7 choses à savoir alors que Rivlin tente d’imposer une coalition Netanyahu/Gantz
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Analyse

7 choses à savoir alors que Rivlin tente d’imposer une coalition Netanyahu/Gantz

Le président n'a eu aucun mal à réunir les deux candidats à la présidence israélienne dans une même pièce. Les convaincre d'accepter le partage du pouvoir est une autre affaire

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

De d. à g. : Le président israélien Reuven Rivlin, le premier ministre Benjamin Netanyahu, la présidente de la Cour suprême israélienne Esther Hayut et Benny Gantz, chef du parti Kakhol lavan, assistent à une cérémonie commémorative en l'honneur de feu le président israélien Shimon Peres, au Mont Herzl à Jérusalem, le 19 septembre 2019. (GIL COHEN-MAGEN / AFP)
De d. à g. : Le président israélien Reuven Rivlin, le premier ministre Benjamin Netanyahu, la présidente de la Cour suprême israélienne Esther Hayut et Benny Gantz, chef du parti Kakhol lavan, assistent à une cérémonie commémorative en l'honneur de feu le président israélien Shimon Peres, au Mont Herzl à Jérusalem, le 19 septembre 2019. (GIL COHEN-MAGEN / AFP)

1. L’interaction de lundi soir initiée par le président Reuven Rivlin a marqué la première réunion de travail entre le chef du Likud Benjamin Netanyahu et le leader de Kakhol lavan Benny Gantz depuis que Gantz a quitté son poste de chef d’État-major en 2015, au terme d’un mandat que Netanyahu, alors Premier ministre, avait étendu à une quatrième année, en reconnaissance de ses talents de commandant.

Dans les campagnes qui ont précédé les élections de la semaine dernière et d’avril, en revanche, Netanyahu a qualifié Gantz d’homme de gauche faible, à qui l’on ne peut pas faire confiance pour protéger Israël. Gantz, pour sa part, a déclaré que Netanyahu est devenu un responsable despotique qui devrait quitter la scène pour s’occuper des allégations de corruption pesant contre lui.

2. Au cours des consultations de dimanche et de lundi avec les représentants des neuf partis qui ont remporté des sièges à la Knesset le 17 septembre, Rivlin est revenu sans cesse sur l’impératif d’établir un gouvernement stable et d’éviter un troisième tour des élections.

Des sources à la Résidence du Président, citées par la Treizième chaîne israélienne d’information lundi soir, ont déclaré que Rivlin pense qu’il a des « idées » qui pourraient aider à persuader Netanyahu et Gantz de former une coalition d’unité, avec une formule permettant une rotation au poste de Premier ministre. Quoi qu’il ait proposé, il suffisait évidemment de persuader les deux candidats de continuer à dialoguer : il les a invités à revenir mercredi, avec leurs équipes de négociation se réunissant mardi.

S’il doit y avoir un gouvernement d’unité et une rotation des dirigeants, certains rapports suggèrent qu’il pourrait s’accompagner d’une loi visant à prévenir la dissolution prématurée d’une telle coalition avant que chaque homme ait fait son temps comme Premier ministre, peut-être en demandant le soutien de 80 députés sur 120 pour renverser le gouvernement.

3. Des sources anonymes proches de Rivlin ont déclaré à la Treizième chaîne que le président n’a pas pris la décision de savoir à qui confier en premier la tâche de bâtir une coalition. « Il n’a pas de nom en tête », a déclaré la chaîne de télévision, citant une source anonyme.

Le président a jusqu’au mercredi 2 octobre pour faire un choix – qui se trouve être le même jour que l’audience de Netanyahu pour répondre aux accusations. Rivlin pourrait choisir l’un des deux pour former un gouvernement dès ce mercredi ou jeudi, mais il serait parfaitement prêt à attendre une semaine de plus, ce qui lui permettrait de réfléchir à son appel à l’unité pendant les deux jours de vacances de Rosh HaShana, qui commencent dimanche soir, selon le rapport télévisé.

4. Si Netanyahu et Gantz ne parviennent pas à s’entendre sur un processus de formation d’une coalition, Rivlin sera en effet confronté à un choix complexe. Ni l’un ni l’autre des deux candidats au poste de Premier ministre n’a l’appui d’une majorité ou une perspective claire d’une coalition. 55 députés (du Likud, du Shas, de Yahadout HaTorah et de Yamina) ont recommandé Netanyahu comme Premier ministre, contre 54 pour Gantz (de Kakhol lavan, Travailliste-Gesher, Camp démocratique et 10 des 13 députés arabes inscrits sur la Liste arabe unie). Rivlin pourrait ainsi choisir de donner à Netanyahu la première chance de réunir une majorité. Mais le parti Kakhol lavan compte 33 sièges, contre 31 pour le Likud. Donc ça favorise Gantz.

En 1984, lorsque les élections ont également abouti à une impasse politique, l’Alignement travailliste comptait 44 sièges contre 41 pour le Likud, et le dirigeant de l’Alignement, Shimon Peres, a été Premier ministre les deux premières années du mandat, avant de passer la main à Shamir du Likud.

5. Alors que Netanyahu et Gantz ont tous deux prétendu chercher un arrangement d’unité, Netanyahu et ses alliés ultra-orthodoxes et de droite ont également accepté de négocier comme un seul bloc, incitant Kakhol lavan à rejeter ses ouvertures d’unité comme une pirouette. De son côté, Gantz, tout en cherchant à s’associer au Likud, a déclaré qu’il ne le fera que lorsque le parti de droite aura abandonné Netanyahu.

M. Gantz a également entamé une réunion plus tôt lundi avec M. Liberman, et certains médias israéliens non-sourcés affirment dans leurs rapports que la coordination avec le dirigeant de Yisrael Beytenu est si étroite que les discussions ont déjà commencé concernant la distribution des postes ministériels. Netanyahu reproche à Liberman d’avoir précipité ces élections, en refusant de rejoindre sa coalition après le vote d’avril, et maintenant il dénigre régulièrement son ancien allié comme étant un homme de gauche. Et Liberman a dit qu’il ne siégerait pas dans une coalition avec les partis ultra-orthodoxes auxquels Netanyahu est lié.

Si Rivlin peut en quelque sorte surmonter ces difficultés et d’autres complexités et favoriser un partenariat Netanyahu-Gantz, c’est alors un véritable magicien politique.

6. A l’ampleur de la tâche du président s’ajoute le fait qu’il a une relation notoirement difficile avec Netanyahu. Rivlin est un ancien député Likud et ancien président de la Knesset que Netanyahu a cherché à empêcher de devenir président, et qui a critiqué Netanyahu à plusieurs reprises, quoique implicitement, pour ses tactiques politiques qui ont provoqué des divisions. Leur « animosité » est telle, comme le note un analyste politique dans un reportage télévisé lundi soir, que Netanyahu sera enclin « à penser à toute proposition de Rivlin comme visant à mettre fin à sa carrière ».

7. Les reportages télévisés de la réunion du triumvirat de lundi ont soulevé toutes sortes d’idées spéculatives sur la façon dont une rotation Netanyahu-Gantz au poste de Premier ministre pourrait fonctionner, y compris celle en vertu de laquelle Netanyahu serait le Premier ministre, y compris celle en vertu de laquelle Netanyahu serait le premier Premier ministre, avec l’obligation de démissionner s’il est inculpé dans l’une quelconque des affaires de corruption à son encontre. Mais une telle réflexion suppose qu’ils soient prêts à défier les attentes et à accepter un partenariat.

Il est beaucoup plus probable que, malgré tous les efforts de Rivlin, chacun insistera encore pour essayer de former un gouvernement sans l’autre, bien qu’ils n’aient peut-être pas encore décidé s’il est plus intelligent de tirer le premier sur un tel effort ou d’attendre que leur rival échoue, avec un peu de chance.

Ainsi Rivlin, contraint de prendre sa décision de Salomon, peut être en train de choisir entre deux candidats qui n’ont peut-être pas compris s’ils veulent même être choisis.

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