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Analyse

Avec le fioul d’Iran, le Hezbollah est le véritable souverain du Liban

"Il est très clair que l'Etat est incapable d'arrêter le Hezbollah. Il observe, impuissant, sans prendre aucune mesure", met en garde une militante

Des gens brandissent des portraits du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, alors qu'ils se rassemblent pour accueillir des pétroliers transportant du carburant iranien, à leur arrivée de Syrie dans la ville de Baalbeck, dans la vallée de la Bekaa au Liban, le 16 septembre 2021. (Crédit : AFP)
Des gens brandissent des portraits du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, alors qu'ils se rassemblent pour accueillir des pétroliers transportant du carburant iranien, à leur arrivée de Syrie dans la ville de Baalbeck, dans la vallée de la Bekaa au Liban, le 16 septembre 2021. (Crédit : AFP)

En acheminant du carburant iranien au Liban sans l’autorisation de l’Etat et malgré les sanctions américaines, le Hezbollah confirme une nouvelle fois son rôle de maître du jeu et son monopole sur les décisions souveraines dans ce pays en plein effondrement.

« Le Hezbollah a considérablement accru son influence sur l’Etat libanais », déclare le politologue Karim Emile Bitar, soulignant que le mouvement terroriste chiite pro-iranien armé « n’essaie même plus de se cacher derrière le vernis de légalité conféré par les institutions officielles ».

Englué dans la pire crise financière de son histoire, à court de devises étrangères et en défaut de paiement sur sa dette colossale depuis l’an dernier, le Liban peine à importer des produits de base notamment du carburant, les pannes de courant frôlant les 24h/24.

Depuis des mois, des queues interminables se forment chaque jour devant les stations d’essence tandis que les générateurs privés, qui prennent le relais du courant de l’Etat, rationnent aussi plongeant ainsi le pays dans l’obscurité et paralysant hôpitaux, industries, écoles et institutions.

Une vue générale d’une station-service sur l’autoroute principale qui relie la capitale Beyrouth au sud du Liban alors que des voitures viennent de toutes les directions pour essayer de remplir leurs réservoirs d’essence, dans la ville côtière de Jiyeh, au sud de Beyrouth, au Liban, le vendredi 3 septembre 2021. (Crédit : AP Photo/ Hassan Ammar)

Bien que partie intégrante de l’Etat – avec des députés au Parlement et des ministres au gouvernement – le Hezbollah a maintes fois déploré ces derniers mois l’échec des autorités à remédier aux pénuries, promettant d’y pallier par ses propres moyens.

Chose promise, chose faite : des dizaines de camions-citernes transportant du carburant iranien sont arrivés la semaine dernière au Liban, pénétrant par voie illégale via la Syrie et sans l’approbation de l’Etat libanais.

Souveraineté

Cette décision s’inscrit dans le cadre d’une autonomie de longue date vis-à-vis de l’Etat.

Soutenu directement par Téhéran, le Hezbollah avait déjà annoncé son intervention dans la guerre en Syrie en 2013, aux côtés de Bachar al-Assad, sans l’approbation de l’Etat, se livrant aussi à des affrontements directs avec Israël, monopolisant ainsi les décisions de guerre et de paix.

« La dernière initiative prise par le Hezbollah affaiblit l’Etat », déplore à l’AFP la militante Laury Haytayan. « Il est très clair que l’Etat est incapable d’arrêter le Hezbollah. Il observe, impuissant, sans prendre aucune mesure », ajoute-t-elle.

Au total, 80 camions-citernes transportant quatre millions de litres de fioul iranien ont franchi jeudi la frontière libano-syrienne après l’accostage d’un premier navire iranien au port syrien de Banias quelques jours plus tôt.

Des Libanais brandissent un drapeau du Hezbollah alors que des pétroliers transportant du carburant iranien arrivent de Syrie à al-Ain, dans la vallée de la Bekaa, à l’est du Liban, le 16 septembre 2021. (Crédit : AFP)

Trois autres navires iraniens devraient suivre dans les prochaines semaines, a récemment promis le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.

Fraichement formé, après 13 mois de vide politique, le gouvernement du Premier ministre Najib Mikati a décidé de marquer sa désapprobation.

S’adressant à la chaîne CNN la semaine dernière, il a déploré une atteinte à la souveraineté libanaise, écartant toutefois le risque de mesures punitives des Etats-Unis contre le Liban alors que l’Iran est frappé par des sanctions américaines.

Ses propos ont provoqué des étincelles, Téhéran évoquant dimanche une « opération normale d’achat de carburant » par des hommes d’affaires libanais, et se déclarant prêt à approvisionner le Liban si le gouvernement libanais le lui demandait.

Cette première livraison hors circuit officiel constitue ainsi un « test », explique Mme Haytayan : si Washington ne réagit pas, les importations se poursuivront malgré la menace de sanctions, surtout si les pénuries persistent.

Un partisan du Hezbollah tire en l’air pour célébrer l’arrivée de carburant iranien au Liban, dans la ville orientale de Baalbek, le 16 septembre 2021. (Crédit : AP Photo/Bilal Hussein)

La distribution du carburant iranien est gérée par la société Amana, affiliée au Hezbollah et frappée par des sanctions américaines depuis février 2020, Washington classant le mouvement pro-iranien comme organisation terroriste.

Quelque 200 000 litres de fioul ont été distribués ce week-end à travers le pays, notamment dans des bastions du parti chiite, a indiqué la chaîne télévisée Al-Manar du Hezbollah, sans préciser l’identité des bénéficiaires.

Le chef du Hezbollah avait fait part la semaine dernière de son désir d’approvisionner gratuitement des hôpitaux publics, des maisons de retraite, des orphelinats ainsi que des stations hydrauliques, des unités de défense civile, les pompiers et la Croix-Rouge libanaise.

Le reste sera vendu sur le marché à un prix inférieur au prix subventionné par l’Etat, a déclaré dimanche la société Amana, s’imposant ainsi comme acteur et concurrent majeur pour les importateurs officiels.

Ecartant tout favoritisme, Nasrallah avait dit espérer une supervision de la distribution par les municipalités, soulignant que quiconque pouvait s’approvisionner directement auprès du parti si la municipalité dont il relève refusait de s’engager avec le Hezbollah pour des raisons politiques.

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