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Au Somaliland, des musulmans qui aiment Israël

Peu après la reconnaissance fin décembre du Somaliland, les réseaux sociaux avaient montré des habitants arborant fièrement la bannière israélienne, une femme s'en servant même comme d'un hijab

Des gens passant devant les drapeaux d'Israël et du Somaliland flottant côte à côte à l'entrée d'une exploitation fruitière, entre Hargeisa, la capitale, et la ville portuaire de Berbera, le long de l'autoroute qui relie les deux villes, alors que les musulmans célèbrent le ramadan, au Somaliland, le 19 février 2026. (Crédit : Tony Karumba/AFP)
Des gens passant devant les drapeaux d'Israël et du Somaliland flottant côte à côte à l'entrée d'une exploitation fruitière, entre Hargeisa, la capitale, et la ville portuaire de Berbera, le long de l'autoroute qui relie les deux villes, alors que les musulmans célèbrent le ramadan, au Somaliland, le 19 février 2026. (Crédit : Tony Karumba/AFP)

« J’aime Israël. » L’expression, presque incongrue dans le monde musulman, résonne régulièrement au Somaliland, moins de deux mois après la reconnaissance par le gouvernement israélien de l’indépendance de cette république autoproclamée qui a fait sécession en 1991 de la Somalie.

Jeunes et moins jeunes, hommes comme femmes… dans cette terre d’islam où vient de démarrer le ramadan, tous ou presque soulignent l’injustice selon eux réparée par Israël, premier pays au monde à légitimer l’existence de leur pays.

Plutôt que de reprendre les accusations habituelles de « crimes de guerre » ou de « génocide » des Palestiniens répandues par nombre de détracteurs d’Israël et une grande partie du monde arabe, ils insistent sur les exactions commises par la Somalie contre leur peuple durant une décennie de guerre d’indépendance (1982-1991).

Des crimes d’autant plus impardonnables pour eux que le Somaliland, ancien protectorat britannique, avait volontairement choisi de rejoindre la Somalie, ex-colonie italienne, en 1960… cinq jours après avoir été reconnu comme un Etat indépendant par 35 pays, dont, déjà, Israël.

Sur une place centrale de la capitale Hargeisa, la carcasse d’un vieux MIG somalien trône au sommet d’un monument commémoratif.

L’avion de chasse, au sein d’une escadrille somalienne, avait contribué à « tuer des milliers de citoyens » de cette ville en 1988, peut-on lire sur deux panneaux accrochés en contrebas, accompagnés de photos de bâtiments éventrés.

Hargeisa avait été alors détruite à 70 % par les bombardements de l’armée régulière du président somalien Siad Barré, qui avait réprimé dans le sang (au moins 35 000 morts) une rébellion nordiste. Celle-ci avait fini trois ans plus tard par obtenir l’autonomie du Somaliland.

Une foule défile dans la capitale du Somaliland, Hargeisa, alors qu’un drapeau israélien est projeté sur la façade du Musée national de cette nation dissidente d’Afrique de l’Est, après sa reconnaissance par Israël le 26 décembre 2025. (Crédit : Capture d’écran via les réseaux sociaux, utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)

« Combat »

« Nous attendions une reconnaissance (internationale) depuis 35 ans. C’est le produit des combats de nos grands-parents », souffle Ahmed Abiib Ibrahim, un étudiant de 20 ans, depuis ce lieu selon lui « historique » de la capitale somalilandaise.

« Merci, merci, merci Israël », lance Selma Beddel, 16 ans, tout en traversant la place.

Tous deux affirment qu’ils passeront un mois saint « différent » de tous les précédents. « C’est le premier ramadan que nous vivons en tant que pays reconnu comme indépendant », s’enorgueillit Ahmed Abiib Ibrahim.

Un sentiment répété presque mot pour mot par Muna Ali, qui finit sa journée dans une agence de voyages voisine. « J’aime tellement Israël », sourit la jeune femme de 22 ans, dont le corps et les cheveux sont couverts d’une abaya noire.

« Dieu aime le peuple d’Israël ! », s’écrie de son côté Abdilrashiid Adam Jamac, le chauffeur d’un camion rencontré par l’AFP alors qu’il remplit sa citerne d’eau à quelques dizaines de kilomètres d’Hargeisa, où la précieuse ressource est rare.

« Les juifs sont mes frères. Est-ce que les musulmans nous aident ? Non ! », lance-t-il encore. « Je penserai à Israël pendant le ramadan », affirme le chauffeur, qui dit avoir accroché un drapeau d’Israël aux murs de son domicile.

Peu après la reconnaissance fin décembre du Somaliland, les réseaux sociaux avaient montré des habitants arborant fièrement la bannière israélienne, une femme s’en servant même comme d’un hijab.

Le président somalien, Hassan Sheikh Mohamud, avait lui sans surprise dénoncé « la plus grande des violations contre la souveraineté de la Somalie », accusant Israël de vouloir « transférer ses guerres du Moyen-Orient vers la Somalie ».

Le président somalien Hassan Sheikh Mohamud tenant une conférence de presse conjointe avec la chancelière allemande après des discussions à la Chancellerie, à Berlin, le 5 novembre 2024. (Crédit : Odd Andersen/AFP)

Mogadiscio considère toujours contrôler le Somaliland, bien que celui-ci fonctionne depuis des décennies en autonomie, avec ses propres monnaie, administration, armée et police.

Le Somaliland se distingue aussi par sa relative stabilité comparée à la Somalie, minée par l’insurrection islamiste des shebab et les conflits politiques chroniques.

Aucun pays musulman n’a pour l’instant embrayé le pas d’Israël, la plupart d’entre eux insistant au contraire sur le respect impératif de l’intégrité territoriale de la Somalie.

« La reconnaissance du Somaliland par Israël ne bénéficie ni au Somaliland, ni à la Corne de l’Afrique », a estimé mardi depuis l’Ethiopie le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Cette région positionnée entre océan Indien et canal de Suez, sur l’une des routes commerciales les plus fréquentées du monde, est devenue ces dernières années un terrain d’affrontement par procuration entre pétromonarchies du Golfe.

Début février, l’Arabie saoudite, dont les relations sont depuis peu tumultueuses avec les Emirats arabes unis, ont signé un accord militaire avec la Somalie.

De nombreux experts affirment qu’Abou Dhabi, proche d’Israël, est derrière la reconnaissance du Somaliland par le gouvernement israélien.

Rarement mentionnée de prime abord, la question palestinienne n’est pas ignorée des Somalilandais. Au Ramadan dernier, ceux-ci avaient levé 2 millions de dollars pour cette cause, rappelle un cadre gouvernemental, sous couvert d’anonymat.

Mais le Somaliland doit avant tout penser à lui, affirme-t-il. « Les Palestiniens, nous sommes désolés pour eux, mais (…) il y a nos frères de Somalie qui veulent nous tuer. »

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