Assad continue de bombarder la Ghouta orientale durant la « trêve »
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Assad continue de bombarder la Ghouta orientale durant la « trêve »

Plus de 790 civils, dont au moins 175 enfants, ont été tués ; L'Elysée a fermement demandé au Kremlin de "démontrer la pleine crédibilité de ses engagements"

Le président français Emmanuel Macron, à gauche, et son homologue russe Vladimir Poutine au château de Versailles, le 29 mai 2017 (Crédit : François Mori/Pool/AFP)
Le président français Emmanuel Macron, à gauche, et son homologue russe Vladimir Poutine au château de Versailles, le 29 mai 2017 (Crédit : François Mori/Pool/AFP)

Le régime syrien a poursuivi mardi ses frappes aériennes contre la partie rebelle de la Ghouta orientale, tuant neuf civils, et ses forces ont continué leur percée rapide dans la partie rurale de l’enclave assiégée.

Des bombardements intenses ont notamment eu lieu durant la période de trêve quotidienne, instaurée la semaine dernière par Moscou, grand allié de Damas, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH)

« La trêve de Poutine s’est achevée (mardi) car les bombardements n’ont pas cessé » dans la Ghouta orientale durant la période concernée (07H00- 12h00 GMT), a affirmé à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH.

La veille au soir, un convoi humanitaire entré dans l’enclave rebelle avait dû abréger sa mission de distribution d’aides en raison de bombardements dans le secteur de Douma, également visé mardi par des frappes.

Le régime syrien mène depuis le 18 février une offensive d’une rare intensité sur le fief rebelle dans la Ghouta orientale, où les bombardements ont tué plus de 790 civils, dont au moins 175 enfants, d’après l’OSDH.

Au moins 86 civils, selon l’OSDH, ont été tués lundi par ce pilonnage des forces prorégime, également lancée dans une offensive au sol pour reconquérir cette enclave où quelque 400 000 habitants vivent assiégées depuis 2013.

Le jeune Omar, âgé de dix ans, blessé lors d’une frappe aérienne qui a tué plusieurs membres de sa famille à Otaybah, chez eux, est soigné dans un hôpital de fortune situé dans l’enclave rebelle de Ghouta Est, en Syrie, le 25 février 2018. (AFP PHOTO / AMER ALMOHIBANY)

Selon un correspondant de l’AFP à Douma, certains civils profitent des rares périodes de calme pour déplacer certains biens de leurs maisons vers les caves où ils se sont installés. D’autres collectent des meubles endommagés pour les utiliser comme outils de chauffage ou supports de cuisine, ou alors les vendent.

Certains magasins restent ouverts, en particulier durant les cinq heures de « trêve » quotidienne, et écoulent leurs produits, notamment des légumes, désormais limités à quelques variétés telles que les oignons, le persil et les légumes verts.

Dans les hôpitaux de l’enclave rebelle, les mêmes scènes se répètent au quotidien depuis plus deux semaines : des blessés touchés par des bombardements, des enfants en pleurs couchés sur des lits, des parents serrant leur progéniture dans les bras pour les rassurer ou pleurant leurs enfants décédés.

Dans cette grande ville de la Ghouta orientale, les paysages de destruction dominent, selon un correspondant de l’AFP.

Les scènes de désolation -avec des bâtiments réduits en montagnes de décombres- se répètent également à Hammouriyé, cible de bombardements nocturnes intenses, d’après un autre correspondant de l’AFP.

Au gré des accalmies, quelques habitants terrés dans des sous-sols sont sortis en matinée de leurs abris pour inspecter les lieux et l’état de leurs habitations.

M. Abdel Rahmane a indiqué à l’AFP que les localités de Saqba et Hammouriyé étaient visées par « des raids et des barils d’explosifs » et que « dix raids » avaient touché celle de Jisrine, tuant « neuf civils et blessant une quarantaine ». Un enfant est mort, en parallèle, dans la petite localité de Hazeh.

Des Syriens passent devant des bâtiments détruits à Arbin dans l’enclave de Ghouta Est, tenue par les rebelles, le 25 février 2018. (AFP Photo/Abdulmonam Eassa)

« D’autres localités dont Douma » ont également été visées par des raids aériens, a-t-il ajouté.

Près de 800 civils tués

Emmanuel Macron a cherché lundi à accroître la pression sur le président russe Vladimir Poutine en l’appelant à « prendre des mesures réelles et concrètes » pour que le régime syrien, son allié, applique « sans ambiguïté » une trêve dans la Ghouta orientale.

Dans un communiqué au ton plus ferme qu’à l’accoutumée, l’Elysée a demandé au Kremlin de « démontrer la pleine crédibilité de ses engagements », à savoir sa signature de la résolution 2401 du Conseil de sécurité de l’ONU sur une trêve de 30 jours en Syrie.

Paris constate en effet que, plus d’une semaine après son adoption, « aucune évacuation des blessés et malades n’a été à ce stade autorisée par le régime » de Bachar al-Assad.

Il y a donc « la nécessité pour la Russie de prendre des mesures réelles et concrètes pour que le régime syrien, qui lui doit sa survie, accepte sans ambiguïté la mise en œuvre de la résolution (…) et cesse immédiatement les bombardements indiscriminés et le siège contre les civils », selon le texte.

Le président français s’est entretenu, pour la deuxième fois en une semaine, avec son homologue russe, après avoir téléphoné ces derniers jours aux autres « acteurs qui peuvent faire quelque chose sur le terrain », à savoir les présidents iranien, turc, américain et le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.

« Notre ligne, c’est de faire bouger ceux qui peuvent faire bouger Bachar al-Assad », explique l’Elysée. « Il faut mettre la pression maximum sur tous ceux qui ont une influence directe sur le régime », dont Moscou et Téhéran, et « nous n’allons pas relâcher cette pression », selon la présidence.

Dans un communiqué succinct, le Kremlin a souligné que MM. Poutine et Macron avaient discuté « des efforts internationaux visant à éliminer les foyers du terrorisme » en Syrie et « souligné l’importance de mettre en place progressivement les dispositions de la résolution 2401 ».

Le président syrien Bashar al-Assad, à gauche, le président russe Vladimir Poutine et le ministre russe de la Défense Sergei Choigou inspectent un défilé militaire lors de leur visite à la base aérienne russe de Hmeimim, dans la province de Lattaquié, le 11 décembre 2017. (Crédit : Mikhail Klimentyev / AFP)

Dimanche, M. Macron avait demandé au président iranien Hassan Rouhani d’exercer « les pressions nécessaires » sur Damas, un appel réitéré lundi à Téhéran par le chef de la diplomatie Jean-Yves Le Drian.

Paris a indiqué chercher à confirmer qu’un premier convoi d’aide était entré lundi dans l’enclave rebelle de la Ghouta orientale, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha). « Si cela était confirmé, ce serait un progrès », a réagi l’Elysée.

Même si les résultats sont « très insuffisants », Paris estime que les pressions diplomatiques peuvent se révéler payantes à terme, non seulement sur le plan humanitaire mais aussi politique.

« Il ne faut pas acheter les affirmations selon lesquelles le régime est en train de gagner », souligne l’Elysée, qui évoque par ailleurs « des indications » selon lesquelles les relations entre le régime et la Russie « ne sont pas fluides, voire sont tendues ».

Le pouvoir de Bachar al-Assad contrôle désormais un tiers de l’enclave rebelle de la Ghouta orientale, aux portes de Damas, plus de deux semaines après le lancement de son offensive, qui a tué 740 civils, d’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme. Au total, il a désormais repris plus de la moitié du territoire syrien et le contrôle des principales grandes villes.

‘Terres agricoles exposées’

Parallèlement à son offensive aérienne, le régime a intensifié ses opérations terrestres depuis une semaine, réalisant une percée dans l’enclave.

En quelques jours, les forces loyalistes ont repris environ 40 % de l’enclave rebelle, dans l’est et le sud-est du secteur, et ont pris pied au coeur du fief rebelle, à deux kilomètres à peine de Douma, selon l’OSDH.

Hassan Rouhani, le président iranien, devant le parlement, à Téhéran, le 5 août 2017. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

Les combats entre l’armée syrienne et les groupes rebelles se concentrent mardi sur les localités de Beit Sawa et Al-Achaari (centre), Aftariss (sud) et Al-Rihane (nord-est).

L’objectif de l’armée est de couper en deux le fief rebelle pour séparer le secteur nord, où se trouve Douma, du sud, d’après l’Observatoire.

Cette progression rapide serait liée à la nature agricole et la faible densité de population des zones reconquises, selon des observateurs.

Le groupe rebelle de Jaich al-Islam a reconnu il y a deux jours sur Twitter avoir retiré ses combattants de l’est de l’enclave, dominé par des « terres agricoles exposées et dépourvues de fortifications comme des immeubles ».

A Hammouriyé, 18 cas de suffocation ont été recensés lundi soir après un raid aérien sur la localité, a affirmé l’OSDH, qui n’a toutefois pas pu confirmer la source de ces malaises.

Des activistes opposés au régime syrien ont évoqué sur les réseaux sociaux le recours à des « gaz toxiques », ce que démentent Damas et Moscou.

Sur le plan diplomatique, des représentants de la Russie, de l’Iran et de la Turquie – un pays qui soutient la rébellion – doivent se rencontrer le 16 mars à Astana, a annoncé la diplomatie kazakhe.

Ces trois pays avaient convenu à l’été de l’instauration de quatre zones de « désescalade » en Syrie, dont une dans la Ghouta orientale, où des cessez-le-feu devaient être mis en place.

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