La Haute Cour impose un vote sur la présidence de la Knesset d’ici mercredi
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La Haute Cour impose un vote sur la présidence de la Knesset d’ici mercredi

Kakhol lavan devrait renverser Yuli Edelstein du Likud et prendre le contrôle des commissions déterminantes ; les alliés de Netanyahu demandent à Edelstein de rejeter le jugement

Le dirigeant de Kakhol lavan, Benny Gantz (à gauche), avec le président de la Knesset, Yuli Edelstein, à la résidence du président Rivlin pour la réception de 40 dirigeants étrangers dans le cadre du Forum mondial de la Shoah, le 22 janvier 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le dirigeant de Kakhol lavan, Benny Gantz (à gauche), avec le président de la Knesset, Yuli Edelstein, à la résidence du président Rivlin pour la réception de 40 dirigeants étrangers dans le cadre du Forum mondial de la Shoah, le 22 janvier 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

La Haute Cour de justice a estimé, lundi, que le président de la Knesset Yuli Edelstein, issu du Likud, devait programmer un vote des parlementaires sur son remplacement d’ici mercredi – une victoire pour la formation Kakhol lavan.

Edelstein avait suscité une tempête de critiques, mercredi dernier, après avoir refusé à la plénière de se réunir pour voter l’établissement de la commission des Arrangements et pour élire le nouveau président de la Knesset.

Edelstein avait tout d’abord clamé que ce gel des activités était lié aux mesures de précaution mises en œuvre dans le cadre de la crise du coronavirus, expliquant ultérieurement qu’il avait pour objectif d’obliger Kakhol lavan à accepter un compromis dans les pourparlers visant la mise en place d’un gouvernement d’unité.

Les critiques avaient affirmé que ce positionnement s’apparentait à une fermeture illégale du Parlement par le Likud dans le but de peser davantage dans les négociations de coalition.

Le Likud devrait être battu lors du vote portant sur l’éventuel successeur d’Edelstein. C’est le député Meir Cohen de Kakhol lavan qui devrait probablement prendre sa place.

Le ministre du Tourisme Yariv Levin arrive à une réunion du Likud, le 28 mai 2019, à Jérusalem. (Yonatan Sindel/Flash90)

Au Likud, Yariv Levin, ministre du Tourisme proche de Netanyahu et qui joue également un rôle central dans les négociations de coalition, a condamné le jugement rendu par la Haute Cour, et vivement recommandé à Edelstein de mettre au défi l’ordre donné par les magistrats.

« La cour a officiellement pris le contrôle de la Knesset et à partir d’aujourd’hui, la Haute-cour a transformé le président du Parlement en tampon d’approbation, la Knesset et la plénière étant dorénavant gérés par les juges », a déclaré Levin. « Il n’y a rien de tel pourtant dans une démocratie. Et je recommande vivement au président de la Knesset de faire en sorte d’être le seul à déterminer quand la plénière se réunira et ce qui figurera à son ordre du jour ».

Le ministre de la Justice Amir Ohana à la Knesset, le 11 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Amir Ohana, ministre de la Justice lui aussi du Likud, a publié sur Twitter une photo du jugement rendu par la cour, qui disait également qu’Edelstein devait informer les juges sur sa décision – positive ou négative – d’organiser un vote pour désigner son successeur. Au-dessus de la photo, Ohana a écrit : « Si j’étais le président de la Knesset, je dirais non ».

A droite encore, le ministre des Transports Bezalel Smotrich a fustigé le jugement rendu par la Haute cour.

Smotrich, membre du parti national-religieux Yamina, a appelé Edelstein à ne pas accepter les « diktats » du tribunal, clamant que les magistrats contrevenaient au principe de la séparation des pouvoirs.

« L’impertinence et le mépris des juges de la Haute Cour pour la Knesset est quelque chose qui semble, dans la manière de faire, fonctionner comme le coronavirus – quand on ne les prend pas en charge au bon moment, ils se renforcent à une vitesse exponentielle », a écrit Smotrich depuis son domicile où il s’est mis en quarantaine.

Réagissant également à la décision de la Cour, l’ancienne ministre de la Justice Ayelet Shaked a commenté que « seule la Knesset est souveraine pour décider quand elle se réunit et quand elle vote, conformément à la loi ».

Et le vice-ministre de l’Éducation Meir Porush, du parti Yahadout HaTorah membre du bloc de Netanyahu, a accusé la Cour suprême de « chercher à former une dictature judiciaire en Israël » en disant au président de la Knesset comment diriger le Parlement.

Porush a exhorté Edelstein à ne pas coopérer avec « la cour qui nuit aux élus », lui demandant « [d’]empêcher l’intervention des juges, aussi importants soient-ils ».

En réponse à Levin, Kakhol lavan a déclaré que « la démocratie est la démocratie – ce n’est pas seulement le cas lorsque cela vous arrange, vous ou Netanyahu. Respectez la volonté de la majorité et cessez de nuire aux institutions de l’Etat ».

Mais, de manière surprenante, des membres du Likud ont pour leur part estimé que le vote visant à désigner un nouveau président devait avoir lieu et que le système judiciaire devait être respecté.

« Le président de la Knesset, Yuli Edelstein, peut – et doit – conserver son positionnement dans les procédures qui ont lieu actuellement devant la Haute Cour. Une chose est par ailleurs hors de question : les appels à ne pas respecter un futur jugement rendu par la justice », a écrit Gideon Saar, député du Likud, sur Twitter.

Le ministre de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, a indiqué que le tribunal avait fait une « bourde » et qu’un tel jugement n’était pas compréhensible, mais qu’il fallait toutefois qu’il soit respecté.

« Si la Haute Cour statue en faveur de l’obligation de la tenue d’un vote pour désigner un nouveau président à la tête de la Knesset au cours du processus de négociations portant sur l’unité, le jugement doit être respecté parce que, le cas échéant, nous nous condamnerons à l’anarchie », a-t-il écrit sur Twitter.

Nitzan Horowitz, numéro 3 de l’alliance Parti travailliste-Gesher-Meretz, a fustigé les appels à défier la Cour suprême comme constituant « une autre étape dans la tentative de coup d’Etat » menée par le gouvernement de transition. Il a demandé à Kakhol lavan de « renoncer immédiatement à entrer dans un gouvernement sous Netanyahu ».

Avec la proposition du départ d’Edelstein, Kakhol lavan – qui bénéficie du soutien de 61 députés à la Knesset, forte de 120 sièges – cherche à prendre le contrôle du Parlement, en partie pour superviser la gestion par le gouvernement de la pandémie de COVID-19. Le parti veut également faire avancer une législation qui empêcherait un législateur mis en examen d’avoir l’opportunité de former une coalition – ce qui disqualifierait Netanyahu dans les faits.

Cette lutte intervient alors que l’impasse politique qui bloque le pays depuis un an ne montre aucun signe de résolution suite à trois élections nationales consécutives.

Lors du scrutin du 2 mars, le Likud a gagné plus de sièges que Kakhol lavan mais c’est Gantz qui a bénéficié du soutien d’une majorité de parlementaires, lui donnant l’opportunité de tenter en premier de former un gouvernement.

Et pourtant, le leader centriste semble n’avoir aucune chance de mettre en place une coalition sans le Likud de Netanyahu en raison du refus de membres de son propre parti de soutenir un gouvernement minoritaire qui serait appuyé, depuis l’extérieur, par les partis arabes – la seule voie réaliste dont dispose l’ex-chef d’état-major pour former un gouvernement.

Des manifestants s’insurgent contre la décision du président de la Knesset, Yuli Edelstein, d’interdire les réunions du plénum de la Knesset, portant un panneau indiquant « Non à la dictature » devant la Knesset à Jérusalem, le 19 mars 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Dans l’intervalle, Netanyahu a appelé de ses vœux la mise en place d’un gouvernement d’unité d’urgence avec Gantz. Le chef de Kakhol lavan a reculé, la semaine dernière, face à sa demande de servir le premier au poste de Premier ministre sous les termes d’un tel accord.

Mais Netanyahu a averti Netanyahu qu’en remplaçant Edelstein – qui est à son poste depuis 2013 – les négociations portant sur un gouvernement d’unité seraient interrompues.

Lundi, le parti du Likud de Netanyahu a fait savoir que les 58 membres de son bloc de droite et religieux boycotteraient un vote, à la Knesset, consacré à la formation d’une commission parlementaire essentielle, accusant Kakhol lavan, le parti rival, de « conduite dictatoriale et destructrice ».

En plus de chercher à remplacer Edelstein, la formation de Gantz prévoit de mettre en place, lundi, la commission des Arrangements – au rôle déterminant – et de lancer les activités de la 23e Knesset malgré l’opposition féroce du gouvernement intérimaire actuel.

Un boycott du vote de la part du bloc de droite garantirait à Kakhol lavan le contrôle de la commission des Arrangements, qui détermine les commissions parlementaires qui seront formées et désigne leurs membres.

Kakhol lavan prévoit de voter la formation des commissions de la 23e Knesset, notamment la mise en place de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense, celle de la Commission des Finances et celle d’une commission particulière qui aura pour mission de superviser la gestion de la pandémie.

Le dirigeant de Kakhol lavan, Benny Gantz (à gauche), avec le président de la Knesset, Yuli Edelstein, à la résidence du président Rivlin pour la réception de 40 dirigeants étrangers dans le cadre du Forum mondial de la Shoah, le 22 janvier 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Kakhol lavan piétine la démocratie en utilisant une majorité obtenue à l’aide d’une seule personne et avec l’aide également de la Liste arabe unie, dont Heba Yazbak, soutien du terrorisme », a dit le Likud. « Dans toute l’histoire de l’Etat d’Israël… il n’y a jamais eu de situation dans laquelle la formation de la commission des Arrangements et des autres commissions a été amenée au vote sans accord », a-t-il ajouté.

Le chef du Likud à la Knesset, le député Miki Zohar, a indiqué qu’après la formation de la commission des Arrangements, les députés de droite feraient de l’obstruction systématique au cours des votes de suivi pour former des panels supplémentaires.

En raison des mesures de distanciation sociales, pas plus de dix personnes ne seront autorisées à entrer à l’intérieur de la plénière. Les intervenants se présenteront en avance et pénétreront dans la salle lorsque sera venu le moment de leur prise de parole. Les salles d’attente seront occupées par les personnes appelées à s’exprimer. Et les députés se trouvant hors de la plénière pourront assister au déroulement des rencontres qui sera retransmis sur un écran.

Alors que les commissions doivent être mises en place, la majorité d’entre elles seront scindées et réparties dans deux salles – et leurs membres communiqueront par le biais d’un système de vidéoconférence.

Les sept parlementaires actuellement en quarantaine auront l’occasion de voter – d’une manière encore indéterminée.

Dimanche, ce sont sept députés qui se trouvaient en quarantaine – le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, celui des Affaires régionales Tzachi Hanegbi, celui des Transports Bezalel Smotrich, les législateurs du Shas Moshe Abutbul et Yitzhak Cohen et d’autres issus de Kakhol lavan, Ram Ben-Barak et Alon Shuster — soit cinq de la coalition et deux de l’opposition.

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