Avec Kakhol lavan, Miki Haimovitch veut rendre Israël plus vert
Rechercher
Interview

Avec Kakhol lavan, Miki Haimovitch veut rendre Israël plus vert

Déterminée à ne pas rester à ne rien faire devant les dégradations écologiques, l'ardente défenseuse de la cause animale, vise le ministère de l'Environnement

L'ex-présentatrice de télévision et défenseuse de l'environnement au sein de Kakhol lavan Miki Haimovich avec un chien de refuge, appellant les téléspectateurs à offrir à Shimi et à d'autres chiens un nouveau foyer (Capture d'écran : YouTube)
L'ex-présentatrice de télévision et défenseuse de l'environnement au sein de Kakhol lavan Miki Haimovich avec un chien de refuge, appellant les téléspectateurs à offrir à Shimi et à d'autres chiens un nouveau foyer (Capture d'écran : YouTube)

Israël peut être fier de ses inventions comme les panneaux solaires, l’irrigation au goutte-à-goutte et le dessalement de l’eau – exportés avec succès à l’étranger.

Mais lorsqu’il s’agit de l’environnement dans le pays, et faisant assez ironiquement contraste avec cet « amour de la terre » exprimé fréquemment et avec sincérité par les Israéliens, les progrès de l’Etat juif dans le secteur et la sensibilisation du public restent à la traîne derrière les autres nations développées.

Placer les préoccupations environnementales au sommet de l’agenda, c’est l’objectif poursuivi par Miki Haimovich, septième sur la liste du parti Kakhol lavan, au coude à coude dans les sondages avec la formation du Likud au pouvoir en amont du scrutin national de mardi.

Haimovich n’est pas un visage inconnu du public : Elle a été la première femme à présenter le principal programme d’actualité à la télévision, avant de produire des documentaires sur des sujets tels que la junk food, l’industrie avicole, la pêche et l’état dégradé de la mer.

Un camion nettoie les miroirs solaires thermiques de la centrale Negev Energy d’Ashalim, le 29 août 2019 (Crédit : Avshalom Sasoni)

Sa volonté de sensibiliser à l’environnement a suivi, assez naturellement, son amour des animaux. Comme elle l’avait déclaré en séance plénière de la 21ème Knesset (qui a été dissoute à la fin du mois de mai, après l’incapacité du Premier ministre Benjamin Netanyahu de former un gouvernement, qui a été suivie par l’organisation d’un nouveau scrutin) elle est d’abord devenue végétarienne, puis végane, après avoir appris l’ampleur de la souffrance animale dans les industries du lait et de la viande.

Son changement de régime et son investissement dans le « Lundi sans viande » – campagne visant à ne pas consommer de viande une fois par semaine – qu’elle a introduit au sein de l’Etat juif l’a amenée à explorer l’empreinte de CO2 laissée par le bétail et les êtres humains en général (les vaches produisent un tout petit peu moins de 15 % des émissions à effet de serre chaque année, l’équivalent des émissions des voitures, des avions et des bateaux combinées en un an).

L’activiste suédoise pour l’environnement Greta Thunberg participe à une grève des jeunes pour le climat devant les Nations unies à New York, le 30 août 2019 (Crédit : AP Photo/Mary Altaffer)

Sa décision d’intégrer la politique a été entraînée en partie par la détermination de Greta Thunberg, adolescente suédoise fougueuse qui a galvanisé les jeunes, dans le monde entier, et les a poussés à demander un passage à l’action contre le changement climatique. Thunberg avait accusé les politiciens de prétendre aimer leurs enfants tout en leur volant leur avenir devant leurs propres yeux.

« Elle m’a amenée à comprendre que ma place était ici, à la Knesset, pour me battre sur ce sujet », avait dit Haimovich aux législateurs. L’un de ses premiers actes de parlementaire fraîchement élue à l’issue du scrutin du mois d’avril avait été de demander à la Knesset de changer la garniture du siège qui lui avait été alloué, refusant de s’asseoir sur du cuir.

Au cours d’un entretien qui a eu lieu à son domicile de Tel Aviv, dimanche, Haimovich a expliqué au Times of Israel que si elle avait décliné des offres d’autres partis politiques dans le passé (elle n’a pas précisé lesquels), elle avait rencontré l’année dernière « par curiosité » et de manière informelle Benny Gantz, leader de Kakhol lavan, quand les rumeurs avaient commencé à laisser entendre qu’il réfléchissait à entrer en politique.

Les deux personnalités avaient travaillé ensemble au conseil d’administration d’une organisation qui venait en aide aux victimes de la guerre et du terrorisme.

Une ascension qui s’annonçait difficile

Au début de l’année, lorsque les élections qui, à l’origine, devaient avoir lieu au mois de novembre 2019 avaient été déplacées au mois d’avril, elle avait reçu un appel de Chili Tropper, confident et stratège de Gantz, qui lui avait offert de se présenter sur sa liste – alors connue sous le nom de Hossen LeYisrael.

Passionnée de randonnée, Haimovich, à l’époque, devait s’envoler pour la Tanzanie pour monter le mont Kilimanjaro.

« J’ai appelé le type qui s’occupait du voyage et je lui ai dit qu’il fallait que j’annule pour parvenir au sommet d’une montagne d’un genre différent », s’amuse-t-elle.

Miki Haimovich, à gauche, avec le leader de Kakhol lavan Benny Gantz à la Knesset de Jérusalem, le 3 juin 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pourquoi la formation de Gantz ? « Il m’est clairement apparu qu’il y avait une possibilité réelle d’être au gouvernement, ce qui était important pour moi parce que votre capacité à influencer les choses est bien plus grande », dit-elle.

« De plus, j’ai ressenti un vide qui avait été créé à la Knesset à cause de la démission de Dov Khenin et du fait que Yael Cohen Paran avait été placée à une position irréaliste par le parti Travailliste », note-t-elle. (Cohen Paran est une activiste pro-environnement de longue haleine et Dov Khenin, communiste et l’un des législateurs de l’opposition les plus prolifiques, était également un défenseur des questions sociales et environnementales en tant que membre de la Liste arabe unie avant sa démission, au mois de janvier).

Le député de la Liste arabe unie Dov Khenin à la Knesset (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

Pour se préparer à devenir, comme elle l’espère, ministre de la Protection environnementale, Haimovich a passé des mois entiers à arpenter le pays, rencontrant des activistes et des chercheurs et découvrant, comme cela avait été le cas de Khenin, que les citoyens sont déterminés, de leur côté, à passer à l’action par le biais de centaines de campagnes environnementales.

« Prenez les campagnes lancées au niveau local pour les 16 centrales électriques alimentées au gaz que le gouvernement prévoit de construire à une grande proximité des zones résidentielles, en plus des cinq qui existent déjà. Rassemblez toutes ces campagnes et là, vous comptez de nombreux milliers d’Israéliens », s’exclame-t-elle.

« A Kiryat Haim (à côté de Haïfa, dans le nord du pays), les raffineries ont installé des conteneurs pour le benzène, le condensate (sous-produit du gaz naturel) et pour le pétrole », ajoute-t-elle.

« Ces conteneurs datent de l’époque du Mandat britannique. Ils se trouvent à cent mètres d’une école. Il y a des immeubles résidentiels du côté de la mer, une école et des conteneurs juste à côté. Quand vous vous promenez, vous en sentez l’odeur. La probabilité d’avoir un cancer, là-bas, est 1 600 fois plus élevée que n’importe où ailleurs », poursuit-elle.

Les habitants d’Emek Hefer, dans le nord d’Israël, manifestent devant le ministère de l’Energie à Jérusalem contre le plan gouvernemental de construction de raffineries gazières aux abords de leurs communautés plutôt que des structures offshore, le 13 juillet 2013

Elle continue en rappelant que « toutes les centrales électriques sont dans l’obligation de placer leurs combustibles liquides dans des conteneurs de réserve. A Rosh Haayin (dans le centre d’Israël), les conteneurs seront installés sous les nappes phréatiques, ce qui signifie que s’il y a un accident, il affectera les eaux de toute la zone ».

Tandis que dans le monde occidental, de manière plus générale, les ministères de l’Environnement disposent d’une autorité supplémentaire, en Israël, le bureau du Premier ministre tente de l’affaiblir, ajoute-t-elle.

Une unité spéciale de régulation, mise en place par le Bureau du Premier ministre, a exercé des pressions pour que le ministère de la Protection environnementale prenne en compte aussi bien les considérations économiques qu’écologiques lorsqu’il émet des réglementations sur des sujets tels que les émissions à effet de serre.

Pas de plan à long-terme en Israël

« Ce dont nous avons besoin, c’est d’un plan à long-terme. Ce à quoi nous avons assisté, ces dernières années, ce sont de nombreuses tentatives ‘d’éteindre l’incendie’. Il y a une crise ici, consacrons-y beaucoup d’argent. Il y a une route qui a été détruite, réparons-la. Mais il n’y a aucune vision générale sur ce à quoi nous voulons que ressemble le pays lors de son centième anniversaire, en 2048 », déplore-t-elle.

« Et Kakhol lavan a un programme comme celui-là. Il est relatif aux transports, à l’emploi, à la santé – à de nombreux domaines de la vie. Ce programme précise que nous devons ouvrir le pays, pas seulement le surpeupler en son centre, que nous devons créer trois secteurs métropolitains – au centre, au nord et au sud. Chacun d’eux permettra un accès à des transports publics qui prendront une demi-heure », explique-t-elle.

Pourquoi les députés et les responsables ne parviennent pas à établir cette vision à long-terme ? « Parce que », répond Haimovich, « ils veulent montrer des réalisations, ils veulent couper le ruban. Quand vous êtes politicien, vous faites campagne sur la base de ce que vous avez fait. Et il n’y a pas de continuité. Chaque ministre veut se focaliser sur un sujet différent ».

« Mais il est impossible de travailler comme ça », déclare-t-elle. « Si on veut progresser, il faut travailler à long-terme. Benny (Gantz) dit toujours que nous venons avec l’expérience acquise dans l’armée, parce que l’armée est le seul système, dans ce pays, qui sait travailler avec des plans multi-annuels. Aujourd’hui, il faut savoir quel type d’arme sera nécessaire dans dix ans ».

Vue de raffineries de pétrole dans la zone portuaire de Haïfa, ville du nord d’Israël, le 5 mai 2017. (Yaniv Nadav/Flash90)

Quoique moins adroite sur les questions économiques – comme le lien entre les dégradations environnementales et une économie de croissance basée sur toujours davantage de production – Haimovich veut que les coûts environnementaux soient pris en compte lors de l’évaluation de la viabilité des projets envisagés, quels qu’ils soient.

Elle ne veut pas tuer l’industrie, clame-t-elle, mais garantir au mieux qu’elle s’adaptera à l’ère du changement climatique.

« Nous devons mettre en oeuvre le principe du pollueur-payeur », affirme-t-elle, ajoutant qu’il « y a des problèmes d’application de la loi et d’outils de mesure en Israël. Rien n’est fait de manière appropriée. Les industries ont l’autorisation de se contrôler elles-mêmes et, lorsqu’elles sont prises la main dans le sac, les amendes s’avèrent dérisoires ».

Kakhol lavan a le soutien d’alliés environnementaux puissants. L’un des plus clairement affirmé est Alon Tal, activiste chevronné, à la tête du département de politique publique de l’université de Tel Aviv et fondateur d’Adam Teva VDin — Union israélienne de défense environnementale, qui figure à la 45e place – peu réaliste – de la liste du parti.

Lui, Haimovich et d’autres experts ont compilé un programme détaillé pour les 100 premiers jours au pouvoir, s’ils devaient remporter l’élection et être chargés de former un gouvernement, qui présente les problématiques, les objectifs et les aspects financiers d’une politique mise en oeuvre dans huit domaines déterminants : la pollution de l’air, les plages, la mer et les rivières, les déchets et le recyclage, le bien-être animal, les énergies renouvelables et la réduction des émissions nuisibles, la protection des zones d’une importance particulière aux niveaux économique ou écologique, l’extension de la politique du « pollueur-payeur » et la planification à long-terme.

Vue générale de la centrale électrique d’Eshkol, la première à produire de l’électricité à partir du gaz naturel, dans la ville côtière d’Ashdod (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)

Il est indubitable que Haimovich est une passionnée. La question est de savoir si cette passion saura entraîner les dirigeants de Kakhol lavan à incorporer des considérations d’ordre environnemental dans leurs politiques et à faire une priorité de la protection des ressources naturelles israéliennes.

La protection de l’environnement semble figurer très bas sur la plateforme officielle du parti – quelque part entre les problématiques liées aux femmes et les intérêts des auto-entrepreneurs et des petites et moyennes entreprises.

Haimovich note toutefois que Gantz et Moshe Yaalon — deux des quatre dirigeants de la formation – ont pris le temps, malgré leurs agendas surchargés, de se rendre à une conférence de Kakhol lavan consacrée à l’environnement, le mois dernier.

Ils ont écouté des présentations sur des questions allant des énergies fossiles aux implications des fuites de gaz naturel sur le littoral israélien (les usines de dessalement fournissent environ 75 % de l’eau potable du pays mais elles ne peuvent fonctionner en cas de fuite de pétrole ou de gaz), en passant par le plastique jetable (dont Israël est le deuxième consommateur par tête dans le monde) et par la production et le recyclage des déchets, où Israël est en bas du classement, aux côtés notamment du Chili et de la Turquie, sur plus de 30 pays qui ont été réexaminés.

« Je suis allée à une réunion sur la centrale électrique qui doit être construite à Kfar Saba et j’ai découvert que la campagne regroupe un large spectre de catégories de population, des habitants d’implantations juifs, des Arabes », note Haimovich.

« C’est étonnant. Ces questions franchissent toutes les frontières. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles je suis optimiste, même si je termine dans l’opposition. Je sais que j’ai des partenaires », s’exclame-t-elle.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...