À Washington, Netanyahu marque des points, mais son succès pourrait être éphémère
Le Premier ministre ressort rayonnant de sa rencontre avec Donald Trump, pose aux côtés d'évangéliques et s'en prend à Zohran Mamdani ; mais les élections américaines menacent déjà de rebattre les cartes
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JTA – Un Premier ministre Benjamin Netanyahu ressourcé est rentré jeudi en Israël après une visite à Washington au cours de laquelle il a coché toutes les cases de sa liste de priorités diplomatiques.
Une photo tout sourire aux côtés du président américain Donald Trump ? C’est fait.
L’Iran toujours au premier rang des priorités ? C’est fait.
Un rapprochement avec le vice-président américain JD Vance et une passe d’armes avec le maire de New York, Zohran Mamdani ? C’est fait et c’est fait.
Des rencontres avec des sénateurs influents et des Américains pro-Israël de tous horizons ? C’est fait, c’est fait et c’est fait !
Mais s’il avait regardé de plus près son stylo, Netanyahu aurait constaté qu’il n’y avait presque plus d’encre. Et que chacune des victoires de communication engrangées au cours de sa visite aux États-Unis cette semaine était assortie d’une date d’expiration imminente.
Alors que sa campagne pour sa réélection au scrutin du 27 octobre s’annonce difficile, Netanyahu doit convaincre les électeurs israéliens que son supposé superpouvoir, à savoir, sa capacité à rallier les Américains à la cause d’Israël, est toujours intact, alors que ses adversaires soutiennent que ce pouvoir a disparu.
« Netanyahu espère et compte sur Trump pour transformer Washington en quartier général de sa campagne de réélection pour les trois prochains mois », explique Aaron David Miller, vétéran des négociations au Moyen-Orient, ayant servi sous des administrations républicaines comme démocrates, et aujourd’hui chercheur senior à la Fondation Carnegie pour la paix internationale (CEIP).
Le Premier ministre semblait sincèrement ravi mardi à l’issue de sa rencontre avec le président américain à la Maison Blanche. Contrairement à ce que certaines informations avaient laissé entendre avant l’entretien, Netanyahu a indiqué qu’il ne cherchait pas à entraîner les États-Unis dans une guerre à grande échelle. Il souhaitait plutôt s’entendre avec Trump sur la marche à suivre en cas d’échec des négociations visant à mettre fin au conflit.
Lors d’un entretien accordé à ABC News, il a affirmé être en parfait accord avec Trump sur les trois options qui s’offraient à eux : « Premièrement, parvenir à conclure un accord ; deuxièmement, maintenir le blocus ; troisièmement, mener une action militaire », a énuméré Netanyahu. « Tout ce qui permettra de mettre fin au programme nucléaire iranien correspond à ce que nous souhaitons. C’est notre objectif commun. Nous en avons discuté. »
Le problème pour Netanyahu est que l’accord recherché par Trump est loin de satisfaire Israël. Le mémorandum d’entente conclu par Vance en juin, quelques semaines seulement avant la reprise de la guerre, accorde à l’Iran un droit de regard sur le contrôle du détroit d’Ormuz, voie maritime par laquelle transite un cinquième du pétrole mondial, et lui donne même la possibilité d’en tirer profit. Un tel accord conférerait à la République islamique une influence dont elle n’avait jamais bénéficié auparavant.
En privé, des responsables israéliens ont confié qu’ils ne s’attendaient pas à ce que cet accord aboutisse et que Trump finirait par se tourner vers les deuxième et troisième options, celles privilégiées par Israël. Mais à l’approche d’élections de mi-mandat cruciales, la popularité de Trump s’effrite. L’inflation reste élevée et, alors même que l’Iran s’en prend à des navires dans le détroit d’Ormuz ainsi qu’aux alliés des États-Unis dans la région, il continue de miser sur un accord.
« Les négociations se déroulent dans un climat très amical », a-t-il déclaré lundi, jour de l’arrivée de Netanyahu.
« Je pense qu’il y a de bonnes chances que quelque chose se passe. »
Mais la diplomatie n’était pas la seule préoccupation lors de cette visite. La politique intérieure a poursuivi le Premier ministre israélien à Washington.
Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, était également présent. Tous deux étaient officiellement présents pour assister aux funérailles du sénateur républicain de Caroline du Sud, Lindsey Graham, un fervent défenseur d’Israël qui avait soutenu la guerre contre l’Iran. Lors d’une intervention devant l’Atlantic Council, Lapid a critiqué la diplomatie publique de Netanyahu, affirmant que ses attaques contre les démocrates critiques à l’égard d’Israël ne faisaient qu’isoler davantage le pays.
Les communiqués de presse du bureau de Netanyahu ont cherché à renforcer son statut de « porte-parole en chef » : il a rencontré d’éminents sénateurs ; il a rencontré des membres du gouvernement ; il a surtout rencontré Trump.
Ces communiqués sapent toutefois toute prétention que Netanyahu pourrait avoir quant à la notoriété dont il jouissait autrefois aux yeux des Américains.
Le seul sénateur démocrate qu’il a rencontré était John Fetterman, de Pennsylvanie, dont le soutien sans faille à Israël fait de lui une exception au sein de son parti, comme il l’a souligné à plusieurs reprises dans la conversation publiée par le bureau de Netanyahu.
« En tant que politicien démocrate, je trouve décevant de voir comment notre parti continue de se comporter », a déclaré Fetterman.
Lapid, en revanche, a posé pour une photo avec des sénateurs démocrates, dont certains ont récemment critiqué Israël avec virulence, comme Tim Kaine, sénateur de Virginie.
« Boycotter ceux qui s’opposent à vous n’est pas la solution », a écrit Lapid sur le réseau social X.
« Il faut rétablir les relations avec les deux partis. Ce n’est pas toujours facile, mais c’est ce qu’il faut faire. Pas en se plaignant ni en recourant à des boycotts. »
L’incapacité de Netanyahu à dialoguer avec la gauche américaine est également apparue clairement dans une vidéo de sa rencontre avec des évangéliques.
« Je vous suis très reconnaissant pour votre soutien indéfectible et la constance de votre amitié. Maintenant, il est temps de se battre, de se battre, de se battre », a-t-il déclaré, reprenant les mots de Trump qui avait échappé à une tentative d’assassinat en 2024.
Mike Evans, un auteur qui fait figure d’exception parmi les évangéliques en raison de la virulence avec laquelle il défend des positions d’extrême-droite, a alors utilisé un langage apocalyptique pour s’en prendre à la gauche.
« Nous luttons en ce moment même contre le côté obscur, le côté obscur de la gauche et de l’athéisme, mais par la grâce de Dieu, nous allons remporter cette bataille », a-t-il déclaré.
Netanyahu s’en est également pris à Mamdani, qui avait réclamé son arrestation, en comparant sa gestion de la ville à celle de l’époque nazie lors d’une interview accordée à Fox News.
Linsey Davis, la journaliste d’ABC qui l’a interviewé, l’a interrogé sur la chute vertigineuse de la popularité d’Israël. Le Premier ministre a imputé cette situation à l’essor des réseaux sociaux, ajoutant que cela l’inquiétait, sans toutefois expliquer comment il comptait contrer ce qu’il a qualifié de menace de propagande contre les intérêts américains et israéliens.
« Je pense qu’il y a eu un changement dû à la prolifération des réseaux sociaux, ainsi qu’au fait que des États souverains ont manipulé des fermes de bots et d’autres moyens. On peut constater un lien direct entre la prolifération des réseaux sociaux et la baisse du soutien à Israël », a-t-il déclaré.
« Est-ce que cela m’inquiète ? Oui, tout à fait. Et je souhaite un soutien bipartisan en faveur d’Israël, car je pense que c’est le fondement de notre sécurité nationale. »
Netanyahu pourrait mettre en avant ce qui semble être un succès en matière de diplomatie publique : il a rencontré Vance, l’un des favoris pour l’investiture présidentielle du parti républicain en 2028, qui incarne l’avant-garde d’une frange du parti de plus en plus désabusée vis-à-vis d’Israël.
Un responsable américain a déclaré à Axios que la rencontre avait été « cordiale et productive », ce qui, en langage diplomatique, signifie qu’elle n’avait pas été chaleureuse.
Quant à la multitude de photos de presse diffusées par le bureau du Premier ministre à l’issue de ce déplacement, aucune ne montrait l’entretien en tête-à-tête avec Vance.
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