Antisémitisme : « Les choses peuvent changer rapidement », dit Joan Ryan à l’AIPAC
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Antisémitisme : « Les choses peuvent changer rapidement », dit Joan Ryan à l’AIPAC

L'ex-députée du parti du Labour a vivement recommandé que le groupe de pression interpelle les politiciens "qui mettent en doute le droit à l'existence d'Israël"

La députée britannique Joan Ryan lors de la conférence politique de l'AIPAC, le 24 mars 2019 (Capture d'écran : AIPAC)
La députée britannique Joan Ryan lors de la conférence politique de l'AIPAC, le 24 mars 2019 (Capture d'écran : AIPAC)

WASHINGTON – Une députée britannique qui a récemment quitté le parti Travailliste britannique suite à la crise de l’antisémitisme a averti les participants à la conférence politique annuelle du groupe de lobby pro-israélien de l’AIPAC à Washington, dimanche soir, que son ancienne formation avait changé jusqu’à ne plus être reconnaissable en seulement trois ans et que « les choses peuvent évoluer aussi » vers le pire ailleurs.

Joan Ryan, la cheffe non-juive du groupe des Amis d’Israël au sein du Labour, a pris la parole peu de temps après que le directeur-général de l’AIPAC, Howard Kohr, a souligné que son organisation subissait des attaques pour la mission qui se trouve au cœur de son action – le soutien à une relation américano-israélienne forte – venant notamment, a précisé Kohr, de critiques qui disent « vous ne pouvez pas être à la fois un bon Américain et un partisan d’Israël ».

Ryan, dont le discours a été ponctué par les applaudissements chaleureux des 18 000 participants à la conférence, a expliqué avoir été membre du parti Travailliste pendant 40 ans mais que la formation « s’est transformée… prise d’assaut par l’extrême-gauche » et qu’elle se trouve dorénavant « gangrénée par l’antisémitisme ».

Sous la direction de Jeremy Corbyn, « qui déclare avec fierté que le Hamas et le Hezbollah sont ses amis », le Labour tente « maintenant de diaboliser et de délégitimer Israël », a-t-elle accusé.

Le chef du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, lors de la conférence annuelle de son parti à Liverpool, le 26 septembre 2018 (Crédit : AFP PHOTO / Oli SCARFF)

Elle a indiqué qu’elle n’aurait « jamais cru il y a seulement trois ans » que le parti Travailliste britannique – qui, a-t-elle noté, avait soutenu l’établissement d’Israël avant même la déclaration Balfour, en 1917 – tomberait « si bas, si vite ».

Ryan a noté qu’elle et plusieurs de ses collègues s’étaient dorénavant « éloignés du parti du Labour » et qu’ils avaient créé une nouvelle faction, ajoutant qu’elle était venue aux Etats-Unis pour rappeler au public présent dans la salle que « les choses peuvent évoluer rapidement ».

Elle a vivement recommandé à l’assistance de condamner l’antisémitisme et l’antisionisme « sans ambiguïté » partout où ils se trouvent. Et dans une référence apparente aux critiques de l’AIPAC – tels que la nouvelle membre du congrès Ilhan Omar – Ryan a déclaré : « Nous devons toujours interpeller nos politiciens, quelle que soit la sphère à laquelle ils appartiennent, quand ils mettent en doute le droit à l’existence d’Israël et qu’ils empruntent d’infâmes tropes antisémites sur la loyauté des Juifs britanniques ou américains envers leur pays ».

« Rester fidèles à nos convictions n’est pas toujours populaire, mais c’est toujours juste », a-t-elle ajouté sous les applaudissements, précisant qu’elle avait essuyé « un torrent de violences » lors de son départ du Labour. « Ces menaces n’ont fait que renforcer ma détermination », a-t-elle affirmé, et elles ne l’empêcheront pas de « défendre les Juifs britanniques contre l’extrême-gauche et l’extrême-droite » et de « défendre Israël ».

« Je n’oublie jamais qu’Israël n’est pas seulement un Etat juif mais aussi un Etat démocratique dans un voisinage où les démocraties sont rares » et « un pays où les chrétiens, les musulmans et les Juifs ont la liberté de pratiquer leur religion », a-t-elle continué.

Ryan a conclu son allocution en disant : « Soyons solidaires – fiers les uns des autres et fiers d’Israël dans les batailles qui sont devant nous ».

Ryan a quitté le Labour le mois dernier pour rejoindre le Groupe Indépendant (TIG), clamant que l’antisémitisme n’avait jamais été un problème dans la formation jusqu’à ce que Corbyn prenne sa tête.

Les anciens membres du parti appartenant dorénavant au Groupe Indépendant des députés (de gauche à droite, premier rang) : Gavin Shuker, Joan Ryan, Mike Gapes et Angela Smith lors d’une conférence de presse à Londres, le 20 février (Crédit : Niklas HALLE’N / AFP)

Neuf parlementaires ont quitté les rangs du Labour ces dernières semaines, un grand nombre suite à la crise de l’antisémitisme au sein du parti.

Après avoir abandonné les Travaillistes pour rejoindre le groupe TIG, Ryan avait reçu des lettres de menaces de mort et de viol. L’auteur de l’un de ces courriers – dans lequel il faisait part de son soutien à Corbyn – aurait écrit que Ryan méritait d’être « jetée dans les fours ».

Le Labour est assailli par les accusations d’antisémitisme en son sein depuis que Corbyn a pris la tête du mouvement en 2015. Ce leader d’extrême-gauche lui-même a été accusé de haine anti-juive, des accusations qu’il a rejetées.

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