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Carnet du journaliste

À la synagogue de Kiev, les fidèles se moquent des discussions sur la guerre

Pour les Juifs du quartier, rien n'indique que l’Ukraine soit au bord du conflit, mais ils se disent prêts à toute éventualité

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Yaakov, un habitant juif de Kiev, après la prière du soir à la synagogue Brodsky, le 15 février 2022 (Lazar Berman/Times of Israel)
Yaakov, un habitant juif de Kiev, après la prière du soir à la synagogue Brodsky, le 15 février 2022 (Lazar Berman/Times of Israel)

KIEV – Alors qu’une intense activité diplomatique continue de se déployer en Europe pour éviter la guerre et que le ministère ukrainien de la Défense a fait l’objet d’une cyberattaque, les Juifs de la vénérable synagogue Brodsky de Kiev semblaient, en date de mardi, peu affectés.

« Jusqu’à aujourd’hui, il n’y a rien », a déclaré Yaakov, un homme d’affaires d’origine roumaine âgé de 60 ans, en anglais. « Nous ne savons rien, pas davantage en bien qu’en mal. »

« C’est une journée comme les autres, sans rien de particulier. Vous pouvez faire ce que vous voulez en Ukraine. »

La synagogue, qui abrite aujourd’hui une congrégation et un restaurant Habad, a été construite en 1898 par le magnat du sucre Lazar Brodsky. Après avoir été fermée par les Soviétiques, gravement endommagée par les nazis et utilisée comme théâtre, elle est revenu à sa vocation première en 2000.

Malgré les mises en garde des dirigeants occidentaux contre un possible conflit, la conversation avant la prière du soir s’est déroulée à peu près comme dans toutes les synagogues du monde entier.

La synagogue Brodsky de Kiev, le 15 février 2022 (Lazar Berman/Times of Israel)

Les fidèles se sont mutuellement invités à se diriger vers la bimah pour diriger l’office, chacun refusant poliment mais fermement jusqu’à ce qu’un jeune homme Habad, portant un chapeau noir et une chemise blanche dépassant de son pantalon, se lasse d’attendre et entame les prières. Ensuite, les fidèles se sont groupés autour du journaliste.

« Jusqu’à aujourd’hui, il n’y a rien », dit un jeune homme nommé Lazar, avant de reposer son livre de prières et de disparaitre dans cette nuit d’hiver.

« Tu es venu à cause de la guerre ? » m’a demandé un autre en hébreu. Mais il n’y a pas de guerre ! »

« Écoutez, je pense qu’entre ce que vous lisez en Angleterre à propos de ce qui se passe en Ukraine et ce qu’il y a ici, c’est le jour et la nuit », a déclaré Yaakov.

Les hommes ont tous convenu qu’ils n’avaient absolument pas l’intention de quitter la ville.

« Si quelque chose se produit – Dieu nous en préserve -, nous pourrons toujours aller à Lvov », a déclaré Yaakov, passant à l’hébreu. « Mais pour l’instant, nous ne sentons rien. On parle beaucoup. Mais à notre connaissance, les Ukrainiens ne sont pas rappelés dans les casernes. »

Un des membres de la communauté fait partie des forces armées ukrainiennes, ont-ils indiqué.

« Mais il ne vient pas prier tous les jours », a ajouté l’un d’eux.

Des Juifs prient dans la synagogue Brodsky de Kiev, le 15 février 2022 (Lazar Berman/Times of Israel)

Yaakov, qui a fait son alyah quand il était jeune homme et a travaillé pour la société pharmaceutique Teva, a déclaré que ses années en Israël lui avaient donné une idée de ce qu’est un conflit imminent.

« En Israël, quand – Dieu nous en préserve -, on est sur le point d’être en guerre, tout le monde s’agite. On voit des soldats, des chars. Ici, il n’y a rien.»

Mais si les Russes finissaient par envahir l’Ukraine, les fidèles ont insisté sur le fait qu’ils étaient prêts à se battre.

« Si Poutine vient », dit Yaakov en désignant un jeune homme attendant près de la porte, « nous avons un chohet » (un spécialiste de l’abattage rituel).

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