Israël en guerre - Jour 193

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À l’Opéra d’Israël, une scène transformée en lac magique pour « Rusalka »

Se laisser "happer par un conte de fées" est une bonne chose en temps de guerre, dit le chef d'orchestre Dan Ettinger en évoquant la manière dont il est allé de l'avant dans ses représentations post-7 octobre

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

  • "Rusalka", à découvrir à l'Opéra d'Israël depuis le 4 mars 2024. (Autorisation : Yosi Zveker)
    "Rusalka", à découvrir à l'Opéra d'Israël depuis le 4 mars 2024. (Autorisation : Yosi Zveker)
  • "Rusalka", à découvrir à l'Opéra d'Israël depuis le 4 mars 2024. (Autorisation : Yosi Zveker)
    "Rusalka", à découvrir à l'Opéra d'Israël depuis le 4 mars 2024. (Autorisation : Yosi Zveker)
  • "Rusalka", à découvrir à l'Opéra d'Israël depuis le 4 mars 2024. (Autorisation : Yosi Zveker)
    "Rusalka", à découvrir à l'Opéra d'Israël depuis le 4 mars 2024. (Autorisation : Yosi Zveker)

Il a fallu un certain temps avant que l’Opéra d’Israël n’accueille un nouveau spectacle après le 7 octobre, date funeste de l’attaque meurtrière lancée par le Hamas dans le sud d’Israël.

Mais ce moment est enfin arrivé avec « Rusalka », qui raconte l’histoire d’amour entre une ondine et les conséquences de sa passion pour son prince de forme humaine. Cette œuvre du compositeur Antonín Dvořák est présentée au public israélien à l’occasion de dix représentations – la première a eu lieu le 4 mars.

« Avec Rusalka, on est happé de manière agréable dans un conte de fées », déclare le chef d’orchestre Dan Ettinger au Times of Israel.

C’est un opéra qui attire le public – peut-être parce que ce dernier est curieux de découvrir une scène qui a été transformée en lac, où les danseurs de la troupe Vertigo, vêtus de costumes diaphanes et de longues perruques blanchies passent une grande partie de la représentation.

Le public peut y trouver aussi un autre intérêt : celui né du désir d’échapper, pendant quelques heures, à la guerre en cours et à la crise des otages.

Le spectacle a nécessité énormément de travail technique, explique Ettinger, en référence à la performance réalisée par le scénographe Stefano Poda. L’eau du lac, sur scène, doit rester chaude, et cela a un impact sur la température enregistrée dans la fosse d’orchestre adjacente ou dans la salle.

« C’est une sacrée scène », s’exclame Ettinger, qui ajoute que « c’est toujours comme ça avec Stefano ».

Une décision devait être prise concernant cette scène massive au mois de novembre, quelques semaines seulement après l’attaque meurtrière commise par les terroristes du Hamas, le 7 octobre – les hommes armés avaient tué 1200 personnes dans le sud d’Israël et ils avaient enlevé 253 personnes, prises en otage dans la bande de Gaza.

« Pour que les représentations puissent avoir lieu maintenant, il fallait que la scène quitte l’Europe à temps », note Ettinger.

Le directeur musical de l’Opéra d’Israël Dan Ettinger qui passe la moitié de l’année en Israël pour diriger l’orchestre. (Autorisation)

Ettinger, né en Israël, est le directeur musical de l’Opéra israélien et de l’Orchestre symphonique israélien de Rishon Lezion, l’orchestre maison de l’Opéra. Il est également le directeur musical de l’Orchestre philarmonique de Stuttgart – il vit en Allemagne pendant la plus grande partie de l’année.

Il devait être en Israël cet automne pour des représentations de « Othello », qui ont été reportées au mois de janvier prochain. A la place, l’orchestre et l’Opéra ont donné sept concerts, jouant le Requiem de Verdi.

« C’était l’œuvre parfaite à proposer en remplacement », estime Ettinger. « C’est une œuvre monumentale pour un chœur monumental, ce qui nous a permis de faire travailler les choristes qui ont pu ainsi conserver leur emploi – et c’était quelque chose qui était d’une extrême importance pour moi dans la mesure où les œuvres lyriques sont notre ADN ».

Le succès a été phénoménal – ce que l’administration de l’Opéra n’avait pas tenu pour acquis. « La salle était bondée, les gens pleuraient parce que l’œuvre est bouleversante, elle vous entraîne dans des montagnes russes émotionnelles », indique Ettinger.

Depuis le 7 octobre, c’est une grande émotion qui s’affiche également à l’extérieur des portes de l’Opéra de Tel Aviv. Il faut dire que le musée d’art de Tel Aviv se trouve à côté ainsi que la dite « Place des otages » où se réunissent, chaque samedi soir, des milliers de personnes qui se mobilisent en faveur de la libération des captifs et où des événements sont quotidiennement organisés.

Les chanteurs et les musiciens de l’Opéra sont parfaitement conscients de ce qui se passe hors de leurs murs, affirme Ettinger, qui ajoute que « ironie de l’histoire, nous vivons actuellement l’un de nos meilleurs moments du point de vue de l’orchestre. Je craignais que la concentration ne soit difficile mais les gens ne se laissent pas ennuyer par des choses sans importance ».

Idem pour Ettinger. « Je représente une nation qui gère la situation en agissant », déclare-t-il. « Tout le monde fait ce qu’il peut ».

Ettinger dit ne pas avoir subi d’antisémitisme et ne pas avoir été victime de sentiment anti-israélien, même s’il dit songer parfois à changer son nom sur l’interphone de son appartement en Allemagne, chez lui.

Et s’il n’a eu que du soutien de la part de ses collègues du monde entier, depuis le 7 octobre, Ettinger indique qu’à chaque fois qu’il dirige un concert à Londres ou à Paris, il craint que quelqu’un ne s’en prenne à lui. Il montre l’arrière de sa tête, qui fait face au public lorsqu’il se trouve à son pupitre de chef d’orchestre.

« J’ai eu peur à toutes les représentations que j’ai pu donner au cours des vingt dernières années », déclare Ettinger.

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