Attaque meurtrière iranienne contre un navire : Israël réfléchit à une riposte
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Attaque meurtrière iranienne contre un navire : Israël réfléchit à une riposte

Les responsables se sont réunis après la frappe au drone contre ce bateau exploité par un Israélien ; pour les médias iraniens, cela aurait été une riposte aux attaques en Syrie

Le pétrolier Mercer Street, battant pavillon libérien, au large de  Cape Town, en Afrique du sud, le 2 janvier 2016. (Crédit : Johan Victor via AP)
Le pétrolier Mercer Street, battant pavillon libérien, au large de Cape Town, en Afrique du sud, le 2 janvier 2016. (Crédit : Johan Victor via AP)

L’establishment israélien de la Défense s’est réuni, vendredi soir, pour évoquer ce qui est, selon lui, l’attaque iranienne d’un navire exploité par une firme israélienne qui a entraîné la mort de deux membres de l’équipage. Une source gouvernementale, de son côté, a accusé Téhéran de « semer la destruction », ajoutant que la république islamique apportait la preuve qu’elle était « un problème global ».

Pour sa part, la chaîne iranienne publique Al-Alam, citant « des sources bien informées », a fait savoir que l’attaque avait eu lieu en riposte à une frappe israélienne en Syrie au cours de laquelle étaient morts « deux hommes de la résistance », la semaine dernière.

Deux membres d’équipage, un ressortissant britannique et un homme de nationalité roumaine, sont morts lors de cette attaque commise jeudi soir, qui a pris pour cible le pétrolier Mercer Street, au large d’Oman.

Il s’agirait d’un attentat-suicide au drone.

Vendredi soir, une source gouvernementale israélienne a indiqué, sous couvert d’anonymat, que l’Iran « sème la violence et la destruction partout dans la région. Les Iraniens sont tellement désireux d’attaquer une cible israélienne qu’ils se retrouvent mêlés et impliqués dans la mort de citoyens étrangers ».

La source a ajouté qu’alors qu’un nouveau président iranien appartenant à la ligne dure doit effectuer sa prestation de serment à Téhéran, « les masques tombent et personne ne peut plus prétendre ne pas connaître la nature du régime iranien ».

« L’Iran n’est pas le seul problème d’Israël – l’Iran est un problème global et son comportement met en péril le commerce et les approvisionnements mondiaux. Notre campagne contre les Iraniens va continuer », a-t-il poursuivi.

Le chef du parti Yesh Atid, Yair Lapid, s’exprime lors d’une réunion de faction à la Knesset à Jérusalem, le 19 juillet 2021. (Crédit : YonatanSindel/Flash90)

Dans une déclaration faite vendredi soir, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a dit qu’il était en contact avec son homologue britannique, Dominic Raab, et qu’il lui avait fait part « de la nécessité d’une riposte forte » suite à l’attaque.

« L’Iran n’est pas seulement un problème israélien : C’est un régime qui exporte le terrorisme, la destruction et qui entraîne une instabilité qui nous touche tous », a-t-il ajouté. « Le monde ne doit pas se taire face au terrorisme iranien ».

Explosions près de la ville d’Alep, dans le nord de la Syrie, le 19 juillet 2021, après une frappe aérienne attribuée à Israël. (Capture d’écran/Twitter)

Suite à l’attaque, le ministre de la Défense Benny Gantz a réclamé une réunion en urgence avec le chef d’État-major Aviv Kohavi et d’autres officiels de la Défense, vendredi.

Un officiel israélien cité par le site le d’information Ynet a fait allusion à une riposte possible, affirmant qu’il serait difficile pour Israël d’ignorer ce qu’il s’est passé au large d’Oman.

Le site Walla a précisé qu’un responsable israélien aurait expliqué que « la seule question est de savoir comment et quand nous allons répondre » à l’attaque.

Selon les analystes, cette frappe affiche toutes les caractéristiques des agressions iraniennes qui ont lieu dans le contexte de la guerre de l’ombre qui oppose la république islamique et Israël – une guerre dans laquelle des navires appartenant à chaque partie ont été pris pour cibles dans les eaux du Golfe.

Mais cette attaque la plus récente est le pire cas connu de violences maritimes dans la région depuis 2019. Les États-Unis, Israël et d’autres pays ont attribué sa responsabilité à Téhéran dans le contexte peu encourageant des négociations au sujet de l’accord nucléaire qui avait été signé par l’Iran et les puissances mondiales en 2015, appelé le JCPOA, et qui est aujourd’hui moribond.

Un haut responsable israélien, qui n’a pas été identifié, a déclaré que le Roumain tué lors de l’attaque était apparemment le capitaine du vaisseau et que le ressortissant britannique était un gardien de la sécurité – des propos repris par la Douzième et par la Treizième chaîne.

« Il s’agit d’un attentat terroriste iranien qui a tué deux innocents et qui nuit à la navigation commerciale internationale », a dit cet officiel.

Photo d’illustration : Capture d’écran montrant les images prises par un drone iranien présumé d’un cargo qui aurait subi des dégâts lors d’une explosion mystérieuse dans le Golfe persique, le 26 février 2021. (Capture d’écran : YouTube)

Le pétrolier est exploité par Zodiac Maritime, une entreprise basée à Londres qui appartient au magnat israélien Eyal Ofer. Au début du mois, un navire en partance pour les Émirats arabes unis et qui avait appartenu à Zodiac Maritime a été attaqué dans le nord de l’océan Indien.

La firme a indiqué vendredi qu’alors que la gestion du pétrolier MERCER STREET, qui bat pavillon libérien, lui a été confiée, le propriétaire du bateau est un Japonais.

« Notre principale inquiétude reste la sécurité et le bien-être de tous les membres d’équipage qui se trouvent actuellement à bord et de tous ceux qui ont été touchés par la situation. L’examen des détails de l’incident est encore en cours, et une enquête a été ouverte », a ajouté l’entreprise.

Elle a fait ultérieurement savoir que le navire « naviguait sous le contrôle de l’équipage… vers une destination sûre et il était escorté par les Américains ».

Photo diffusée par Sephahnews, le site internet des Gardiens de la révolution, montrant un nouveau drone dans un lieu non-identifié en Iran, le 21 mai 2021. (Crédit : Sepahnews via AP)

Une brève déclaration initiale du département chargé des opérations commerciales maritimes du Royaume-Uni (UKMTO), qui dépend de l’armée britannique, a fait savoir qu’une enquête sur cet incident – qui serait survenu jeudi, tard dans la soirée, au nord-est de l’île omanaise de Masirah – était en cours. L’attaque a eu lieu à plus de 300 kilomètres au sud-est de Mascate, la capitale d’Oman.

Meir Javedanfar, expert en diplomatie et sécurité iraniennes à l’université de Herzliya en Israël, a dit que l’attaque était « très probablement iranienne ».

Javedanfar a dit que les Iraniens « se sentent très désavantagés lorsqu’il s’agit de répondre aux attaques menées au cœur de la république islamique et qui ont été associées à Israël », évoquant notamment une frappe effectuée au mois d’avril sur le site d’enrichissement d’uranium de Natanz qui, selon de nombreux observateurs, aurait été d’origine israélienne.

Une attaque contre un navire « est l’un des domaines où les Iraniens ont au moins le sentiment de pouvoir agir en représailles », a-t-il ajouté.

Mais la dynamique fondamentale de la rivalité entre les deux adversaires changera peu, selon lui. « Les deux parties vont continuer à faire ce qu’elles font », a-t-il commenté.

Ces derniers mois, l’État juif et l’Iran se sont mutuellement accusés d’avoir attaqué un certain nombre de navires marchands, les endommageant à l’aide d’explosifs. Les dégâts n’avaient été que légers dans tous les cas et ces agressions n’avaient pas fait de blessé.

Emanuel Fabian a contribué à cet article.

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