À Londres, Iraniens et Juifs célèbrent ensemble la mort de Khamenei
Après avoir été soutenus par leurs voisins persans le 7-Octobre, les Juifs londoniens leur rendent la pareille en se joignant samedi soir à la foule en liesse célébrant la perspective d'un changement de régime

Samedi soir, des voitures drapées des drapeaux de l’ancienne monarchie iranienne ont parcouru les rues du nord de Londres, diffusant de la musique entraînante et klaxonnant, peu après l’annonce de la mort du guide suprême de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, éliminé plus tôt dans la journée par une frappe aérienne israélienne, alors que les médias iraniens n’avaient pas encore confirmé le décès de ce dictateur qui a dirigé le pays d’une main de fer pendant 36 ans.
Les piétons qui les accompagnaient chantaient et applaudissaient. Ils arboraient non seulement les couleurs de l’Iran, mais aussi celles d’Israël et des États-Unis.
Khamenei a dirigé une répression sanglante des manifestations anti-régime en janvier, au cours de laquelle des milliers d’Iraniens ont été tués par les forces de sécurité. Les citoyens, tant dans le pays qu’à l’étranger, ont accueilli avec joie la nouvelle de son élimination, survenue alors que les États-Unis et Israël bombardaient lourdement des cibles militaires et du régime.
Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont tous deux exhorté les Iraniens à descendre dans la rue pour achever le renversement du régime, une fois l’opération aérienne terminée.
Au même moment, les quartiers de Londres où vivent des communautés juives et iraniennes, comme Finchley et Golders Green, ont été le théâtre de grandes célébrations, avec des feux d’artifice et des membres de la communauté juive orthodoxe qui chantaient en persan et en hébreu avec leurs voisins iraniens.
« Nous venions de terminer notre dîner à Londres lorsque nous avons appris que la mort de Khamenei avait été confirmée », a raconté Meïr Porat, un chef de chantier de 55 ans, au Times of Israel.
« En quelques minutes, la nouvelle s’est répandue que des célébrations spontanées avaient lieu dans le nord de Londres. Je savais que ce n’était pas le moment de rester à l’écart. »
« Depuis le 7-Octobre, de nombreux Iraniens en exil se sont joints à nous lors de manifestations à travers Londres », a souligné Porat, faisant référence au pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
« Hier soir, nous avons senti qu’il était temps de nous tenir à leurs côtés à un moment qui pourrait être décisif pour leur pays. »
Porat a expliqué qu’il avait été très émouvant pour lui de voir des Iraniens arborer l’étoile bleue et blanche de David, symbole d’Israël, aux côtés de leurs propres drapeaux.
« Des inconnus venaient vers nous simplement pour nous dire : ‘Merci d’être là’ ou encore ‘Nous apprécions votre soutien’. Beaucoup avaient les larmes aux yeux, mélange de chagrin, de soulagement et d’espoir. Et pendant tout ce temps, la foule continuait à scander ‘Am Yisrael Chaï’, Iraniens et Israéliens ensemble », a-t-il déclaré, faisant référence à l’expression biblique qui signifie « le peuple d’Israël vit ».
E. Ghorbani, qui a demandé à ce que son nom complet ne soit pas divulgué, a déclaré que lui et de nombreux autres Iraniens se réunissaient chaque semaine dans le centre-ville de Londres depuis des mois « pour soutenir l’opposition iranienne contre ce gouvernement brutal ».
L’objectif, a-t-il expliqué, était d’exiger du gouvernement britannique qu’il ajoute le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien, à sa liste des organisations terroristes interdites.
« Le rassemblement d’hier a coïncidé avec l’élimination de Khamenei », a déclaré Ghorbani.
« Nous avons une longue histoire avec le peuple juif », a-t-il ajouté.
« Surtout en ce moment, alors que les gouvernements israélien et américain sont sur la même longueur d’onde que le peuple iranien [dans sa volonté] de se débarrasser de ce régime. »
« Mis à part les fausses informations diffusées par la BBC, la plupart des Iraniens se réjouissent de la mort de Khamenei », a-t-il noté.
Ghorbani a déclaré au Times of Israel que lui-même et plusieurs membres de sa famille avaient été emprisonnés en Iran, et que l’un d’entre eux avait même été tué par le régime, sans toutefois fournir plus de détails.
« J’ai toujours fait de mon mieux pour soutenir le bon groupe d’opposition. Je pense qu’il n’y en a qu’un seul actuellement, et c’est le prince Reza Pahlavi », a-t-il expliqué, faisant référence au fils aîné du shah déchu Mohammad Reza Pahlavi, qui vit aujourd’hui en exil aux États-Unis.
Me Rafael Singer, un avocat de 45 ans, a déclaré être venu soutenir les Iraniens, après avoir assisté à un rassemblement iranien à Londres il y a plusieurs semaines.
« Nous avons remarqué la présence d’Iraniens lors de rassemblements contre l’antisémitisme. Alors, quand ils ont organisé leur propre rassemblement, ma famille s’est jointe à eux », a-t-il précisé.
Singer a expliqué que sa famille vivait à proximité d’une importante communauté iranienne et qu’il était donc sorti samedi soir pour voir ce qui se passait. Selon lui, il y avait une cinquantaine de personnes lorsqu’il est arrivé dans le quartier iranien, mais la foule « a rapidement grossi ».
« Il y avait beaucoup de voitures qui klaxonnaient avec des drapeaux. Un couple m’a demandé en persan de les prendre en photo. J’ai répondu que je ne comprenais pas et que j’étais juif. L’homme m’a alors serré dans ses bras », a-t-il raconté, ajoutant qu’environ un millier de personnes étaient rassemblées au moment où il est parti.
Sara Okrent, une conseillère en génétique de 51 ans qui était également présente à la célébration, a indiqué que sa famille vivait à Finchley et qu’au cours des deux dernières années, elle avait pu constater à quel point la communauté iranienne locale était amicale et solidaire envers Israël et le peuple juif.
Elle a expliqué que sa famille s’était jointe aux festivités, brandissant des drapeaux d’Israël, après qu’un camarade de classe iranien de son fils lui en avait parlé.
« Nous avons rejoint la fête et avons reçu sans cesse des embrassades et des remerciements pour ce que fait Israël. Les gens nous ont offert des gâteaux et des bonbons et nous ont dit à quel point ils aiment Israël et le peuple juif », a ajouté Okrent.
« Un homme m’a dit qu’il savait que les Israéliens se trouvaient dans leurs abris antiatomiques et m’a exprimé sa solidarité et son inquiétude. Je lui ai répondu que cela devait être encore plus effrayant pour sa famille en Iran, qui n’a pas d’abri antiatomique où se réfugier », a-t-elle rapporté.
Selon Okrent, il régnait dans les rues un sentiment « d’espoir et de solidarité », qu’elle a qualifié de soulagement après deux années d’angoisse et de dépression pour les Juifs de Londres à la suite du 7-Octobre.
« Les Israéliens devraient savoir à quel point la solidarité est forte entre les diasporas iranienne et juive », a-t-elle déclaré.
« Nous les avons accueillis avec ‘Javid Shah’ [Longue vie au shah], et parfois ils nous ont répondu avec ‘Am Yisrael Chaï’.
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