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À la découverte des trésors de l’histoire juive de San Francisco

Aaron Hahn Tapper, co-fondateur de l'exposition numérique, note que l'un des objectifs est de souligner le rôle central joué par les Juifs dans ce qu'est aujourd'hui la Bay area

Un groupe de hippies juifs à la Maison de l'Amour et de la prière de San Francisco, aux alentours de 1969. (Crédit/Marvin Kussoy, Courtesy Yehudit and Reuven Goldfarb/ via JTA)
Un groupe de hippies juifs à la Maison de l'Amour et de la prière de San Francisco, aux alentours de 1969. (Crédit/Marvin Kussoy, Courtesy Yehudit and Reuven Goldfarb/ via JTA)

J. The Jewish News of Northern California via JTA — C’était en 1968. Des jeunes venus de tout le pays avaient afflué à San Francisco pour y découvrir des moyens de s’exprimer, faisant des efforts – parfois héroïques, parfois tragiques – pour se libérer des obligations de la société américaine.

Au même moment, un groupe de Juifs s’était rassemblé dans la ville pour créer quelque chose de nouveau.

« Après avoir douloureusement réalisé que les responsables juifs – et en particulier à San Francisco – ne s’intéressent qu’aux conférences sur la terrible génération perdue, mais qu’ils ne désirent aucunement lui tendre la main, nous avons ouvert, seuls, une maison d’amour et de prière à San Francisco. »

Ces mots prononcés par le rabbin Shlomo Carlebach figurent sur une brochure écrite à la main datant de 1968. Ce n’est pas le seul artéfact dans un trésor de documents et de photos présentés dans le cadre d’une nouvelle exposition en ligne de l’université de San Francisco, et intitulée « Cartographie du San Francisco juif ». Une grande partie de ces documents historiques sont à découvrir pour la toute première fois.

« Nous voulons vraiment que les gens ressentent ce qu’il y avait d’unique dans la vie juive qui animait la région de la Baie », explique Oren Kroll-Zeldin, principal conservateur dans ce projet et directeur-adjoint du programme Swig d’études juives et de justice sociale au sein de l’université.

Ce projet de San Francisco a été inspiré par un autre, « Cartographie du Los Angeles juif », une initiative prise par l’UCLA qui, depuis plus d’une décennie, a aidé à donner vie aux histoires des quartiers juifs de la ville sous le format des multimédias.

« Je me suis dit : ‘Oh mon Dieu, mais nous devons absolument faire la même chose pour San Francisco !’, » raconte Kroll-Zeldin.

Il a ensuite présenté l’idée à Aaron Hahn Tapper, directeur du programme Swig d’études juives à l’université de San Francisco.

« Il a été immédiatement enthousiasmé et il soutenu le projet », indique Kroll-Zeldin.

Il a fallu beaucoup de travail et mettre en œuvre le projet a été un peu plus difficile que prévu, notamment pour s’assurer que les éléments multimédias présents sur le site fonctionnaient de manière parfaite.

La première partie d’une brochure faisant la publicité de la Maison de l’Amour et de la Prière, en 1986. (Crédit : Photo/Mapping Jewish San Francisco/ via JTA)

Et aujourd’hui, le site a lancé deux expositions inaugurales, avec l’immersion profonde de Kroll-Zeldin dans la synagogue de Carlebach et dans sa communauté connue sous le nom de Maison de l’Amour et de la Prière, et avec une présentation très détaillée de la communauté juive karaïte dans la Bay Area et au-delà.

« A travers cette exposition, nous voulons que les visiteurs comprennent mieux comment a pu se former la communauté juive de la région de la Baie de San Francisco qui existe aujourd’hui et qu’ils comprennent aussi le rôle que les Juifs ont tenu dans la création de cette ville américaine majeure », a indiqué dans un courriel Hahn Tapper.

Kroll-Zeldin note qu’un élément essentiel dans cette initiative a été l’accès qui lui a été donné à des archives personnelles, à des histoires, à des photos et à des anecdotes de la part de personnes ayant vécu les événements abordés par l’exposition, évoquant des « archives uniques en leur genre ».

« Cela n’a été possible que grâce à la volonté des gens de raconter l’histoire qui était la leur », note-t-il.

Il y a aussi des vidéos, avec notamment une série d’histoires racontées par des locaux ayant fait l’expérience de la vie communautaire, et des enregistrements audios des enseignements de Carlebach et de sa musique. L’exposition s’intéresse à l’influence énorme du rabbin, mais elle évoque aussi les controverses qui l’avaient éclaboussé, avec notamment des plaintes pour attentat à la pudeur qui avaient été déposées par de nombreuses femmes.

La deuxième exposition, placée sous la direction de Hahn Tapper, souligne l’histoire des Juifs karaïtes, une petite communauté vibrante de Juifs qui se disent les héritiers d’une branche peu connue du Judaïsme.

Cette scission d’avec le courant dominant du Judaïsme avait eu lieu entre le 8e et le 10e siècle. Si les Juifs karaïtes suivent la Torah, ils ne suivent pas les interprétations rabbiniques de la Mishrah et du Talmud. Les Juifs karaïtes ont de nombreuses coutumes et prières qui distinguent clairement leur pratique religieuse.

C’est une coutume chez les Juifs karaïtes de prier à genoux sur le sol, comme cela apparaît ici dans le sanctuaire de la congrégation Bnai Israel à Daly City. (Autorisation : Kararite Jews of America/ via JTA)

Le groupe le plus important de Juifs karaïtes avait vécu en Égypte jusque dans les années 1950 – quand les tensions, les violences et la guerre avaient entraîné de nombreux départs. Certains s’étaient installés en Israël et d’autres dans la région de San Francisco, où ils ont reconstruit une petite communauté active et très soudée.

Il ne reste que 50 000 Juifs karaïtes dans le monde, dont un millier dans la Baie de San Francisco, lieu d’implantation de l’unique synagogue karaïte de l’hémisphère occidental.

« Il s’agit d’une sous-communauté juive très importante », explique Hahn Tapper.

« En ma qualité de chercheur en études religieuses spécialisé dans les identités sociales contemporaines, je suis stupéfait par la façon dont cette communauté juive s’est réinstallée ici, dans la baie. »

Hahn Tapper explique avoir parcouru énormément de documents et visionné des centaines d’heures d’interviews vidéo pour créer l’exposition en ligne intitulée « Out of Egypt ». Il assure que les vidéos sont inestimables parce que de nombreux Karaïtes qui avaient émigré aux États-Unis sont morts ces dernières années.

« Grâce à cette exposition, nous avons pu documenter leur existence et celle des Juifs d’Égypte, qui n’existent plus », ajoute-t-il.

« Ces témoignages permettent d’imaginer ce qu’étaient les fêtes juives au Caire, parfois célébrées avec les voisins musulmans. » Kroll-Zeldin précise qu’il faut parfois deux ans de travail pour préparer une exposition, en collaboration avec des universitaires, des étudiants et des dirigeants communautaires. Les chercheurs collectent et numérisent le matériel, puis font le travail de recherche, de rédaction et de bibliographie.

Le prochain projet est dirigé par le rabbin Camille Angel, rabbin en résidence de l’USF, qui travaille avec ses étudiants au recueil de témoignages sur la vie juive des personnes LGBTQ à San Francisco. Leur travail permettra de raconter cet autre chapitre de l’histoire juive de la région de la baie, forme de récit au cœur de l’histoire telle qu’elle se fait.

« Les gens aiment les histoires », confie Kroll-Zeldin.

« Les histoires relient les gens. Et il y a tellement d’histoires intéressantes à raconter. »

Une version de cette pièce, publiée par J. The Jewish News of Northern California, a été reproduite avec sa permission.

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