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Analyse

5 leçons juives à retenir des Midterms de 2022

Un gouverneur juif, le droit à l'avortement, les poches de l'AIPAC et le candidat républicain à la présidentielle de 2024 : que signifient les résultats pour les Juifs américains ?

Le candidat au poste de gouverneur démocrate de Pennsylvanie Josh Shapiro, procureur général de l'État, assiste à une soirée électorale, le mardi 8 novembre 2022, à Oaks, Pennsylvanie (Crédit : AP Photo/Matt Slocum)
Le candidat au poste de gouverneur démocrate de Pennsylvanie Josh Shapiro, procureur général de l'État, assiste à une soirée électorale, le mardi 8 novembre 2022, à Oaks, Pennsylvanie (Crédit : AP Photo/Matt Slocum)

JTA – Le bilan des élections clés de mi-mandat de mardi soir était clair dès mercredi matin : les espoirs du Parti républicain de voir déferler une vague rouge ont été anéantis.

Mais qu’en est-il des questions et des candidats suivis de près par les Juifs américains ? Voici nos premières conclusions sur les résultats des premiers tours de scrutin.

1. La plupart des candidats républicains qui se sont fait remarquer pour leurs liens avec les extrémistes de droite, voire leur adhésion à ces derniers, ont échoué aux urnes.

Doug Mastriano, qui s’est présenté au poste de gouverneur en Pennsylvanie et a utilisé Gab, la plateforme de réseaux sociaux appartenant à un antisémite, pour attirer des électeurs potentiels, a perdu de manière irréfutable – face à un juif pratiquant nommé Josh Shapiro.

Kari Lake, candidate au poste de gouverneur en Arizona, et Blake Masters, candidat au Sénat, sont à la traîne des titulaires démocrates qu’ils espéraient détrôner. Il en va de même pour les républicains briguant le poste de procureur général et de secrétaire d’État, qui ont inquiété les juifs du Nevada.

Même Lauren Boebert, une nationaliste chrétienne qui compte parmi les membres les plus extrémistes du Congrès et qui a fait bondir les groupes juifs en comparant les restrictions liées au coronavirus à la Shoah, pourrait être évincée de son siège au Congrès dans le Colorado, par Adam Frisch, qui se décrit comme un « Juif modéré et pragmatique ».

Le candidat républicain au poste de gouverneur de Pennsylvanie, Doug Mastriano, sa femme Rebecca Mastriano, à gauche, et sa colistière Carrie Lewis DelRosso, à droite, se tiennent la main sur la scène avec des partisans lors de sa soirée électorale à l’hôtel Penn Harris de Camp Hill. Le démocrate Josh Shapiro a remporté la course au poste de gouverneur de la Pennsylvanie. Pennsylvanie, le 8 novembre 2022.  (Crédit : Carolyn Kaster/AP)

Les titulaires d’extrême droite ont prédominé dans la majorité des cas, mais les candidats en quête de nouveaux postes, qui étaient aussi les plus déconcertants pour la majorité des juifs américains, ont échoué le jour du scrutin.

2. Les électeurs américains sont en phase avec les Juifs américains en ce qui concerne le droit à l’avortement.

Les sondages à la sortie des bureaux de vote ont montré que le renversement de Roe v. Wade par la Cour suprême a galvanisé les électeurs, et dans cinq États rouges où le droit à l’avortement était en jeu, les électeurs ont soutenu des mesures visant à le rendre plus accessible.

Les mesures confirmant le droit à l’avortement ont été adoptées dans le Michigan, le Vermont et la Californie, tandis que les électeurs du Kentucky – qui, du reste, sont plutôt conservateur – ont rejeté une mesure qui aurait rendu la procédure illégale.

Cela signifie que les électeurs ont rejoint l’opinion juive prédominante : Les juifs américains sont favorables au droit à l’avortement, plus que tout autre groupe religieux, selon les sondages de la population.

3. Les électeurs juifs de Floride se dirigent vers les feux de la rampe.

Alors que les républicains n’ont pas connu la vague rouge à laquelle beaucoup s’attendaient à travers le pays, la Floride a été un point positif pour les candidats d’extrême droite le soir de l’élection, quand Anna Paulina Luna a remporté une victoire nette sur le démocrate juif Eric Lynn.

Les résultats montrent que les républicains sont bien ancrés au pouvoir dans cet État – et que le gouverneur Ron DeSantis, qui a été réélu, pourrait être un concurrent redoutable pour la présidence du Parti républicain en 2024.

Le nombre croissant de juifs orthodoxes dans l’État, qui ont tendance à voter républicain, a probablement contribué à sa victoire. Maintenant, alors que tous les regards se tournent vers 2024, ces juifs et leur vote vont être le centre d’intérêt des analystes politiques.

4. L’argent compte, jusqu’à ce qu’il ne compte plus.

L’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) est intervenu cette année pour la première fois directement dans le financement des courses, en créant un comité d’action politique classique et un Super PAC, qui permet des dons illimités.

Le vice-président américain de l’époque, Mike Pence, s’exprime lors de la conférence politique 2018 de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) au Washington Convention Center, le 5 mars 2018, à Washington, DC (Crédit : Jose Luis Magana/AP)

Il a utilisé ce dernier, le United Democracy Project (UDP), pour collecter des dizaines de millions de dollars et a obtenu de bons résultats lors des primaires, remportant presque toutes les courses dans lesquelles il était impliqué. Mais lors des élections générales, l’UDP ne s’est concentré que sur une seule course, tentant de battre la démocrate Summer Lee dans la région de Pittsburgh – où elle a gagné haut la main.

À New York, Lee Zeldin, un républicain juif qui a quitté le Congrès pour se présenter au poste de gouverneur, a collecté suffisamment d’argent auprès de grands donateurs comme le président du Congrès juif mondial, Ronald Lauder, pour faire peur à la démocrate en poste, Kathy Hochul, mais pas suffisamment. Hochul a gagné avec une marge significative (55 %).

5. Une étoile montante de ce tour est un père de l’école juive.

La Pennsylvanie est un État profondément mauve, dont le meilleur exemple est sans doute la course au Sénat très serrée entre John Fetterman et Mehmet Oz – dans laquelle le démocrate Fetterman a gagné de justesse, faisant basculer le siège du rouge vers le bleu.

Le gouverneur élu Josh Shapiro se décrit comme un démocrate modéré qui n’a jamais perdu : il a représenté le 153e district de Pennsylvanie à la Chambre des représentants de l’État de 2005 à 2012 ; il a siégé au conseil des commissaires du comté de Montgomery, situé dans la banlieue de Philadelphie, de 2012 à 2017, contribuant à le soustraire au contrôle républicain de longue date ; et avant sa victoire aisée de mardi soir, il a été élu procureur général de l’État en 2016, puis en 2020.

C’est un parcours formidable, et Politico n’est pas la seule publication à prédire que Shapiro pourrait être le premier président juif de la nation. À travers tout cela, Shapiro affiche ouvertement sa judéité, et alors que son adversaire dans la course au poste de gouverneur a flirté avec de nombreuses controverses antisémites, Shapiro a misé sur cette identité au lieu de la fuir.

Grâce aux annonces et aux discours de campagne de Shapiro, ainsi qu’aux paroles de Mastriano, les électeurs étaient parfaitement conscients que Shapiro est un père juif observant qui envoie ses enfants dans une école juive. Et cela a marché dans la Pennsylvanie violette.

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