Rechercher

Antisémitisme : Macron appelle « les forces républicaines » à « redoubler de vigilance »

"Nous n'en avons pas fini avec l'antisémitisme," a averti le président français aux 80 ans de la Rafle du Vel d'Hiv

Emmanuel Macron a appelé dimanche « les forces républicaines » à « redoubler de vigilance » face à un antisémitisme « encore plus brûlant » et « rampant » qu’il y a 20 ans, dans un discours à Pithiviers (Loiret) commémorant le 80e anniversaire de la Rafle du Vel d’Hiv.

« Il y a huit décennies, la France de Vichy (qui collaborait avec l’occupant nazi, ndlr) trahissait ses enfants en livrant des milliers d’entre eux à leurs bourreaux. C’est le devoir de la France, pour être fidèle à elle-même, de le reconnaître et de ne rien céder à ce combat contemporain contre l’antisémitisme », a déclaré M. Macron, en se rendant sur un nouveau lieu de mémoire de la Shoah avec quatre ministres.

« Nous n’en avons pas fini avec l’antisémitisme. Et nous devons en faire le constat lucide. Cet antisémitisme est encore plus brûlant, rampant, qu’il ne l’était en 1995, dans notre pays, en Europe, et dans tant d’endroits du monde », a souligné M. Macron.

Dans cette gare où ont transité une partie des 13 000 Juifs arrêtés à Paris et en banlieue le 16 juillet 1942, M. Macron s’inscrit dans la droite ligne de celui prononcé, en 1995, par le président Jacques Chirac qui avait marqué les esprits en reconnaissant, le premier après cinquante ans de silence des autorités françaises, la pleine responsabilité de la France dans la Rafle du Vel d’Hiv, à laquelle aucun soldat allemand n’avait participé.

« Ces heures noires souillent à jamais notre histoire. La France ce jour-là accomplissait l’irréparable », avait déclaré M. Chirac.

En juillet 2012, le président François Hollande avait été plus loin : « Ce crime fut commis en France, par la France », avait-il dit.

Désormais, l’antisémitisme « peut prendre d’autres visages, se draper dans d’autres mots, d’autres caricatures », a déclaré M. Macron, qui a fait récemment l’objet d’une caricature antisémite à Avignon. « Mais l’odieux antisémitisme est là, il rôde, toujours vivace, persiste, s’obstine, revient », a-t-il poursuivi, évoquant tour à tour la « barbarie terroriste », les « assassinats et crimes », les résurgences sur « les réseaux sociaux » ou les « profanations de tombes ».

La fresque antisémite du graffeur « Lekto », en juin 2022. (Crédit : Capture d’écran Instagram Lekto)

« Il s’immisce dans les débats sur les plateaux de télévision. Il joue de la complaisance de certaines forces politiques. Il prospère aussi autour d’une nouvelle forme de révisionnisme historique, voire de négationnisme », a-t-il insisté, faisant allusion, sans le nommer, au candidat juif d’extrême droite à l’élection présidentielle Eric Zemmour qui avait notamment soutenu que le maréchal Pétain avait « sauvé » des juifs français durant la Seconde Guerre mondiale.

« Ni Pétain, ni Laval, ni Bousquet, ni Darquier de Pellepoix, aucun de ceux-là n’a voulu sauver des Juifs. C’est une falsification de l’histoire que de le dire », a répondu le chef de l’Etat, en estimant que « ceux qui s’adonnent à ces mensonges ont pour projet de détruire la République et l’unité de la Nation ».

« Regarder notre vérité en face, ce n’est pas affaiblir la France ni se repentir. C’est reconnaître tout pour ne pas le reproduire », a exhorté M. Macron.

Le chef de l’Etat a donc appelé « les forces républicaines de notre pays » à « redoubler de vigilance ».

« Car oui la mécanique de 1940 venait de loin et s’était nourrie de haine et d’antisémitisme devenus ordinaires », a-t-il mis en garde, appelant à « ne jamais rien céder, réprimer et punir, commémorer et instruire ».

« Nous n’extirperons jamais les racines de l’antisémitisme si nous ne faisons pas lever en même temps les ferments de l’éducation et du dialogue », a encore plaidé M. Macron, qui avait visité plus tôt les lieux, transformés en musée par le Mémorial de la Shoah.

« N’en déplaise à certains, cette gare témoigne de l’antisémitisme profond et inhumain de l’Etat français », qui « a mis à disposition des Allemands sa police, sa gendarmerie, ses trains… », avait souligné Eric de Rothschild, le président du Mémorial de la Shoah, responsable du site.

Macron s’exprimait devant un parterre de personnalités de la communauté juive et d’élus, notamment locaux, dont deux nouveaux députés Rassemblement National du Loiret. L’un d’entre eux, Thomas Ménagé, a estimé que « la question de la responsabilité en tant que tel de l’Etat » dans la rafle du Vel d’hiv n’était pas « remise en cause », même si Marine Le Pen avait tenu des propos inverses en 2017.

La députée LFI Mathilde Panot. (Crédit : capture d’écran YouTube / France Inter)

La journée a été marquée par une polémique autour d’un tweet de la cheffe de file des députés LFI Mathilde Panot, qui a appelé à « ne pas oublier les crimes » de la Rafle, « aujourd’hui plus que jamais, avec un président de la République qui rend honneur à Pétain et 89 députés RN ».

En 2018, M. Macron avait qualifié Pétain de « grand soldat » durant la Première Guerre mondiale, même s’il a ensuite « conduit des choix funestes ».

Comme Emmanuel Macron, plusieurs personnalités présentes à Pithiviers ont insisté sur l’importance d’enseigner cette période de l’Histoire « pour que les jeunes la connaissent et aient l’esprit critique », selon Serge Klarsfeld, le président de l’Association des fils et filles de déportés juifs.

Alors que le nombre de témoins de la Shoah encore vivants se réduit inexorablement, la priorité du musée de la gare de Pithiviers est d’accueillir les scolaires en leur montrant des films et des images, notamment de portraits des victimes.

Dans la matinée, la Première ministre Elisabeth Borne a assisté à la traditionnelle cérémonie sur le site de l’ancien Vélodrome d’Hiver, en présence notamment de la maire PS de Paris Anne Hidalgo.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...