Ankara exaspérée par la présence de diplomates européens au procès de journalistes d’opposition
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Ankara exaspérée par la présence de diplomates européens au procès de journalistes d’opposition

Des représentants de plusieurs pays de l'UE, dont la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne, ont assisté à la première audience du procès des journalistes

Le président turc Recep Tayyip Erdogan en avril 2015 (Crédit :  AFP PHOTO / DANIEL MIHAILESCU)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan en avril 2015 (Crédit : AFP PHOTO / DANIEL MIHAILESCU)

Le pouvoir turc, ulcéré par la présence de diplomates européens au procès pour espionnage de deux journalistes d’opposition, a creusé lundi le fossé avec plusieurs alliés occidentaux en les accusant d' »interférence » dans ce dossier-test pour la liberté d’expression en Turquie.

Selon une source diplomatique turque, Ankara a protesté lundi auprès de plusieurs pays après les commentaires affichés sur les réseaux sociaux de diplomates présents vendredi à Istanbul au procès du rédacteur en chef du quotidien Cumhuriyet, Can Dündar, et de son chef de bureau à Ankara, Erdem Gül.

Ces farouches opposants au régime islamo-conservateur turc ont déjà passé trois mois en détention préventive et risquent désormais la prison à vie.

« Le malaise ressenti a été transmis aux missions des pays concernés dont des représentants diplomatiques et consulaires » ont « procédé à des partages sur les réseaux sociaux d’une manière jugée contraire au principe d’impartialité » et de nature à « interférer dans un processus judiciaire » en cours, a précisé cette source.

Et le ministre de la Justice Bekir Bozdag a également jugé « inacceptable » le comportement des diplomates, selon les médias turcs.

Des représentants de plusieurs pays de l’Union européenne, dont la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, ont assisté à la première audience du procès des journalistes.

Et le consul britannique, Leigh Turner, a mis en ligne plusieurs photos sur Twitter, montrant les diplomates étrangers au tribunal ou affichant un selfie avec Can Dundär, tout sourire. Ses tweets étaient ponctués du mot-dièse #libertéd’expression.

Menaces voilées

Le président Recep Tayyip Erdogan, qui a déjà eu des mots très durs samedi à l’encontre des diplomates –« Vous êtes qui? Ici ce n’est pas votre pays, ici c’est la Turquie » — a lancé une nouvelle salve lundi, s’en prenant notamment au consul britannique sans le nommer.

« Le chef consul d’un pays se déplace au procès d’un journaliste accusé d’espionnage », a-t-il déclaré à Istanbul devant des officiers de l’armée. « Et comme si cela ne suffisait pas, il se prend en photo à côté de lui et la met en ligne ».

Le consul, qui a reçu de nombreux commentaires positifs comme critiques sur son compte Twitter, avait répliqué en ligne: « C’est aux Turcs de décider dans quel pays ils veulent vivre ».

Ce qui a également insupporté le président Erdogan qui accuse le Britannique, encore une fois sans citer son nom, d’utiliser « des expressions qui dépassent les bornes », dans son discours rapporté par l’agence de presse Anatolie.

« Si cette personne est encore en mesure de travailler dans notre pays c’est grâce à notre hospitalité », a-t-il martelé. « Ailleurs, ce genre d’activités ne serait pas tolérées et ces diplomates ne continueraient pas à être accueillis, pas un seul jour ».

Samedi, il avait déjà estimé que les diplomates pouvaient agir dans le cadre de leurs consulats mais qu' »ailleurs, cela nécessite une permission ».

Très critiques du pouvoir turc, Can Dündar et Erdem Gül sont jugés pour avoir accusé le gouvernement de livraisons d’armes par des camions des services de renseignement turcs (MIT) à des rebelles islamistes en Syrie en janvier 2014.

Leur enquête, agrémentée de photos et d’une vidéo, avait provoqué la fureur du président Erdogan, qui avait promis de les faire « payer le prix fort » et de ne pas les « lâcher comme ça ».

Vendredi, le tribunal pénal d’Istanbul a accepté les constitutions de partie civile de M. Erdogan et du MIT. Il a décidé aussi, conformément aux requêtes du procureur, de poursuivre ses débats à huis clos pour des raisons de « sécurité nationale », suscitant la colère du public venu soutenir les deux accusés.

Les accusations contre les journalistes, par la justice et le régime turc, ont suscité un tollé dans l’opposition turque, les ONG de défense des libertés et de nombreuses capitales étrangères, qui dénoncent depuis des années la dérive autoritaire de M. Erdogan, au pouvoir depuis 2002.

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