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Abbas : Les discussions avec Israël « ne remplacent pas » le processus de paix

Lors d'une réunion rare des dirigeants de l'OLP, le chef de l'Autorité palestinienne a noté que les entretiens avec l'État juif "servent nos intérêts" et promis des "réformes"

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d'une rare réunion du Comité exécutif de l'OLP (Organisation de libération de la Palestine), le 6 février 2022. (Crédit :  WAFA)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d'une rare réunion du Comité exécutif de l'OLP (Organisation de libération de la Palestine), le 6 février 2022. (Crédit : WAFA)

Le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas a déclaré lors d’une rare rencontre entre dirigeants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dimanche soir, que les récents entretiens entre hauts responsables israéliens et palestiniens servaient les intérêts des Palestiniens, mais qu’ils ne sauraient en aucun cas remplacer le processus de paix.

« Ils ne seront jamais une alternative à nos demandes d’une solution politique, conformément au droit international, et de la fin de l’occupation », a dit Abbas. « Nous maintenons des contacts avec les ministres et les officiels israéliens… pour résoudre des problèmes et ce dans l’intérêt même de notre population ».

Il y a eu une série de rencontres entre des ministres israéliens et des dirigeants de l’AP depuis la prise de pouvoir du nouveau gouvernement israélien, l’année dernière – le ministre de la Défense, Benny Gantz, a notamment accueilli Abbas à son domicile, une initiative qui avait suscité des critiques en Israël. C’était la première fois que le dirigeant palestinien parlait avec un haut responsable israélien au sein de l’État juif depuis 2010.

Israël a fait savoir que ces rencontres s’étaient intéressées à la coordination sécuritaire et aux initiatives prises pour améliorer la situation économique des Palestiniens. De leur côté, ces derniers ont aussi insisté sur le fait que ces réunions avaient aussi porté sur la nécessité de « créer un horizon politique ».

Le gouvernement israélien, une coalition fragile composée de partis de droite, du centre, de gauche et d’une faction islamiste, a indiqué qu’il n’entreprendrait pas de processus de paix aussi longtemps qu’il resterait au pouvoir.

Le processus de paix est largement moribond depuis plus d’une décennie.

Abbas a tenu ces propos lors d’une rencontre du conseil central de l’OLP, qui s’est réuni pour effectuer des nominations à des postes à responsabilité, actuellement vacants, au sein de l’organisation pan-palestinienne. Mais la plus grande partie de l’échiquier politique palestinien n’était pas représentée et certaines factions importantes avaient annoncé leur intention de boycotter l’événement.

La fonction la plus déterminante à attribuer est un siège au comité exécutif de l’OLP – l’instance décisionnaire suprême du groupe – une fonction qui était occupée par feu le négociateur de l’OLP Saeb Erekat. Admiré ou honni par ses homologues israéliens, Erekat a succombé à une forme grave de la COVID-19 à la fin de l’année 2020.

De hauts responsables palestiniens lors d’une rare conférence des dirigeants de l’Organisation de libération de la Palestine, le 6 février 2022. (Crédit : WAFA)

Le discours d’Abbas, contrairement au reste de la session d’ouverture de la conférence, n’a pas été diffusé en direct sur la chaîne officielle de l’AP. Après environ quarante minutes où les responsables ont fait des discours préliminaires, la diffusion s’est interrompue avant la prise de parole de l’octogénaire.

Selon une retranscription de son allocution, Abbas a promis qu’il prendrait au sérieux les appels en faveur de réformes au sein de l’AP. Les critiques accusent Ramallah d’un autoritarisme et d’une corruption croissants.

« Nous voulons souligner que nous accordons une grande importance au processus de réforme et que nous le prenons très au sérieux », a dit Abbas.

Le secrétaire d’État américain Anthony Blinken a également évoqué « la nécessité de mener des réformes » dans l’AP, la semaine dernière, lors d’un entretien téléphonique avec Abbas – une information rendue publique par Ned Price, porte-parole du département d’État des États-Unis.

Mais malgré cette promesse de réforme, les analystes considèrent, pour leur part, que cette conférence a été, en fin de compte, une tentative visant à accorder plus de pouvoir aux proches du président vieillissant. Au moins deux officiels palestiniens du cercle d’Abbas devraient obtenir d’importantes fonctions au sein de l’OLP.

Le ministre des Affaires civiles Hussein Al-Sheikh, l’un des conseillers de confiance d’Abbas, devrait occuper le siège laissé vacant par Erekat au Comité exécutif de l’OLP. Rawhi Fattouh, un autre politicien proche d’Abbas, prendra probablement la tête du Conseil national palestinien qui est une autre branche de l’OLP.

« Ce n’est pas comme si le comité avait été réuni pour débattre d’une vision palestinienne. Il s’agit ici avant tout de nominations qui empestent le népotisme et la corruption », explique Michael Milstein, ancien responsable israélien qui a occupé des fonctions élevées dans l’establishment sécuritaire.

L’OLP a été le porte-drapeau du combat pour un État palestinien depuis des décennies. Mais l’organisation a été marginalisée depuis l’établissement, dans les années 1990, de l’AP qui administre les villes et les villages majeurs de la Cisjordanie.

Les groupes terroristes du Hamas et du Jihad islamique, qui ne sont pas membres de l’OLP, ont condamné la conférence d’Abbas. Deux importantes factions de gauche de l’OLP, le Front populaire de libération de la Palestine, une organisation terroriste, et l’Initiative nationale ont pour leur part boycotté la réunion.

Hanan Ashrawi, ancienne haute responsable de l’OLP dont le poste devrait être pourvu pendant la conférence, avait annoncé samedi qu’elle aussi bouderait la rencontre. Ashrawi avait démissionné l’année dernière et elle est devenue une critique de l’AP.

« Cette réunion ne fera qu’approfondir les divisions et maintenir la stagnation », avait écrit Ashrawi samedi.

Hanan Ashrawi, membre du Comité exécutif de l’OLP, lors d’une conférence de presse le 24 février 2015 à Ramallah. (WAFA)

Deux politiciens arabes israéliens bien connus se sont rendus à cette conférence dans la journée de dimanche : Le chef de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, et l’ancien leader du parti Hadash, Mohammad Barakeh.

Les critiques accusent l’AP de faire preuve d’un autoritarisme croissant. Le mandat d’Abbas s’était achevé en 2009 mais il a depuis continué à gouverner grâce à des décrets présidentiels.

Il n’y a pas eu d’élections nationales palestiniennes depuis plus de quinze ans. Abbas avait annulé des élections législatives au mois d’avril dernier, attribuant la responsabilité de cette annulation à Israël. Des sondages, néanmoins, indiquent qu’il aurait probablement essuyé une défaite humiliante face à ses rivaux dans son propre parti du Fatah et face au Hamas si le scrutin avait dû avoir lieu comme prévu.

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