douze étages, ainsi que la mise à disposition de 300 chambres d’hôtel et l’établissement d’espaces commerciaux. Les planificateurs travaillent d’ores et déjà sur une route à quatre voies qui traversera la zone, à l’ouest, dans le cadre d’une future rocade.

Une pétition contre le projet a réuni 15 000 signatures.

La crête de Lavan, prévue pour les constructions résidentielles et commerciales, est un lieu d’habitation des gazelles des montagnes (Crédit : Dov Greenblat, Société pour la protection de la nature en Israël)

De nombreuses tentatives – jusqu’alors vaines – visant à urbaniser les zones situées à l’ouest des collines de Judée ont été entreprises au fil des années.

Cette fois-ci, cette initiative de renforcement des constructions dans la ville vient du gouvernement, ou plus précisément de la Commission pour les sites de logement privilégiés, qui a été établie en 2014 pour accélérer le rythme des constructions et diminuer le poids de la bureaucratie.

La population israélienne devrait être multipliée par deux d’ici 30 ans dans un pays de taille modeste, à peine plus grand que le New Jersey, aux Etats-Unis, ou que le pays de Galles, au Royaume-Uni. Israël présente déjà une densité de population intense à l’ouest et connaît un manque de terrains disponibles à consacrer aux logements.

La commission des sites de logement privilégiés a donc décidé en haut-lieu la construction de 1,5 million d’unités de logements dans tout le pays d’ici 2040. 297 000 seront édifiés dans le district de Jérusalem.

La société de préservation de la nature israélienne (SPNI), par le biais de son bureau du district de Jérusalem, a étudié 4 000 plans et a déterminé que cet objectif ne pourrait être atteint sans urbaniser la campagne locale.

Capture d’écran de Google Earth montrant les collines de Jérusalem, à l’ouest de Jérusalem, avec Reches Lavan en rouge (Capture d’écran)

Le problème est que restaurer des zones urbaines décrépies dans des secteurs situés dans la ville grâce à de nouvelles constructions n’offre que des profits limités – et que le gouvernement, jusqu’à présent, n’a pas voulu offrir des incitations financières aux promoteurs (par le biais de subventions et autres allégements d’impôts), offrant à la place ce qu’il appelle des « terrains compensatoires » où les constructeurs pourront faire de plus gros profits.

Cette idée de terres compensatoires autorise l’Etat à vendre à un promoteur immobilier ou plus des terres qui lui appartiennent dans les frontières d’une autorité locale particulière. Les constructeurs achètent ces terrains en sachant que le conseil s’est engagé à y construire un certain nombre d’unités de logement.

L’accord, qui concerne habituellement plusieurs gratte-ciels, est attractif pour les entreprises de construction en raison des profits qui peuvent être réalisés à partir de la vente d’un nombre d’unités de logement important. Le conseil local, pour sa part, tire également des bénéfices de ce type de convention parce que le gouvernement lui transfère certains revenus issus de la vente qui permettront de créer de nouvelles infrastructures.

Environ la moitié des parcelles situées à Reches Lavan ont été étiquetées comme terrains compensatoires – certaines d’entre elles pour encourager les promoteurs immobiliers à restaurer les rues Nurit et Stern, délabrées, à Ir Ganim, près de Kiryat Hayovel. L’autre moitié permettra de construire des logements qui n’ont pas pu être installés dans la ville par manque de place, a commenté Amnon (Ami) Arbel, directeur-adjoint du département de planification de Jérusalem, devant une commission de la Knesset, au mois de juin.

Des vieux immeubles résidentiels dans le quartier d’Ir Ganim, au sud-ouest de Jérusalem, le 27 février 2017 (Crédit : Lior Mizrahi/Flash90)

Dans son jugement de jeudi, la sous-commission des appels a demandé aux autorités de garantir que le calcul déterminant le périmètre nécessaire de terres compensatoires soit réactualisé.

La SPNI, qui voudrait que la zone entière des ruisseaux et des sources soit déclarée réserve naturelle, a répondu à la décision de jeudi en citant les paroles de Shimrit Golan, à la tête de la sous-commission des appels, qui a écrit dans sa décision qu’il était « indubitable que le développement et les constructions à Reches Lavan ont un coût environnemental très élevé ».

La SNPI a déclaré « qu’il n’y a rien à ajouter à cela ».

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