À Kiev, Netanyahu évoque les retraites d’Israéliens d’origine ukrainienne
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À Kiev, Netanyahu évoque les retraites d’Israéliens d’origine ukrainienne

Le chef ukrainien remercie Israël d'avoir défendu l'intégrité territoriale de son pays après l'annexion de la Crimée par Moscou - Jérusalem n'a fait aucune déclaration en ce sens

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, (à gauche), accueille le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans sa résidence officielle à Kiev, le 19 août 2019. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, (à gauche), accueille le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans sa résidence officielle à Kiev, le 19 août 2019. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

KIEV, Ukraine — Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, lors de sa visite officielle dans la capitale ukrainienne lundi, a promis de faire avancer un accord jamais appliqué destiné à accorder aux immigrants ukrainiens vivant en Israël les pensions de retraite de leur pays d’origine.

Netanyahu est actuellement dans le pays pour un déplacement de deux jours. Il a déjà rencontré le président Volodymyr Zelensky et annoncé que Kiev envisageait d’ouvrir un bureau d’investissement et commercial dans le secteur technologique à Jérusalem.

Le Premier ministre a indiqué qu’Israël transmettrait à l’Ukraine plus d’informations sur les immigrants israéliens originaires de son pays éligibles à des pensions de retraite, afin qu’ils puissent commencer à les toucher.

Plus d’un tiers des immigrants d’ex-URSS viennent d’Ukraine. En 2014, un accord bilatéral concernant les retraites des Israéliens arrivés du pays d’Europe de l’Est a été signé, mais jamais appliqué.

« Cette communauté sert de pont humain entre nos pays et nous permet de développer considérablement nos liens », a déclaré Netanyahu lors d’une conférence de presse conjointe avec son hôte. « Je tiens à vous remercier d’œuvrer pour faire avancer, dans le prochain Parlement, la ratification de l’accord sur les retraites signé pour ces gens. Vous avez demandé à recevoir à cet effet des informations à jour — vous pouvez compter sur moi ».

Cette rencontre survient un mois avant que les Israéliens ne se rendent aux urnes. Avigdor Liberman, l’un des plus grands rivaux de Netanyahu, a fait campagne en promettant qu’il garantirait le versement des retraites des russophones ayant immigré en Israël.

Zelensky a accueilli Netanyahu en hébreu, « Bruchim habaim leUkraina« , et l’a décrit comme « l’un des hommes politiques contemporains les plus marquants ». Il a également remercié Israël « pour son soutien continu à l’intégrité territoriale de l’Ukraine et pour sa position ferme concernant le conflit au Donbass et l’annexion de la Crimée ».

Israël était pourtant resté neutre au sujet du conflit russo-ukrainien, refusant de condamner explicitement l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014. À l’époque, le ministère israélien des Affaires étrangères avait publié un communiqué inefficace faisant part de son souhait que le problème soit « traité par des moyens diplomatiques et résolu de façon pacifique ».

Zelensky a également fait savoir que lui et Netanyahu avaient discuté de questions de sécurité. « Notre pays a quelque chose à apprendre d’Israël, notamment dans les domaines de la sécurité et de la défense, et nous le ferons de toute évidence », a-t-il ainsi déclaré.

Netanyahu est le premier dirigeant étranger à se rendre à Kiev depuis l’élection en avril de Zelensky, un ancien acteur sans expérience politique. Leur conférence de presse conjointe organisée au palais Mariyinsky la résidence officielle du président, a été couverte par plus de 130 journalistes locaux.

Cette visite de deux jours en Ukraine est la première réalisée par un Premier ministre israélien depuis que Benjamin Netanyahu s’y était rendu lors de son premier mandat en mars 1999.

Le ministre de la Protection de l’environnement Zeev Elkin, né dans la ville ukrainienne de Kharkiv, et la vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely sont également du voyage.

« Nos deux pays sont jeunes, mais nos peuples sont anciens », a déclaré Netanyahu, notant que la communauté juive locale s’est formée il y a 1 300 ans. « Nous avons connu des périodes glorieuses dans nos relations, mais nous avons également vécu des périodes de tragédie inimaginable », a-t-il noté, ajoutant que des centaines de milliers de Juifs avaient été assassinés sur le sol ukrainien « par les nazis et leurs collaborateurs ».

En janvier, les deux pays ont signé un accord de libre-échange.

« Israël reste l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Ukraine au Moyen-Orient », a indiqué Zelensky. « Nos échanges commerciaux ont dépassé le milliard d’euros. Ce montant va croître de façon considérable en raison de la signature d’un accord de libre-échange entre l’Ukraine et Israël, qui sera, je l’espère, bientôt ratifié par Israël ».

Netanyahu a assuré que la Knesset s’exprimera dessus après les élections du mois prochain.

Plus tôt lundi, Netanyahu a déposé une gerbe de fleurs sur la tombe du Soldat inconnu dans le parc de la Gloire éternelle de Kiev. Il a également déposé un panier d’épis de blé au monument consacré aux victimes de l’Holodomor, une famine intentionnelle ayant tué des millions d’Ukrainiens et d’autres.

En 1932 et 1933, l’Union soviétique a affamé des millions de gens jusqu’à leur mort, ce que plus d’une dizaine de pays (mais pas Israël) ont officiellement reconnu comme un génocide. La notion historique de génocide ici fait débat au sein des spécialistes : les opposants clament que l’objectif de cette famine n’était pas de faire disparaître le peuple ukrainien per se.

Lors de la conférence de presse, Zelensky a demandé à Israël de reconnaître officiellement l’Holodomor comme un génocide.

« Honorant la mémoire des victimes de la Shoah, au cours de laquelle plus de deux millions de Juifs ukrainiens ont péri, l’Ukraine appelle Israël à également reconnaître l’Holodomor comme un acte génocidaire contre le peuple ukrainien », a-t-il ainsi demandé.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dépose un panier d’épis de blé au monument dédié aux victimes de l’Holodomor, une famine créée intentionnellement ayant provoqué la mort de millions d’Ukrainiens et d’autres, Kiev, le 19 août 2019. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)ahren

Plus tard lundi, Netanyahu devait visiter un mémorial à Babi Yar, où plus de 30 000 Juifs ont été assassinés en deux jours durant la Shoah. Zelensky devait l’y accompagner, une première pour un chef de l’État ukrainien.

Deux monuments se trouvent à Babi Yar, l’un traditionnellement visité par les dignitaires étrangers qui rend hommage à toutes les victimes du nazisme ici, et un autre, doté d’une ménorah géante, érigé spécifiquement en l’honneur des plus de 33 000 Juifs fusillés par les nazis et leurs collaborateurs locaux les 29 et 30 septembre 1941, l’exécution la plus mortelle de la Shoah.

Mardi, le chef du gouvernement israélien doit rencontrer son homologue Volodymyr Groysman, également juif. L’Ukraine est actuellement le seul pays en dehors d’Israël à compter un président et un Premier ministre juifs.

Lors des dernières élections, Groysman n’avait pas réussi à franchir le seuil d’éligibilité avec son parti, il doit ainsi bientôt être remplacé.

Groysman et Netanyahu participeront également à un événement destiné au monde des affaires organisé par le Premier ministre israélien dans son hôtel de Kiev. Il a également prévu de recevoir des responsables des communautés juives locales pour une brève rencontre, avant de reprendre l’avion pour Israël mardi après-midi.

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