Affaire Tekah : Erdan critique le département des enquêtes internes de la police
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Affaire Tekah : Erdan critique le département des enquêtes internes de la police

Le ministre de la Sécurité intérieure a évoqué le manque de confiance des Israélo-éthiopiens dans l'organe qui a libéré le policier accusé d'avoir tué le jeune de 19 ans à Haïfa

Le ministre de la Sécurité publique, Gilad Erdan, s'exprime lors d'une conférence de presse à Tel Aviv, le 13 septembre 2018. (Roy Alima/Flash90)
Le ministre de la Sécurité publique, Gilad Erdan, s'exprime lors d'une conférence de presse à Tel Aviv, le 13 septembre 2018. (Roy Alima/Flash90)

Le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan a appelé jeudi à réformer l’organe chargé d’enquêter sur la violence policière en Israël, invoquant le « manque de confiance » de la part des Israéliens d’origine éthiopienne dans son fonctionnement.

Depuis lundi, le pays est paralysé par des manifestations, qui dénoncent une discrimination systématique contre la minorité éthiopienne, après qu’un policier, qui n’était pas en service, a abattu Solomon Tekah, 19 ans, à Haïfa dimanche.

Selon la police, plus de 110 policiers ont été blessés par des jets de pierres et de bouteilles et 136 manifestants ont été arrêtés.

Trois adolescents ont été arrêtés mercredi à Rishon Lezion, parce qu’ils étaient en possession de cocktails Molotov. Un stock de bombes artisanales a également été découvert. Jeudi, deux jeunes garçons de 17 ans ont été arrêtés après avoir lancé des cocktails Molotov sur un poste de police à Beer Yaakov, sans faire de blessés.

Le département des enquêtes internes de la police (PIID) fait partie du ministère de la Justice et est chargé d’enquêter sur les policiers accusés de violence ou toute autre malversation.

Solomon Tekah, un Israélien d’origine éthiopienne abattu par un policier qui n’était pas en service, à Kiryat Haim, le 30 juin 2019. (Autorisationà

Le mouvement de contestation a été déclenché par la décision de libérer le policier qui a abattu Tekah et de l’assigner à résidence peu après l’ouverture de l’enquête. Cette décision a été perçue par la communauté israélo-éthiopienne comme une façon de minimiser la gravité des faits, et montrait aux autres policiers un exemple d’exonération après l’usage abusif de la force contre des membres de leur communauté.

« Il doit y avoir un examen pour savoir comme changer le modèle du PIID », a déclaré Erdan à la radio militaire jeudi. Il a ajouté qu’il avait déjà formulé cette idée durant une commission ministérielle cette semaine supervisée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu et lors de ses entretiens avec les chefs de la communauté éthiopienne.

« Il y a un manque de confiance total dans les enquête du PIID. Je crois les membres de la communauté [israélo-éthiopienne] quand ils disent qu’il y a des erreurs et des manquements dans l’attitude des policiers… et que certaines enquêtes ne sont pas étudiées suffisamment en profondeur, ou ne sont pas efficaces », a déclaré Erdan.

Une voiture de police en feu pendant une manifestation après la mort de Solomon Tekah, un Israélien d’origine éthiopienne abattu par un policier, à Tel Aviv, le 2 juillet 2019. (Crédit : Jack Guez/AFP)

« C’est impossible que tout ceux qui nous ont parlé ces dernières semaines fabulent », a-t-il ajouté. « Cela impose une inspection du gouvernement sur l’efficacité du PIID et sur la confiance du public dans les enquêtes ».

Il est notamment reproché au PIID de ne pas avoir assez d’effectifs pour vérifier toutes les plaintes portées contre les officiers, a expliqué Erdan.  Il est également reproché qu’au fil des ans, il est composé principalement d’agents de police, qui pouvait librement quitter le service pour retourner dans les rangs de la police.

Il a reconnu le sentiment de discrimination éprouvé par les Israéliens issus de la communauté éthiopienne, et a admis que le racisme contre eux existe dans la société israélienne et qu’il ne devait être ni ignoré ni dissimulé.

Cependant, tout au long de l’interview, Erdan a défendu la police, accusée de ne pas correctement gérer les manifestations, de n’avoir pas rouvert les routes même après plusieurs heures et de ne pas en avoir suffisamment endigué la violence. Il a déclaré que des mesures plus fermes contre les manifestants n’auraient fait qu’attiser les accusations de violence policière.

Il a également vanté les mérites de récentes réformes visant à minimiser le mauvais usage de la force par les policiers, en les obligeant à porter des caméras sur eux.

Les Israéliens d’origine éthiopienne et leurs soutiens manifestent après la mort de Solomon Tekah, 19 ans, abattu par un policier hors service à Kiryat Haim à Tel Aviv, le 2 juillet 2019 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Erdan a ajouté que les manifestations avaient perdu toute légitimité et perdu la confiance du public une fois que la violence s’y était installée.

« Quand vous lancez des cocktails Molotov, quand vous brûlez des voitures et des postes de police, quand vous lancez des grosses pierres sur des agents de police et des forces de l’ordre, vous perdez toute légitimité, parce que c’est de l’anarchie. »

Erdan a déclaré que son ministère et la police ont tenté d’apaiser les tensions en dialoguant avec les chefs de la communauté, mais que ces efforts se sont révélés vains parce que les manifestations n’étaient pas orchestrées par des décideurs, mais plutôt par des « appels sur les réseaux sociaux, parfois des [appels] à la provocation ».

Il a souligné que la portée de ces manifestations ont donné lieu au plus haut niveau de violence en Israël depuis de nombreuses années.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré mercredi devant un panel créé en 2015 chargé de gérer les plaintes de la communauté éthiopienne que la mort de Tekah était une tragédie, mais que les manifestations violentes ne seraient pas tolérées.

« Nous ne pouvons pas accepter que des routes soient violemment bloquées. Nous ne pouvons pas accepter des bombes et des attaques contre les policiers. C’est inconcevable et la police est déployée pour empêcher cela », a-t-il dit dans un communiqué.

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