Amman : l’annexion de la vallée du Jourdain mettrait l’accord de paix « en jeu »
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Amman : l’annexion de la vallée du Jourdain mettrait l’accord de paix « en jeu »

Le président du Parlement jordanien a déclaré que les "propos racistes" de Netanyahu imposent une "nouvelle voie" dans ses relations avec Israël

Le président du Parlement jordanien, Atef al-Tarawneh. (YouTubeà
Le président du Parlement jordanien, Atef al-Tarawneh. (YouTubeà

Réactions indignées et inquiètes se sont succédé mercredi dans les capitales de pays arabes et musulmans, au lendemain de la promesse électorale faite par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d’annexer partiellement la Cisjordanie en cas de réélection.

En pleine campagne électorale, M. Netanyahu a promis, s’il était réélu, d’annexer à l’Etat d’Israël « la vallée du Jourdain et la partie nord de la mer Morte ». La vallée du Jourdain représente environ 30 % de la Cisjordanie.

Réalisée, cette promesse « entraînera toute la région dans la violence », a déclaré le chef de la diplomatie jordanienne, Aymane Safadi.

Gardienne des lieux saints musulmans à Jérusalem-Est, la Jordanie est le seul pays arabe avec l’Egypte à avoir conclu un traité de paix avec l’Etat hébreu, en 1994.

Preuve du courroux suscité par l’annonce du Premier ministre israélien, le président du Parlement jordanien, Atef al-Tarawneh, a affirmé mercredi que cet accord de paix bilatéral était désormais « en jeu ».

« La Chambre des représentants rejette toutes les déclarations racistes provenant de la direction de l’occupant, confirmant que la relation avec l’occupant impose une nouvelle voie qui mettrait en jeu le traité de paix », a déclaré Atef Tawarneh, selon l’agence de presse Petra.

Il a accusé Israël d’avoir « studieusement enfreint tous les traités internationaux et les résolutions » des Nations unies.

Le régime syrien, qui lui est techniquement toujours en guerre avec l’Etat hébreu, a accusé Israël d’ « expansionnisme ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu scrutant le pont Allenby qui permet de franchir le Jourdain, séparant la Cisjordanie et le royaume Hachémite (Crédit : Kobi Gideon/Flash 90)

L’annonce de M. Netanyahu « constitue un développement dangereux et une nouvelle agression israélienne qui déclare son intention de violer le droit international », ont réagi les chefs de la diplomatie des Etats membres de la Ligue arabe.

Dans leur communiqué, ils ont aussi assuré que l’annexion promise « minerait les chances de progrès dans le processus de paix » israélo-palestinien.

Peu après l’annonce, une haute responsable palestinienne, Hanan Ashrawi, avait également assuré à l’AFP que le projet du candidat Netanyahu ruinerait « toute chance de paix », n’hésitant pas à parler de « nettoyage ethnique ».

« Dangereuse escalade »

Au Liban, le mouvement terroriste chiite du Hezbollah a jugé que l’annonce de M. Netanyahu visait à « judaïser la vallée du Jourdain et de vastes régions de la Cisjordanie ».

Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Abdellatif al-Zayani, a qualifié la promesse du Premier ministre israélien de « provocation dangereuse et agressive ».

A Ryad, la promesse de M. Netanyahu a été qualifiée de « dangereuse escalade ».

L’Arabie saoudite a demandé une « réunion d’urgence » des ministres des Affaires étrangères des 57 membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), prévue dimanche.

Le royaume saoudien, proche allié des Etats-Unis, a également appelé la communauté internationale à « condamner et rejeter la déclaration (de Benjamin Netanyahu) et à considérer toute action résultant de cette promesse comme nulle ».

Aux Emirats arabes unis, le chef de la diplomatie Abdallah ben Zayed Al-Nahyane a aussi dénoncé « une escalade dangereuse qui viole toutes les conventions et résolutions internationales ».

Ailleurs dans le Golfe, le Bahreïn a parlé d’une « atteinte flagrante et inacceptable aux droits du peuple palestinien qui reflète une détermination à ne pas parvenir à une paix juste et globale ».

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres prend la parole lors d’une conférence de presse à Addis-Abeba le 28 janvier 2018. (AFP/ SIMON MAINA)

Une annexion partielle de la Cisjordanie serait « une violation grave du droit international », a affirmé mercredi le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

Une telle évolution serait « dévastatrice pour la possibilité de relancer les négociations et la paix régionale, tout en minant sévèrement la viabilité de la solution à deux Etats » pour laquelle l’ONU reste engagée, a-t-il ajouté.

L’Union européenne a réagi en affirmant, par la voix de son porte-parole, que le plan d’annexion de M. Netanyahu compromettait les perspectives de paix.

De son côté, Paris a appelé « à s’abstenir de toute mesure susceptible de porter atteinte à la solution des deux Etats, seule à même de satisfaire les aspirations légitimes des Israéliens et des Palestiniens ».

Moscou a estimé que l’annonce de M. Netanyahu pourrait provoquer « une forte hausse des tensions dans la région (et) nuire aux espoirs d’une paix attendue de longue date entre Israël et ses voisins arabes ».

La Turquie a jugé pour sa part « raciste » la promesse de M. Netanyahu. Ankara défendra « jusqu’au bout » les droits et les intérêts des Palestiniens, a affirmé le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu.

L’annonce du Premier ministre israélien intervient à une semaine de législatives qui s’annoncent âprement disputées.

M. Netanyahu, qui fait campagne à droite et courtise l’électorat israélien favorable à l’annexion de la Cisjordanie, est actuellement au coude-à-coude avec son plus proche rival, l’ancien chef de l’armée Benny Gantz, à la tête du parti centriste Kakhol lavan

A ce jour, plus de 600 000 Israéliens coexistent auprès de trois millions de Palestiniens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

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